Témoignage d’un musulman birman : “Ils ont tué ma femme et brûlé ma maison”

Cette image satellite, prise le 25 octobre, montre la partie musulmane de la ville de Kyaukphyu, brûlée lors d'une récente attaque. Photo : Human Rights Watch.
 
La dernière vague de violences religieuses entre bouddhistes et musulmans dans l’ouest de la Birmanie a fait au moins 67 morts et forcé plus de 22 000 personnes à fuir leurs villages. Notre Observateur, l'un de ces déplacés, vit dans un camp de réfugiés. Il a échappé in extremis à une attaque sur son village au cours de laquelle sa femme a été tuée.
 
Les camps de réfugiés de Sittwe, la capitale de l’État de Rakhine, étaient déjà surpeuplés depuis l’arrivée de musulmans Rohingya fuyant des violences déclenchées par le viol et le meurtre d’une femme bouddhiste en juin dernier. Depuis, la tension n’est jamais retombée entre les deux communautés et de nouvelles violences ont éclaté la semaine dernière, provoquant un nouvel afflux de réfugiés. Selon l'ONG Human Rights Watch, c’est du côté des Rohingya que l’on compte le plus de victimes.
 
Bien que beaucoup résident en Birmanie depuis des générations, la plupart d’entre eux n’ont pas le statut de citoyen birman et sont considérés comme des étrangers par les nationaux. Ils sont le plus souvent appelés "Bengali" - même si le Bangladesh voisin ne les reconnaît pas non plus et les renvoie régulièrement quand ils arrivent à la frontière.
 
La ville de Kyaukphyu, au sud de l’État de Rakhine, a été la plus touchée par les récentes attaques. La totalité d’un quartier habité par des musulmans a été réduit en cendres. Une photo satellite de Human Rights Watch (ci-dessus) montre l’ampleur des destructions. La plupart des habitants qui ont fuit la ville sont des Kaman, une autre minorité musulmane qui est, elle, reconnue par l’État birman. Selon Chris Lewa, directeur du projet Arakan de défense des droits des Rohingya, "Ce ne sont plus seulement des violences anti-Rohingya, mais ce sont des violences anti-musulmans."
 
Photo satellite de Kyaukphyu prise de 9 mars 2012, avant les attaques.

Contributeurs

"J’ai essayé de récupérer le corps de ma femme mais ils continuaient de tirer"

U Maung (pseudonyme), 60 ans, vivait à  Kyaukphyu avant que sa maison soit incendiée.
 
Quand nous avons appris que des violences avaient lieu à Sittwe [en juin], je me suis dis que la même chose arriverait à Kyaukphyu. Le 21 octobre, les bouddhistes de Rakhine ont brûlé deux mosquées dans la partie musulmane de la ville. La nuit suivante, ils sont revenus avec des torches et des bouteilles de gaz et se sont mis à incendier toute la zone. Des hommes nous ont tirés dessus avec des armes artisanales qui lançaient notamment des rayons de roue de vélo. Puis, des hommes en civil, qui étaient clairement des membres des forces de l’ordre, nous ont tirés dessus avec des armes à feu. Ils ont touché ma femme. Elle est morte sur le coup. J’ai essayé de récupérer son corps mais ils continuaient de tirer. J’ai dû la laisser et nous sommes partis, avec mon fils, en courant vers les rives du fleuve. Là-bas, nous sommes montés à bord d’un bateau de pêche et avons fui vers Sittwe.
 
Nous sommes arrivés dans le camp de réfugiés le lendemain, le 23 octobre. Il y a un monde fou ici. On doit être plus de 3 000 personnes. Grâce aux dons nous avons de quoi manger. Chacun fait sa cuisine. On arrive à survivre mais on est effrayés. Ma femme me manque tellement. Si les choses se calment, j’essaierai de rentrer chez moi. Mais comme nous n’avons plus rien, nous aimerions que le gouvernement nous aide en nous donnant du travail et en assurant notre sécurité afin que nous puissions redémarrer notre vie. Mais j’ai entendu que nous serions probablement déplacés dans d’autres villes, beaucoup plus loin.
 
Du temps de la junte militaire, les bouddhistes n’osaient pas traiter les musulmans de la sorte”
 
Cela fait très longtemps que les bouddhistes de l’État de Rakhine détestent les musulmans. Pour eux il n’y a rien de plus normal. À Kyaukphyu, comme dans le reste de la région, les bouddhistes et les musulmans vivent dans des quartiers séparés. Par le passé, certains d’entre nous ont eu des amis bouddhistes. Il y a même eu des mariages, et il arrivait que les enfants des deux communautés aillent dans les mêmes écoles.
 
Mais après des décennies de discrimination, les musulmans ont fini par avoir de moins en moins accès aux opportunités économiques et de véritables tensions sont apparues. Je ne comprends pas pourquoi les gens nous voient comme des étrangers alors que nous sommes nés ici comme tous les autres Birmans. Du temps de la junte militaire, les bouddhistes n’osaient pas maltraiter les musulmans de la sorte."

Commentaires

Faut que les médias occidentaux en parles davantage !

Même s'ils sont musulmans , ce sont des êtres humains ! Les droits de l'homme ne va pas que dans un sens , faut penser aux opprimés , y compris musulmane et croyez moi y'en a beaucoups !

courage mon frére

courage mon frére



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