Bataille contre un projet de plage artificielle à Hong Kong

Maquette graphique de la plage artificielle qui doit voir le jour en 2014 à Lung Mei. Photo HK Wild Life.
 
Trois cents espèces animales et végétales pourraient disparaître de la rive de Lung Mei, à Hong Kong, à cause d’un projet de plage artificielle. C’est en tout cas ce qu’affirment des habitants du district de Tai Po, où les manifestations de militants écologistes se multiplient à mesure que le premier coup de pioche approche.
 
Proposée en 2000, la construction de cette plage artificielle de 200 mètres de long devrait commencer en novembre et se terminer fin 2014. Les travaux consisteront d’abord à retirer les nombreuses pierres et galets, puis à aplanir et drainer les sols submergés. Les autorités de Hong Kong ont prévu de construire sur cette zone, pour l’heure sauvage, un terre-plein d’une surface de 1,4 hectare, mais aussi des parkings, des toilettes, des douches et des canalisations ainsi que des filets anti-requins pour un coût total de 208 millions de dollars.
 
 
En haut, une vue aérienne de la rive de Lung Mei ; en bas, le plan du projet de plage artificielle. Photos publiées sur Facebook par HK Wild Life.
 
Dimanche 4 novembre, ils étaient 3 000, selon les organisateurs, à manifester pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une "catastrophe pour la faune aquatique et ornithologique" de la zone. Ces collectifs dénoncent principalement l’absence de concertation avec les habitants de Tai Po, et accusent le gouvernement de s’appuyer uniquement sur des rapports d’institutions rattachées à l’État (principalement le Conseil consultatif pour l’environnement et le Conseil de l’aménagement du territoire du district de Taipo). Autre argument développé par les activistes, le site serait déjà contaminé aux métaux lourds à cause d’une décharge proche et donc impropre à la baignade.
 
Ils étaient 3 000 à manifester contre le projet de plage artificielle, dimanche 4 novembre. Photo publiée sur le compte Twitter de TravelFoto
 
De leur côté, les autorités affirment répondre à une demande des habitants de Tai Po. La plage pourrait attirer jusqu’à 4 000 touristes en haute saison. La semaine dernière, le gouvernement chinois a renouvelé, par la voix de son secrétaire aux Affaires intérieures, sa volonté d’aller au bout du projet malgré l’opposition des organisations. Il a toutefois proposé la mise en place d’un plan de conservation des espèces qui n’a pas calmé les craintes des habitants.
 
Les membres du collectif Honk Kong Wild Life tentent de sensibiliser la population aux risques d'extinction des organismes vivants de Lung Mei si le projet aboutit. Photo publiée sur le compte Facebook de HK Wild Life.
 
Contributeurs

"Si les travaux débutaient, une espèce rare d’hippocampe risquerait de disparaître"

Dickson Wong Chi-Chun milite au sein de l’association Hong Kong Wild Life. Il s’oppose depuis l’annonce du projet, en novembre 2007, à la construction d’une plage artificielle à Lung Mei.
 
L’association Hong Kong Wild Life a recensé 234 espèces vivantes durant les quatre dernières années sur la rive de Lung Mei. Ses membres se sont rendus plus de 100 fois sur le site pour répertorier tous les organismes qui y vivent, à l’aide d’experts et d’universitaires hongkongais. Si on ajoute également les espèces végétales, c’est environ 300 espèces qui sont menacées, et la plupart sont uniques dans la région.
 
Nous avons remporté une première bataille en 2008 lorsque le ministère de l’Environnement chinois a demandé à des experts un rapport supplémentaire, estimant que les premières expertises ne donnaient pas toutes les garanties. Cela nous a permis de gagner un peu de temps, mais le ministère a finalement validé le projet un an après en s’appuyant sur le nouveau rapport qui était quasiment le même que le précédent. La seule différence, c’est qu’ils ont réduit la taille du terre-plein pour "limiter l’impact écologique" (point 6 de la page 4 du rapport).
 
"Les habitants de Lung Mei ne veulent pas d’une construction de béton sans aucun sens"
 
C’est Donald Tsang [ancien secrétaire en chef pour pour l'administration de Hong Kong, ndlr] qui avait décidé que la construction d’une plage artificielle serait l’un des 25 projets prioritaires.
 
Cela fait bientôt cinq ans que nous essayons de discuter rationnellement avec le gouvernement qui n’en fait qu’à sa tête. Nous avons donc décidé d’intensifier les manifestations ces derniers jours en réunissant des groupes universitaires, écologistes et de défenses des animaux pour faire entendre notre voix. Les habitants de Lung Mei ont peut-être été séduits à un moment par le projet de plage artificielle, mais aujourd’hui le projet n’est plus en phase avec leurs envies : la population souhaite une plage naturelle, et pas une construction humaine de béton sans aucun sens.
  
 
Hong Kong Wild Life a recensé 234 espèces animales vivant à Lung Mei et les a toutes photographiées. Photos publiées sur le Facebook de HK Wild Life.
 
"Nous sommes prêts à nous relayer pour occuper la plage et empêcher le début des travaux"
 
Les autorités nous ont proposé une alternative qu’ils appellent "Ting Kok Plus". C’est un plan de conservation à long terme de la faune et de la flore associant les groupes écologistes. Ce plan est censé assurer à la fois le développement de la région, mais aussi la sensibilisation des habitants aux problèmes écologiques via l’ouverture d’un bureau dans le district où chacun pourrait venir participer à des ateliers. C’est bien la preuve qu’ils n’ont rien compris à nos revendications et à nos propositions. Ils faut qu’ils trouvent un endroit mieux adapté pour le projet ou qu’ils envisagent plutôt la construction d’une éco-piscine qui utiliserait des plantes aquatiques au lieu de produits chimiques pour filtrer l’eau. Le "Ting Kok Plus" n’apporte rien par rapport au projet d’origine et sacrifierait tout autant la côte naturelle. Nous l’appelons le "Ting Kok Minus".
 
Les membres du collectif de défense de la plage sont prêts à se relayer pour l’occuper et empêcher le début des travaux. Nous venons de découvrir la présence d’une espèce protégée d’hippocampes [l’Hippocampus kuda, ndlr] et si les travaux débutent, ils risqueraient de disparaître. Le département de la protection de l’environnement vient de recevoir une réclamation à ce sujet. S’il n’en tient pas compte, nous sommes prêts à faire valoir nos droits devant la justice.
 
 
Billet rédigé avec la collaboration d'Alexandre Capron, journaliste à FRANCE 24.


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