Des patrouilles civiles pour endiguer le fléau du harcèlement sexuel au Caire

 
Propos obscènes, attouchements inappropriés ou invitations sexuelles explicites: en Égypte, le harcèlement sexuel est depuis des années un véritable fléau, dont plus de 80% des femmes auraient été victimes. Devant l’inertie des autorités, un groupe d’hommes a décidé d’agir sur le terrain.
 
Une étude, menée en 2010 par le Centre égyptien des droits de la femme au Caire, a révélé que 83 % des Egyptiennes et 98 % des étrangères ont déjà été victimes de propos obscènes ou d’attouchements sexuels dans les lieux publics. Seules 12 % d’entre elles osent porter plainte. En outre, plus de 60% des hommes interrogés ont reconnu avoir commis un acte de harcèlement sexuel.
 
Ce phénomène est le plus souvent passé sous silence par les victimes égyptiennes, en raison notamment de la pression sociale. Mais récemment des femmes journalistes étrangères comme Sonia Dridi de FRANCE 24 ou Lara Logan de CBS ont eu le courage de décrire les agressions sexuelles dont elles ont été victimes place Tahrir.
 
On note par ailleurs une augmentation sensible du nombres de témoignages, notamment sur Internet, mais aucune mesure n’a été prise par les autorités pour endiguer le phénomène, laissant planer un sentiment d’impunité. À tel point qu’en juin dernier, un groupe d'hommes a agressé sexuellement plusieurs manifestantes lors d'une marche qui avait justement pour but de dénoncer le harcèlement sexuel.
 
La révolution n’a pas permis d’améliorer la situation de la femme en Egypte, mais elle a toutefois favorisé la multiplication des organisations de la société civile dont certaines, comme le mouvement Basma ("empreinte" en arabe), ont aujourd’hui investi le terrain de la lutte contre le harcèlement sexuel.

"Dernièrement, sur cinq interventions, seules deux victimes ont accepté de porter plainte"

Abd al-Fattah Mahmoud est membre du mouvement Basma, créé en juin 2012. 
 
Notre mouvement est constitué de volontaires qui ne peuvent être disponibles en permanence. Nous nous efforçons donc d’organiser des campagnes ponctuelles sur les zones à risque.
 
Les volontaires patrouillant dans une rue commerçante près de la place Talâât Harb.
 
Les agressions sexuelles sont toujours en augmentation durant les périodes de fête parce que les femmes sont plus nombreuses dans les rues. Une soixantaine de volontaires de notre mouvement ont ainsi mené une campagne de trois jours lors des dernières vacances de l’Aïd al-Adha [du 26 au 28 octobre, ndlr] sur la place Talaât Harb du Caire, et dans les rues adjacentes. C’est un quartier très animé, où il y a de nombreux magasins de vêtements, restaurants et salles de cinéma.
 
"Nous avons appréhendé ce jeune alors qu’il était en train de filmer avec son téléphone portable des parties du corps d’une jeune fille qui marchait près de lui. Nous l’avons livré à la police et tout s’est déroulé dans le calme".
 
"Des passants demandent à la victime de ne pas porter plainte contre son agresseur. Heureusement, elle n'a pas cédé".

Sur les trois jours, nous avons réussi à appréhender cinq agresseurs que nous avons pris sur le fait et les avons livrés à la police. Sur les cinq cas, seules deux victimes ont accepté de porter plainte.
 
Notre activité est néanmoins essentiellement axée sur la prévention. Quand nous patrouillons dans les rues, nous nous efforçons de faire remarquer notre présence afin de dissuader les comportements malsains à l’encontre des femmes. Nous portons toujours des gilets orange et jaune [pour les chefs de groupe, ndlr], et nous nous présentons aux commerçants afin de leur expliquer notre action et les inciter à collaborer.
 
"Il n’existe pas de profil type de l’agresseur sexuel, mais au Caire il s’agit souvent de jeunes désœuvrés qui se déplacent en groupes"
 
Grâce à ce travail de prévention, nous avons pu empêcher plus de 50 agressions sur ces trois jours d’intervention.
Quand nous remarquons des hommes en train de suivre une jeune fille ou lui parler d’une manière suspecte, nous les attrapons par l’épaule et nous les éloignons. Nous ne faisons jamais usage de la violence contre eux, sauf en cas de légitime défense, parce que nous pensons que cela pourrait leur donner des envies de vengeance. Ça ne ferait qu’alimenter le phénomène de la violence sociale. Nous essayons au contraire de dialoguer, de les culpabiliser.
 
"Un volontaire tente de convaincre une victime de porter plainte, mais elle refuse."
 
Il n’existe pas de profil type de l’agresseur sexuel, mais dans les rues du Caire il s’agit le plus souvent de jeunes désœuvrés qui se déplacent en groupes et dont certains sont des enfants d’à peine dix ans.
 
 
 
"Nous avons surpris cet enfant, âgé entre 13 et 15 ans, en train d’agresser une étrangère. Des dizaines de badauds nous ont entourés, certains nous disant : ‘Laissez-le, il s’agit d’une étrangère et ce n’est qu’un enfant, il ne sait pas ce qu’il fait’"
 
Les volontaire vont à la rencontre des commerçants pour les sensibliser.

"Le sentiment d’impunité s’est développé chez les agresseurs en raison du manque de solidarité"

Hannah Kamal est scénariste et productrice de télévision au Caire, en Égypte.
  
Le harcèlement sexuel a pris des proportions alarmantes ces dernières années. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer cela. À mon avis, le moteur principal de ce phénomène est économique. Le mariage, qui coûte en moyenne pas moins de 10 000 dollars, est devenu depuis quelques années un rêve impossible pour beaucoup de jeunes qui sont souvent au chômage. Certains n’ont malheureusement pas trouvé d’autres moyens pour satisfaire leurs désirs que d’agresser les filles dans la rue.
  
La deuxième raison est à mon avis la disparition des bonnes manières chez les Orientaux. Il y a 20 ans, quand une femme était victime de harcèlement dans la rue, les hommes prenaient sa défense parce qu’ils la considéraient comme leur fille ou leur sœur. Mais aujourd’hui, les gens sont devenus beaucoup moins solidaires, le plus souvent ils n’interviennent pas. C’est pour cela que le sentiment d’impunité s’est développé chez les auteurs d’agressions sexuelles.
 
"Ces patrouilles ne sont pas suffisantes, le gouvernement doit prendre le problème à bras le corps"
 
Je pense que les femmes ont aussi leur part de responsabilité dans ce qui se passe car, quand elles sont victimes d’une agression, le plus souvent, elles n’osent pas dénoncer l’auteur car elles sont envahies par un sentiment de honte. Il faudrait qu’elles fassent preuve de courage et se défendent parce que c’est à l’agresseur d’avoir honte, pas à elles.
 
Ces patrouilles de volontaires sont bien sûr une bonne chose. Mais cela n’est pas suffisant parce que leur nombre est très limité et ils n’ont pas beaucoup de moyens. Il faut que le gouvernement prenne le problème à bras le corps et qu’il mette en place les moyens pour lutter efficacement contre ce phénomène. En dépit de la gravité de la situation, les autorités n’ont même pas mis en place un numéro d’urgence pour les victimes.
 
Personnellement, je n’ai jamais été victime de harcèlement sexuel. C’est peut-être dû au fait que je porte le voile. Il n’empêche que rien au monde ne peut justifier l’agression d’une femme, quelle que soit la façon dont elle s’habille.
 
 
Toutles les photos ont été prises entre le 26 et 28 octobre. Elles sont été postées sur la page Facebook du mouvement Basma
  

Commentaires

Les agressions sexuelles en Egypte...ou en Inde...

Lors des manifestations pour le départ du "régime" Moubarak,il y a eu un reportage
tourné aux alentours de la Place Tahrir,qui interpelait des jeunes désoeuvrés dont la
présence dans la rue était de s'en prendre aux jeunes femmes,seules ou pas...Pour
eux,c'était un jeu...Quant aux agressions sur la place Tahrir,c'était bien plus grave,
allant jusqu'à les dévêtir,si ce n'est plus...Ils ne craignaient pas de rapporter leurs
faits et gestes;voire de les justifier,devant les caméras de la télévision française...!!
En Inde,la frustration de certains hommes-de ne pas trouver de partenaire pour le
mariage-les pousse à isoler de jeunes couples étrangers pour en "extraire" la jeune
femme et la violer(dans des lieux publics),non sans avoir-parfois-agressé violemment
son partenaire qui cherchait à la défendre...Toutefois,ces hommes ne s'en prennent
qu'aux femmes des plus basses catégories sociales ou qui ne se méfient pas assez
(inconscientes,isolées),ne risquant aucune répression,que ce soit de la famille ou des
tribunaux...Qui plus est,la scène de viol est filmée;se terminant parfois par un meur
tre...sans témoins!!
Je peux témoigner aussi avoir entendu de la bouche d'un jeune ado marocain vivant
en France,qu'un jeu consiste à "passer la main" furtivement(en scooter) aux fesses
de jeunes femmes habillées en jean,dans certaines rues de Casablanca...

Le Problème

Merci pour ces infortmations frappantes. Il y a, bien sûr, des problèmes dans notre monde, et je pense que c'est impossible de changer. Mais, il y a aussi des bonnes choses dans nos vies, comme la technologie, qui nous met à jour. Ma mère a le service de Bell - Mail Champlain, et elle voit des nouvelles chaque jour. Alors, elle comprend des événements courants. C'est important de familiariser avec des événements courants.

Classes sociales

Je commente cette phrase de Bassama "Personnellement, je n’ai jamais été victime de harcèlement sexuel. C’est peut-être dû au fait que je porte le voile. Il n’empêche que rien au monde ne peut justifier l’agression d’une femme, quelle que soit la façon dont elle s’habille."
Moi, Égyptienne, sans voile, il ne m'est jamais arrivé d’agression alors que je ne porte pas de voile. Mais ce qu'on doit savoir que ça dépend dans quel quartier on est. Malheureusement, il existe des classes sociales en Egypte, l'éducation pour tout le monde n'est pas pareille. Beaucoup de femme voilés dans des quartiers populaires sont agressés, témoigne le film Les femmes du bus 678, vendus en ce moment en France.
Ils faut savoir aussi que la culture arabe est une culture masculine, la femme est traitée par les imames de mosquée de quartiers populaires ou villages d'inférieure à l’homme.

OUI JE TEMOIGNE

une amie allemande m'a rapporté le fait que lors d 'un voyage de fin d'année scolaire, une de leurs amies avait été agressée sexuellement dans sa chambre d'hôtel. Les agresseurs, ils étaient 2 , étaient entrés avec la complaisance d'un allié travaillant dans l'hôtel. L'ambassade allemande leur a demandé de rapatrier la victime d'urgence et que les démarches seraient initées depuis l'Allemagne, où elle serait en lieu sûr. DONC VOUS VOYEZ LES AUTORITES CONNAITRAIENT LES AGISSEMENTS. LES FEMMES N ONT JAMAIS ETE ET NE SONT PAS PROTEGEES.

Il y a déjà +de 15 ans de celà et elles avaient 19 ans

Pardon mon français. C'est

Pardon mon français.

C'est très bon de savoir qu'il commence d'avoir une conscience pour le respect de femmes au Egypt! J'espère que les volontaires peuvent donner education à les hommes et que ça soit seulement le debut de meilleures choses a venir. J'espère aussi que les hommes en deviennent pas aggressive avec les volontaires!

J'ai parlais avec un mec Egypcien en dehors de l'Egypt qui m'a dit que c'est normale en Egypt pour les hommes de n'avoir pas de respect pour les femmes Occidentalles. Il m'a racontais beaucoup des histoires sur femmes, meme avec ses maris, qui ont étaient agressée en public et que personne ne fait rien. J'aimerais connaître le pays mais j'ai meme peur d'y aller.

Peut-être plus d'Egypciens peuvent laisser commentaire aussi ici.

Traduction

Besma = Sourire (un)



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