Ces électeurs qui ne voteront ni Obama, ni Romney

Une supportrice de Gary Johnson, candidat du Parti libertarien, le mieux placé pour être le troisième homme de l'élection présidentielle américaine. Photo publiée sur le Flickr de Garry Johnson.
 
Si Barack Obama et Mitt Romney sont les deux favoris incontestables pour remporter l’élection présidentielle américaine, ils ne sont pas les seuls candidats en lice. Les candidats du "troisième parti", comme on les appelle aux États-Unis, n’ont aucune chance d’accéder à la Maison Blanche mais leurs électeurs estiment que plus ils auront de votes, plus ils pourront faire valoir leurs idées au sommet de l’État.
  
Le "troisième parti" le mieux placé pour cette élection américaine est le Parti libertarien de Gary Johnson. Ni à droite, ni à gauche, ce parti, qui se définit comme socialement tolérant et fiscalement conservateur, tente de séduire les déçus des deux principaux partis.
 
Puis il y a le Parti Vert, dont beaucoup de démocrates s’inquiètent qu’il ne fasse perdre des voix à Barack Obama. Ces derniers accusent encore aujourd’hui Ralph Nader, le candidat écologiste à la présidentielle de 2000, d’avoir fait perdre des voix décisives à Al Gore, notamment dans le swing state [nldr : "État pivot" susceptible de voter pour l’un ou l’autre des deux grands partis] de Floride.
 
Après le Parti libertaire et le Parti Vert, le plus grand des petits partis est le Parti de la Constitution. Lundi, les candidats de ces trois partis, ainsi que celui du Parti de la Justice, ont participé à un débat très peu relayé par les médias par rapport aux face-à-face Obama-Romney.

"Je vote écolo, avec l’espoir que mon vote, additionné à tous les autres, fasse bouger les lignes vers la gauche de l’échiquier politique"

Dustin Smith vit à Houston dans le Texas. Il va voter pour le Parti Vert de la candidate Jill Stein.
 
 
Je vote pour Stein, parce que je suis d’accord avec son programme, qui propose notamment un système de sécurité sociale à "payeur unique", une réduction de 50 % du budget de l’armée et un plan détaillé pour améliorer les salaires et les droits des salariés.
 
Mais je vote aussi pour elle afin de favoriser l’émergence d’un troisième parti : les deux principaux sont devenus, avec le temps, deux substrats du conservatisme capitaliste, l’un au centre-droit, et l’autre plus à droite. Je vote Jill Stein avec l’espoir que mon vote, additionné à tous les autres, pourra marquer l’opinion publique et faire bouger les lignes vers la gauche de l’échiquier politique.
 
Si je vivais dans un swing state, j’aurais voté pour Obama. Je regrette que son programme soit trop conservateur, et donc pas assez différent de celui de Romney pour changer la vie des américains. Des problématiques internes, comme la protection sociale, aux questions internationales, comme les négociations avec l’Iran, on peut résumer l’élection en une phrase : moins de personnes mourront dans le monde si Obama est président des États-Unis. 
 

"Obama et Romney ne sont pas fidèles à la Constitution américaine"

Ronnie A. Jiminez vit à San Antonio dans le Texas. Il vote pour le Parti libertarien de Gary Johnson.
 
 
J’étais pro-Ron Paul [un libertarien qui s’est présenté aux primaires républicaines mais n’a pas été retenu] mais depuis qu’il est hors course, j’ai reporté mon choix Gary Johnson, le candidat du Parti libertarien, car c’est le plus proche de mes convictions. Obama et Romney ne m’intéressent pas, car ils ne sont pas fidèles à l’esprit originel de la Constitution américaine.
 
En 2008, Obama avait fait campagne contre les pratiques inconstitutionnelles comme le Patriot Act mais depuis, il l’a revalidé deux fois. Il avait promis de mettre fin à la guerre en Afghanistan, mais a juste accentué notre présence là-bas. Et pour faire bonne figure, il remplace les soldats par des contractuels de société privés. Il avait dit qu’il respecterait les prérogatives des États et qu’il ne gaspillerait pas les deniers publics dans la lutte contre le trafic de drogue [les libertariens sont pour la légalisation du cannabis], mais il a été encore plus interventionniste dans ces domaines que George W. Bush. Et la liste est encore longue…
 
Mais Romney n’est pas mieux ! Comme Obama, il défend le National Defense Authorization Act [nldr : loi permettant aux militaires de placer en détention indéfiniment des personnes suspectées de terrorisme sans preuve ou procès]. Je ne vis pas dans un swing state mais j’aurais voté pour le Parti libertarien peu importent les circonstances. C’est une question de principe pour moi. On me dit souvent que c’est comme si je jetais mon bulletin de vote à la poubelle. Mais je considère que c’est comme ça que le changement arrive.
 

“Les deux grands partis représentent les intérêts capitalistes et ne correspondent pas aux préoccupations d’une personne de la classe populaire”

Bryan Emmel vit à Moorhead dans le Minnesota. Il vote pour le Parti de la Justice du candidat Rocky Anderson.
 
 
Le Minnesota n’est pas un "swing state", mais je voterai Parti de la Justice quoi qu’il arrive. Je me considère comme un socialiste démocrate, mais "socialiste" est un gros mot aux États-Unis.
 
Les deux partis principaux représentent les intérêts capitalistes. Je fais partie de la classe populaire, et leur programme ne correspond pas à mes attentes. Nous avons besoin de garanties comme la couverture maladie universelle, et ni Obama ni Romney ne la proposent. Barack Obama a été un grand artisan de la guerre dans le monde, et a mené une bataille contre les lanceurs d’alerte, comme Bradley Manning, alors qu’il avait promis une administration honnête et transparente.
 
Mitt Romney, quant à lui, est un traître : il ne veut pas payer ses impôts aux États-Unis. Il est le genre de riche businessman qui a trouvé des excuses pour ne pas faire la guerre du Vietnam, mais il espère que nous allons envoyer nos enfants se faire tirer dessus pour que les États-Unis s’accaparent des ressources naturelles qui ne leur appartiennent pas. 
 


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