Un an après la chute de Kadhafi, les Libyens se réapproprient son quartier général de Bab al-Azizia

Le marché adjacent à l'ancien palais de Bab al-Azizia. Photo Mansour Ati.
 
Notre Observateur s’est rendu à Bab al-Azizia, l’ancien quartier général de Kadhafi, à Tripoli. Vendeurs, squatteurs, les nouveaux locataires racontent comment ils ont repris possession,  parfois faute de mieux, de cette zone hautement symbolique. 
 
Ces témoignages ont été rassemblés par Mansour Ati, blogueur à Tripoli, dans le cadre du projet Libyablog.org.
 
Il était considéré comme l’endroit le plus secret de Libye. Une zone dont le commun des mortels ne pouvait s’approcher sans être gagné par la peur : je me suis rendu ce vendredi à Bab al-Azizia. Le complexe que Kadhafi aimait appeler la "citadelle imprenable" est aujourd’hui occupé par des centaines de familles pauvres, et l’une de ces rues adjacentes a été transformée en marché.     
 
Ce marché hebdomadaire, jadis situé dans le quartier de Souk al-Jemaâ, en périphérie de Tripoli, a été transféré à Bab al-Azizia après la révolution.
 
Nous y avons rencontré Bachir Zekri, l’un des nombreux vendeurs de ce marché très animé. Il a tenu à nous parler du quartier avant le déclenchement de la révolution.
 
Bachir Zekri, vendeur : "Je n’avais jamais imaginé pouvoir m’installer ici un jour"
 
 
"Je n’avais jamais imaginé pouvoir m’installer ici un jour pour vendre ma marchandise, et pourtant. À l’époque de Kadhafi, quand je passais par cette rue, je gardais toujours la tête baissée. Mais comme vous pouvez le constater, je peux aujourd’hui vendre ma marchandise sans crainte, d’autant que les autorités m’ont délivré un permis m’autorisant à tenir mon commerce. Désormais, je peux rêver d’un avenir meilleur."
 
Nous avons poursuivi notre promenade au milieu des vendeurs qui n’arrêtaient pas de nous interpeller pour nous vanter leurs produits, chacun assurant que sa marchandise était la meilleure. 
 
Sirej Eddine Joumoua, vendeur : "Aujourd’hui, nous travaillons en toute tranquillité"
 
 
"Nous sommes aujourd’hui soulagés parce qu’avant la révolution, au  Souk al-Jemaâ , nous étions sans cesse harcelés par des voleurs" qui nous dérobé notre marchandise en toute impunité. Mais aujourd’hui, nous travaillons l’esprit tranquille parce que l’endroit est sécurisé, car situé près du centre-ville".
 
Ahmid Ali Ahmid : "Il serait plus judicieux d’installer le marché dans une place publique plutôt que dans cette rue"
 
 
 
 "Dieu merci, le marché connaît une grande affluence. Il y a beaucoup de vendeurs et aussi beaucoup de clients. Certaines choses doivent néanmoins changer. Il faut que les autorités s’intéressent à nos problèmes. Il serait en effet plus judicieux d'installer les marchés sur les places publiques, de façon à absorber tous les clients sans que cela ne perturbe la circulation ; et non au milieu de la rue comme c’est le cas à Bab al-Azizia".
 
À l’approche de la prière du Dohr (mi-journée), le marché se vide peu à peu de ses occupants. Les marchands rangent leurs marchandises et s’apprêtent à se rendre à la mosquée. Le marché, qui était tout à l’heure bondé de monde, est maintenant clairsemé.
 
Une mère de famille : "Je squatte un bâtiment de Bab al-Azizia"
 
Nous avons rendu visite à l’une des familles pauvres qui squattent les quelques bâtiments qui n’ont pas été détruits à l’intérieur de l’ancien QG de Kadhafi. Ici, elles ne sont pas obligées de payer un loyer.   
 
 
 
"Auparavant, nous habitions avec la famille de mon mari au Souk al-Jemaâ. Nous sommes venus habiter ici en décembre dernier, parce nous habitions à 15 dans une maison exiguë. Ici, nous avons trouvé l’endroit complètement brûlé et nous l’avons nettoyé pour le rendre habitable. Nous vivons avec 360 dinars. (220 euros).
 
Pour tout vous dire, je regrette aujourd’hui d’être venue ici. Je rêvais de pouvoir élever mes enfants dans une maison saine. Mais il y a de plus en plus de familles qui viennent s’installer  faute de pouvoir payer un loyer, et nous avons un problème d’accumulation des ordures. Cela a pris des proportions telles que mon fils en est tombé malade."
 
Daou Abd Assalam Touati, squatteur à Bab al-Azizia : "Les gens laissent leur ordures devant chez nous parce qu’ils nous prennent pour d’ex-kadhafistes"
 
Nous avons aussi rencontré Daou Abd Assalam Touati, le président élu du syndicat constitué par les familles pour défendre leurs droits auprès des autorités.
 
"Nous sommes lassés des médias. Que ce soit de la presse locale ou internationale, beaucoup de journalistes sont venus nous voir mais cela n’a rien changé à notre situation. Nous sommes conscients que les autorités ont des problèmes plus urgents à gérer, mais notre situation ne cesse d’empirer. Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour faire entendre notre voix auprès du gouvernement. (…) Nous avons exposé notre problème au Conseil local et à plusieurs ONG. Mais nos efforts sont restés vains, et nous croulons aujourd’hui sous les immondices. Les gens qui n’habitent pas ici viennent jeter délibérément leurs ordures devant nos maisons parce qu’ils croient que nous sommes d’anciens partisans de Kadhafi.
 
Nous ne demandons pas d’argent. Tout ce que nous souhaitons, c’est que l’État nous fournissent des logements pour qu’ont puisse vivre et élever nos enfants dans la dignité."      
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