À Damas, les rebelles syriens frappent le cœur de la communauté alaouite

Capture d'écran d'une vidéo montrant la fumée des bombardements qui s'élève du quartier de Mazzé, à Damas, mercredi 7 novembre 2012.
 
La capitale syrienne est depuis mercredi le théâtre de tirs de mortier qui ont atteint les quartiers où vit une grande partie de la communauté alaouite proche du pouvoir. Des affrontements ont aussi opposé rebelles et forces régulières aux portes de la ville. Notre Observateur nous raconte le vent de panique qui souffle sur Damas.
 
Plusieurs attentats à la bombe et à la voiture piégée ont secoué Damas et ses environs au début de la semaine, faisant plus de trente morts et plusieurs blessés. Le bilan des attaques de mercredi, perpétrées contre le quartier à majorité alaouite de Mazzé 86 est quant à lui de trois civils.
 
Les combats entre rebelles et forces de sécurité continuent alors que les bombardements se sont interrompus jeudi matin. Toutefois, les échanges de tirs n’atteignent pas encore le centre de la capitale dont la 4e division de l’armée, conduite par Maher al-Assad, le frère du président Bachar, est chargée d’assurer la sécurité.
 
C’est la première fois que les rebelles syriens s’attaquent aux quartiers huppés de la capitale et bombardent en plein Damas.
 
La société syrienne est composée d’une majorité musulmane sunnite (près de 70% de la population), et de minorités religieuses dont les chiites (environ 10%). Les alaouites, branche principale du chiisme en Syrie, sont la communauté dont est issu le pouvoir.
 
Le conflit syrien, qui a commencé le 15 mars 2011, a fait jusque-là plus de 37 000 morts.
 
Capture d'une vidéo montrant des rebelles qui seraient basés autour de Damas et qui tirent au mortier.
Contributeurs

"Les rebelles menacent désormais de porter les combats au cœur même de la ville"

 Nabil (pseudonyme) est traducteur. Il vit à Damas.
 
Les rebelles lancent des projectiles depuis la banlieue de Damas mais qui atteignent les quartiers de la ville de plein fouet. Quant aux combats, ils ont lieu aux portes de la ville, à l’entrée des autoroutes par exemple. Ces échanges de tirs peuvent durer deux ou trois heures et ensuite le calme revient pour quelques temps. Ce matin par exemple, l’autoroute internationale qui conduit vers Amman (Jordanie) était bloquée à cause des combats.
 
Ces attaques se concentrent sur les quartiers de Mazzé et Kafr Sousseh. Le sous-quartier de Mazzé 86, situé dans le voisinage du palais présidentiel, était bouclé ce matin, après les attaques. Cette zone est non seulement à majorité alaouite mais elle abrite surtout les familles des membres de la garde républicaine et des organes de sécurité de l’Etat. Elle est donc très protégée d’habitude. La panique s’est emparée des habitants quand ils ont vu que même ce quartier n’était désormais plus à l’abri.
 
Les familles alaouites de Mazzé 86 ont commencé à fuir la ville en se dirigeant vers les zones côtières comme Tartouss et la banlieue de Lattaquié [cette région du nord-ouest de la Syrie est à majorité alaouite, elle est également le fief des Assad]. Leur fuite n’a pas été discrète car ils se déplacent en groupe, par bus entiers affrétés par les autorités. D’habitude, ces moyens sont utilisés lors de cérémonies importantes comme pour les fêtes nationales.
 
Le mouvement de panique touche tous les habitants qui commencent à se ravitailler de peur que la situation n’empire dans les prochains jours. Ils évitent désormais les moyens de transports à cause des barrages qui se sont multipliés autour de la ville. Les déplacements deviennent compliqués surtout durant les heures de pointe et beaucoup ne peuvent plus se rendre sur leur lieu de travail ou accusent un retard important. Moi par exemple, j’habite à Jormanah, dans la banlieue de Damas, et je travaille au centre-ville. D’habitude, je mets 45 minutes pour arriver à mon bureau. Aujourd’hui, il m’a fallu 2 heures et demi.
 
Les rebelles armés sont suffisamment proches de Damas aujourd’hui pour non seulement bombarder les quartiers alaouites mais en plus déstabiliser la vie de la capitale, ce qui est une première. Ils menacent désormais de porter les combats au cœur même de la ville.
 Cet article a été rédigé en collaboration avec Sara Grira, journaliste à France 24.


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