Témoignage de Bani Walid, fief de Kadhafi assiégé : "Il faut arrêter l’effusion de sang"

Capture d'écran d'une vidéo publiée jeudi sur YouTube par des combattants de Misrata.  
 
Bani Walid a été, mercredi 17 octobre, le théâtre de combats meurtriers entre des ex-rebelles de la ville voisine de Misrata, opérant en collaboration avec l’armée libyenne, et des groupes armés originaires de l’ancien bastion kadhafiste. Sur place, un habitant décrit le chaos qui s’est emparé de sa ville.
 
L’attaque, lancée par des combattants de Misrata et les "forces du bouclier", des troupes militaires rattachées au ministère de la Défense, a fait 11 morts et des dizaines de blessés selon l’AFP. Depuis plusieurs mois, les ex-rebelles accusent la ville d'abriter des criminels et des anciens kadhafistes recherchés par la justice. Un premier assaut avait été lancé début octobre à proximité de la ville, faisant au moins un mort dans les rangs des combattants de Bani Walid. L’attaque était survenue une semaine après la mort d’Omrane Chaabane, un ancien rebelle libyen originaire de Misrata qui avait participé à la capture de Mouammar Kadhafi. Enlevé en juillet dernier dans l’ouest libyen par des hommes armés venus de Bani Walid, Chaabane avait été blessé par balle et torturé. Il avait finalement été libéré après une intervention du pouvoir central, mais a succombé à ses blessures le mardi 25 septembre à Paris.
 
Le jour de sa mort, le Congrès général national (CGN), la plus haute autorité du pays, avait demandé aux ministres de la Défense et de l'Intérieur de capturer les auteurs de l'enlèvement de Ben Chaabane "par la force si cela est nécessaire".
 
Dépêchées sur les lieux par les autorités, les "forces du bouclier" se sont alliées aux milices de Misrata, dont certaines opèrent maintenant sous leur tutelle, pour encercler la ville. Un siège qui donne lieu à des affrontements quasi-quotidiens avec les milices armées de Bani Walid.
 
Par ailleurs, une véritable guerre médiatique a lieu sur Internet entre les combattants de Misrata et de Bani Walid, chacun postant des vidéos des attaques et des dégâts causés par leurs adversaires.
 
Vidéo postée par le camp des combattants de Misrata.
Les images montrent une caravane de pick-up transportant des combattants de Misrata. La vidéo a été publiée jeudi sur YouTube mais il n'est pas possible de savoir quand elle a été tournée.
  
Vidéo postée par le camp des combattants de Bani Walid.
Sur cette vidéo, des combattants de Bani Walid montrent un pick-up chargé de lance-roquettes dont ils affirment qu'il a été abandonné par les milices de Misrata qui auraient pris la fuite. Postée mercredi sur YouTube.   
Contributeurs

"Les hommes de Bani Walid se battent car ils ne reconnaissent pas la légitimité des milices rattachées à l’armée"

Walid Ouerfalli est un habitant de Bani Walid.
  
Il y a 17 jours, les 'forces du bouclier' et les combattants de Misrata avaient pris le contrôle de l’un des accès de la ville appelé 'Doufan' qui est situé sur la route reliant Misrata à Bani Walid. Ils sont restés un certain temps concentrés dans cet endroit.
  
La banlieue de Bani Walid était jusqu’ici sporadiquement bombardée, mais hier [mercredi 17 octobre], les forces du bouclier ont pris le contrôle des quatre accès de la ville et les tirs de lance-roquettes se sont intensifiés. Ils touchent maintenant la ville même. J’ai entendu parler d’une fille de 16 ans qui est morte après avoir reçu des éclats d’obus. Certaines familles ont fui par crainte des bombardements mais la majorité des habitants de Bani Walid ont préféré rester.
 
Depuis cinq jours il n’y a plus une goutte de carburant disponible dans la ville et les denrées alimentaires commencent à manquer, de même que les médicaments. Les malades nécessitant des soins réguliers, comme les diabétiques, souffrent particulièrement de cette situation. 
 
"Certaines familles ont fui la ville" 
 
Une délégation composée de chefs de tribu issus de différentes régions est venue [le 13 octobre] pour discuter avec les autorités de Bani Walid en vue de trouver une solution. À l’issue des discussions, les chefs de tribu de la ville ont donné leur accord pour livrer les personnes recherchées par la justice et permettre à l’armée libyenne officielle d’entrer dans la ville afin d’y assurer la sécurité [Hussein al-Habbouni, le chef du comité de la réconciliation en Libye, a par ailleurs envoyé une délégation du Congrès général national qui devait servir de médiateur pendant les discussions avec les responsables de la ville. D'après lui, les deux parties se sont mises d'accord sur un cessez-le-feu et l'échange de prisonniers, dans une région neutre]. 
 
Mais les combats se poursuivent et la population est toujours dans l’attente de l’application de l’accord. Les jeunes qui continuent à se battre sur le front ont pris les armes parce qu’ils refusent l’intervention des "forces du bouclier". D’ailleurs, la majorité des habitants de Bani Walid considèrent que ces forces ne sont pas légitimes car elles sont constituées de plusieurs groupes d’anciens rebelles, dont beaucoup sont originaires de Misrata et répondent à des considérations régionalistes et tribales.
 
Les habitants de Bani Walid souhaitent une solution pacifique à ce conflit et que soit mis un terme à cette effusion de sang.

Témoignage recueilli par Muhammad Jaballa qui participe à un projet de mise en place d'une communauté de blogueurs libyens, baptisé Libyablog. La plateforme est coordonnée par les Observateurs de France 24 et l’Atelier des médias de RFI, avec l’appui de l’Union européenne.

Commentaires

AH, les défenseurs des droits

AH, les défenseurs des droits de l'homme?????



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