"L'ouragan Sandy m’a volé mon vote"

L'après Sandy sur Staten Island, à New York. Capture d'écran d'une vidéo publiée sur YouTube par RealEstateSINY.
 
L’ouragan Sandy, qui a touché la côte est des États-Unis la semaine dernière, a causé des dommages collatéraux inattendus. Bureaux de votes inondés, réserves d’essence épuisées, des milliers de personnes déplacées… Certains Américains vont rencontrer les plus grandes difficultés pour accomplir leur devoir de citoyen.
 
Les États de New York et du New Jersey - les plus touchés par l’ouragan Sandy - ont dû prendre des mesures d’urgence pour permettre à leurs citoyens de voter pour l’élection présidentielle de ce mardi. Le New Jersey a autorisé ses habitants à voter par fax ou par e-mail. De son côté, l’État de New York avait d’abord décidé de délocaliser 60 bureaux de vote. Mais de nombreuses personnes se sont plaintes des problèmes de transports et de l’impossibilité de rejoindre ces nouveaux isoloirs. Lundi, à la dernière minute, le gouverneur de New York a donc pris la décision d’autoriser les habitants de l’État à voter dans n’importe lequel de ses bureaux.
 
Malgré ces mesures, certains de nos Observateurs savent qu’ils ne pourront pas voter ce mardi.
 
Dans le New Jersey, des personnes attendent des heures aux pompes à essence. Les États de New York et du New Jersey ont été les plus durement touchés par des pénuries après le passage de l'ouragan. Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube par Julian Garcia.

"Je ne peux pas rentrer chez moi à cause de la pénurie d’essence"

Trevor Kane est étudiant à l’université de New York.
 
 
J’étudie dans le nord de l’État de New York, mais je m’étais enregistré sur les listes électorales du Connecticut. Ma mère s’est donc rendue à la poste pour m’envoyer mon autorisation de vote par correspondance, lundi dernier. Les postiers lui ont dit qu’il n’y avait aucune chance que je reçoive ça à temps à cause de l’ouragan. La solution aurait été que je rentre chez moi en voiture, mais c’est impossible à cause de la pénurie de gaz et des dégâts sur les routes.
 
Je suis très déçu, l’ouragan m’a volé mon vote. C’était la première fois que je pouvais voter, je suis un grand supporter de Mitt Romney.
 
 

"Mon mari a été réquisitionné pour réparer les lignes électriques, il n’a pas pu aller chercher son bulletin de vote par correspondance"

Colleen Atherton vit à Kansas City dans le Missouri.
 
 
Mon mari, Brenton, est monteur de lignes, c'est-à-dire qu’il répare les lignes électriques lorsqu’elles sont cassées. En ce moment, il travaille en moyenne 16 heures par jour à cause des dégâts de l’ouragan dans le New Jersey [le mari, trop occupé, ne pouvait pas répondre à nos questions, NDLR]. Malheureusement, il ne pourra pas voter !
 
Ici, dans le Missouri, nous avons la possibilité de voter par correspondance. Il a donc fait une demande deux semaines avant la date de l’élection. Il aurait normalement pu remplir son bulletin et l’envoyer à temps, mais il a dû partir en urgence sur le terrain. Les responsables des bureaux de vote m’ont suggéré d'envoyer par courrier express le bulletin à l’endroit où il travaillait, que mon mari le remplisse et qu’il me le renvoie en urgence. Le problème, c’est que ces courriers express sont très chers. Par ailleurs, comme il travaillait énormément et devait beaucoup bouger, c’était très difficile de lui envoyer le courrier au bon endroit. Nous sommes très frustrés de l’incapacité de nos interlocuteurs à trouver une solution.
 
 

"Sans le décret, j’aurais dû marcher plusieurs heures pour rejoindre mon bureau de vote"

Laura Rink travaille dans le social. Elle a participé à la campagne d’Obama en 2008.
 
 
Je vis dans le sud de Manhattan, mais mon immeuble a été touché par l’ouragan. J’ai donc migré vers l’État voisin du New Jersey, où je travaille, pour vivre chez des amis. Théoriquement, je ne peux pas voter dans le New Jersey puisque je suis enregistrée sur les listes de New York. Lundi, j’ai appris que je devrais voter sur la côte sud-est de Manhattan, où il est impossible de se rendre en train à cause des dégâts de l’ouragan. Je ne pouvais pas non plus m’y rendre en voiture à cause de la pénurie d’essence. J’ai pensé, à un moment, prendre un jour de congé pour y aller à pied - ce qui m’aurait pris des heures - mais j’avais déjà manqué beaucoup de jours de travail à cause de l’ouragan. J’étais très contrariée, et beaucoup de mes voisins étaient dans la même situation que moi.
 
Je n’ai pas cessé d’appeler l’équipe qui gère les bureaux de vote à New York, mais ils n’ont pas répondu. Je suppose qu’ils ont dû recevoir des tonnes d’appels de gens paniqués. Heureusement, le décret permettant de voter dans n’importe quel endroit de l’État de New York est passé à la dernière minute. Je serai donc en mesure de voter aujourd’hui malgré toutes ces péripéties [des trains permettent d’accéder aux endroits de New York épargnés par l’ouragan, NDLR].
 


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