Si les nouvelles technologies comme le GPS ou
Kinect [un dispositif de détection de mouvement utilisé dans les jeux vidéo] rendent bien des services à leurs utilisateurs, ces derniers ne savent pas forcément qu’elles sont très prisées par l’armée qui s’en sert dans le cadre d’opérations de frappes ciblées. Les drones représentent l’un des meilleurs exemples. Ils sont puissants et invisibles. Mais pour moi, ils sont surtout très inquiétants, c’est la raison pour laquelle j’ai voulu leur donner un peu plus de visibilité.
C’est principalement le
Bureau of Investigative Journalism qui me communique des renseignements sur les frappes de drones. Cette organisation non lucrative basée à Londres rédige des rapports sur les attaques de drones à partir d’informations collectées auprès de médias locaux et internationaux, et dans certains cas, de témoins sur le terrain [selon ce même Bureau of Investigative Journalism, l’armée américaine aurait tué jusqu’à 3 378 personnes en 350 frappes de drones depuis 2004, au Pakistan uniquement]. Je consulte ces rapports puis, en fonction de ce qu’ils me révèlent, j’essaye de repérer sur Google Earth les lieux où les bombes ont pu frapper. Parfois, il m’arrive de mettre la main sur la photo d’un village ayant subi une attaque. Le but est rendre ces endroits un peu plus visibles, plus proches, plus réels.
"Les photos que je poste sont en lien avec le présent et prouvent que les drones continuent d’agir"
Aujourd’hui, les drones frappent encore et cette réalité échappe à beaucoup de gens. Il est donc indispensable de montrer, d’alerter. En tant que réseau social, Instagram permet d’être dans l’instantanéité. Les photos que je poste sont en lien avec le présent et prouvent que les drones continuent d’agir.
Je suis vraiment ravi que mon projet suscite autant d’attention. Mais mon travail comporte aussi un aspect morbide puisque je guette en permanence où et quand vont frapper les drones. Ces drones sont de vraies aberrations technologiques. Non seulement, ils violent impunément le droit international [selon des responsables de l'ONU, certaines attaques de drones américains pourraient être considérées comme des
crimes de guerre], mais aussi les valeurs humanitaires et morales. Il existe des
preuves tangibles que les personnes tuées dans les attaques ne sont pas toutes liées au terrorisme. Les frappes de drones en Afghanistan font partie d'une guerre déclarée. Mais en Somalie, au Yémen et au Pakistan, on se trouve dans une situation de guerre non déclarée, du coup les attaques sont opérées dans le secret le plus complet. Ce qui, je crois, constitue un précédent extrêmement préoccupant dans les affaires internationales.
Commentaires
drone
Submitted by Djay (non vérifié) on mer, 21/11/2012 - 11:11.intérêt très limité je trouve, les images satellites datant de plusieurs années .
quant aux dommages collatéraux ,victimes civiles, c'est évident que ca existe hélas
comme lors d'attentats suicides d'ailleurs.
Ces drones permettent d'éliminer des pirates somaliens par exemple sans
risquer la vie de nos soldats.