Pour en finir avec l’insécurité, Goma devient ville morte la nuit tombée

 
Conséquence du regain d’insécurité qui a agité ces dernières semaines Goma, la capitale du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les autorités locales ont adopté deux mesures radicales, applicables à la tombée de la nuit : l’interdiction de circulation des motos-taxis et la fermeture nocturne de la frontière entre la RDC et le Rwanda.
 
Entre fin septembre et début octobre, la population de la ville de Goma (plus de 400 000 habitants) a été victime d’assauts meurtriers menés par des groupes armés dont l’identité demeure inconnue - les autorités congolaises les attribuent aux sympathisants du Mouvement du 23-mars (M23), une rébellion réactivée en mars et qui se trouve actuellement postée à une vingtaine de kilomètres de la ville.
 
Pour tenter de juguler cette série de violences, qui surviennent souvent la nuit et sont le fait de motards, le maire de Goma, Naasson Kabuya, a décidé, le 9 octobre, d’interdire à tous les motards, motos-taxis inclus, de circuler entre 18h30 et 5 heures du matin dans la ville.
 
Le 22 octobre, Julien Paluku, gouverneur de la province du Nord-Kivu, lui emboîte le pas en faisant fermer le poste frontière qui relie Goma à la ville frontalière rwandaise de Gisenyi – franchi chaque jour par plusieurs milliers de personnes - entre 18 heures et 6 heures du matin. Une décision qui n’a pas été suivie par les autorités rwandaises qui ont choisi de laisser la frontière ouverte.
 
Le poste-frontière de Bukavu, capitale frontalière du Sud-Kivu, est lui aussi fermé de 18 heures à 6 heures du matin.
 
Photo satellite montrant les postes frontières de Goma (RDC) et Giseniy (Rwanda).
 
En fin d'après-midi, la foule converge vers le poste-frontière de Goma. Photo prise par notre Observateur Charly Kasereka.
 
Contributeurs

"À partir 17h45, il y a une véritable cohue au poste-frontière. Les gens se bousculent, s’énervent de peur d’être bloqués à Goma"

Charly Kasereka est blogueur à Goma.
 
La vie économique de la ville est extrêmement perturbée. Les vendeurs ambulants du soir sont pénalisés, beaucoup d’entre eux venant quotidiennement de Gisenyi, côté rwandais. Mais ce ne sont pas les seuls. Des Congolais originaires de Goma ont fait le choix de s’installer de l’autre côté de la frontière car les loyers sont moins élevés, les coupures d’électricité moins fréquentes et surtout les conditions de sécurité nettement moins dégradées. Ceux-là n’ont désormais plus le temps de finir leurs tâches quotidiennes dans leur travail. S’ils veulent rentrer chez eux, ils sont contraints de quitter leur poste à 17h30 au plus tard. À partir 17h45, il y a une véritable cohue au poste frontière. Les gens se bousculent, s’énervent de peur d’être bloqués à Goma.
 
Poste frontière de Goma. Photo prise par notre Observateur.
 
"Trafic chaotique"
 
Par ailleurs, les boîtes de nuit ont perdu de nombreux clients depuis qu’elles sont désertées par les prostituées qui se déplaçaient en moto-taxi, le mode de transport de loin le plus économique étant donné qu’une course la nuit coûte 1 000 francs congolais [environ 80 centimes d’euros, ndlr]. Les conducteurs de moto taxi, pour échapper au chômage, circulent désormais tous en même temps pendant la journée, ce qui rend le trafic complètement chaotique. Les taxis-motos c’est la solution idéale pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture ou même de prendre le bus - qui ne sont d’ailleurs pas du tout efficaces car ils ne desservent pas tous les quartiers de la ville.
 
Un usager habituel de la moto taxi rentrent chez lui à pied le soir. Photo prise par notre Observateur Charly Kasereka.
 
Avec toutes les mesures qui ont été adoptées par les autorités ces derniers jours, Goma ressemble à une ville morte dès que la nuit tombe. Chacun rentre rapidement chez soi de peur de tomber dans une embuscade. Les plus visibles dans la ville sont les policiers de la PNC (Police nationale congolaise) et de la PM (Police militaire) qui traquent les motards indisciplinés.
 
Ici, les gens craignent pour leur vie en permanence. D’ailleurs, l’attaque qui a eu lieu dans la nuit du 28 au 29 octobre à Sake, à 27 kilomètres de Goma, plonge à nouveau tout le monde dans l’angoisse. [Selon Radio Okapi, ce serait des soldats ivres des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo, les forces armées officielles du pays) qui serait à l'origine de cet accrochage au cours duquel quatre personnes ont trouvé la mort, ndlr.]
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à FRANCE 24.
 

Commentaires

La guerre de camouflage au Congo

Je suis très choqué par cette guerre qui n'a aucun objectif que des massacré notre population et de piller nos ressources miniers. Je vis au Burundi et chaque fois on signale les attaques des groupes armés ou même des personnes qui se proclament des chefs des rebellions, mais l'armée Burundaise neutralise souvent ces groupes en utilisent tout les moyens même l'aviation. un groupe rebelle ici au Burundi n'est peut jamais occupé même un petit quartier une seulle journée. Je me pose la question si l'armée Burundaise metrise toute attaque de ses enemis en utilisent tout le moyen militaire, pour quoi M23 peut occuper tout un grand teritoire du pays sans aucun réaction de notre armée? où bien , les chars des combats et les Elicopteurs qu'on avait vu au cinquantenaires où sont ils pour qu'il delivrent nos compatriotes de l'Est? je crois il y a quelques choses qui nous sont cachées, mais je crois quelque soit la durée de la nuit, le jour finira par apparaître.



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