"Nous n’oublierons jamais ceux qui sont morts" : les chiites saoudiens défilent en mémoire des disparus

 
Jeudi soir, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de Qatif, dans l’est de l’Arabie saoudite, pour commémorer la mort d’au moins 14 personnes depuis un an lors de rassemblements anti-gouvernement. Les manifestants dénoncent l’absence d’enquête ainsi que la répression contre les activistes de la minorité chiite.
 
Lors de la marche pacifique de jeudi, qui marquait l’anniversaire de la mort du premier manifestant en novembre 2011, le cortège portait un faux cercueil, symbole des personnes décédées. Si le rassemblement s’est passé sans heurt, certains témoins ont affirmé que, quelques heures avant la fin de la marche, les forces de sécurité ont tiré sur des maisons et dans les airs. Aucun lien n’a encore été fait entre ces coups de feu et la manifestation.
   
Les raisons de ces décès varient fortement selon le point de vue des manifestants ou des autorités saoudiennes.
Selon des témoins, ces personnes n’avaient rien fait de répréhensible et participaient juste aux manifestations. Pour les autorités, en revanche, elles ont été tuées après avoir attaqué les forces de sécurité. Deux policiers auraient été tués dans une de ces attaques.
 
Depuis mars 2011, les habitants de la province de Qatif, à majorité chiite, se sont mobilisés à plusieurs reprises contre les autorités du royaume. Les chiites ne représentent que 10% de la population totale de l’Arabie saoudite. Ils sont majoritairement concentrés dans l’est du royaume, dans la zone du Hasa, connue pour ses gisements de pétrole. Riyad considère les chiites comme des hérétiques et les marginalisent à tous les niveaux : religieux, politique et social. Le wahhabisme, version la plus rigoureuse de l’islam sunnite, est la religion officielle de l’Arabie saoudite.
  
 
La plupart des manifestants ont couvert leur visage pour cacher leur idendité, craignant les représailles des autorités.
 
Contributeurs

"Pendant un an, plus la police tuait de personnes, plus les rassemblements grossissaient"

Mohammad Alsaeedi vit à Qatif. Il a participé aux manifestations dans la ville.
 
 
Lorsque les manifestations ont commencé il y a un an et demi, il n’y avait que 150 à 200 personnes dans les cortèges. Les protestataires ne voulaient d’ailleurs pas le renversement du gouvernement, mais juste la fin de la discrimination contre les chiites. Ils voulaient notamment que les autorités relâchent les "prisonniers oubliés", des prisonniers politiques détenus depuis des années sans jamais avoir été jugés. Je me vois encore dire à mes amis : " Si la police commence à arrêter ou à tuer des gens, de plus en plus de personnes vont rejoindre les manifestations". Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.
Après quelques mois, les arrestations ont commencé, et le nombre de manifestant a augmenté. Lorsque le premier chiite a été tué, on est passé d’une centaine de personnes à des milliers. Plus la police tuait de personnes, plus le rassemblement grossissait. Les revendications ne se sont alors plus concentrées seulement sur les "prisonniers oubliés" ou les réformes : aujourd'hui, les manifestants réclament justice pour les victimes, ainsi que le départ de la famille au pouvoir.
 
"Si rien ne change, je ne vois pas comment ce mouvement pourrait s’éteindre"
 
La foule a commencé à perdre confiance en ses leaders chiites. Ils essayaient de tempérer la situation en expliquant qu’ils étaient en pourparlers avec le gouvernement, et qu’il valait mieux ne pas manifester pour que ces discussions aboutissent. Mais comme la situation ne s’améliorait pas, beaucoup ont cessé de les écouter. La plupart des manifestants sont jeunes, et n’ont pas besoin de leader pour s’organiser : ils utilisent les réseaux sociaux, surtout Facebook.
 
La situation des chiites en Arabie saoudite a empiré lors de ces dernières années, pas juste à Qatif, mais partout dans le pays. Les autorités saoudiennes ont sévi en arrêtant de plus en plus d’activistes. Les gens sont très énervés, et n’oublieront jamais les défunts. Notre région est riche en pétrole, mais nous n’en tirons aucun profit. C’est très dur de trouver un emploi, et si tu es chiite, tu peux oublier tout poste à responsabilité. Le mieux que tu puisses obtenir, c’est un boulot d’agent de circulation, mais pas un vrai travail de policier. Et les jeunes chiites sont sans cesse surveillés par la police. Si rien ne change, je ne vois pas comment ce mouvement pourrait s’éteindre : au contraire, il ne peut gagner en force.
 
 
Les manifestants portaient un faux cercueil en mémoire des défunts. Photo postée par des activistes sur Facebook.
 
 
Des femmes scandent : "Punissez ceux qui les ont tués !"

Commentaires

Bizarre première fois que je vois les saoudiens manifester

:( me souviens de la guerre du golf, les saoudiens avaient distribué des masques à gaz à tous les saoudiens sauf aux étrangers qui n'avaient pas le droit de se réfugier dans les hôtels et les abris anti atomique, étrange humanité, le monde est en plein effervessance et je dis que tout cela va très mal se terminer



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