Deir Ezzor est assiégée par l’armée de Bachar al-Assad depuis plusieurs mois. Le peu de gens qui restent ici n’ont pas tellement envie de faire la fête. Nous avons quand même essayé de faire plaisir aux enfants, du moins dans mon quartier, à Cheikh Yacine. Nous avons ainsi distribué des "gharaïba" [un type de galette dégustée en Syrie le jour de l'Aïd, ndlr] aux familles sinistrés et aux enfants ce matin. C’est en fait une confiserie de conception basique, seulement composée de semoule et de sucre. Comme nous manquons cruellement de produits alimentaires, nous ne pouvons pas faire mieux.
Des comités de bienfaisance ont en outre ramené quelques moutons qu’ils ont sacrifiés et réparti entre les familles qui vivent dans mon quartier.
L’Aïd al-Adha est une fête que les gens sont censés célébrer en famille autour de repas copieux. C’est un jour particulièrement triste pour moi parce que je n’ai pas vu ma famille depuis plusieurs mois. Avant, ils étaient installés dans un quartier qui était sous le contrôle de l’armée loyaliste. Cela ne m’empêchait pas de leur rendre de temps à autre visite clandestinement. Mais ils ont quitté le pays il y a quelques semaines. Le seul moyen de rester en contact désormais, c’est Internet.
Le cessez-le-feu est relativement respecté à Deir Ezzor. Jusqu’ici, l’armée n’a pas tiré d’obus et aucun avion n’a survolé la ville. Mais les snipers restent aux aguets aux alentours des rues principales et j’ai appris qu’un membre de l’Armée syrienne libre a été tué ce matin.