Mohammad, Saoudien chiite au chômage : 400 euros par mois au royaume du pétrole

 
Mohammad Alsaeddi n’a rien à voir avec l’idée qu’on se fait des Saoudiens. Habitant Qatif, dans l’est de l’Arabie saoudite, âgé de 37 ans, il est au chômage depuis 2010 et ne perçoit aucune aide de l’État. Pour subsister, il vend des oiseaux sur les marchés et vivote au crochet de sa famille.
 
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Contributeurs

"Pour vivre, je dois emprunter de l’argent à mes frères et sœurs"

Ces dernières années ont été financièrement et moralement très difficiles pour moi. J’ai connu une succession de revers qui ont vraiment bouleversé ma vie. Jusqu’en 2008, je travaillais comme producteur sur la chaîne CNBC Arabiya. Mais suite à un conflit interne, j’ai été mis à la porte sans préavis. Une équipe fantoche avait été nommée pour faire le ménage au sein de la chaîne quelques mois auparavant. J’ai visiblement été sanctionné par le gouvernement qui ne tolérait pas ma liberté de ton et ma manière de penser. [Mohammad se présente comme un activiste. Il a, à plusieurs reprises, dénoncé sur notre site la discrimination de la communauté chiite, dont il fait partie, par les autorités sunnites saoudiennes]. Deux ans plus tôt, en 2006, lors du mini-krach boursier de Riyad j’avais perdu une énorme somme d’argent, l’équivalent de quatorze années d’économies.
 
Entre 2008 et 2010, n’ayant rien trouvé dans ma branche, j’ai travaillé comme chauffeur routier. Je passais douze heures par jour sur les routes pour 600 euros par mois, soit quatre fois moins que ce que je gagnais quand j’étais à CNBC. En plus d’être mal payé, ce boulot m’usait physiquement, alors j’ai démissionné.
 
"En Arabie saoudite, les divertissements sont très rares, voire inexistants"
 
Depuis deux ans, je dois me contenter de très peu. Je ne perçois aucune indemnisation de chômage, pas la moindre aide sociale. Cette année, l’Arabie saoudite a lancé Hafiz , un programme d’assistance aux personnes sans emploi. À ce jour, si ce programme profite à un peu plus d’un million de Saoudiens, il reste très limité. Car ne peuvent seulement en bénéficier les 20-35 ans - j’en ai 37 - qui ont passé les dix derniers mois en Arabie saoudite et dont les parents sont d’origine saoudienne. Si vous avez la "chance" de correspondre à ce profil, vous devez vous contenter d’environ 400 euros par mois pendant un an. Ensuite l’aide s’arrête.
 
Mon argent, je le gagne en vendant des oiseaux sur les marchés de Qatif. Mais cette activité, occasionnelle, me rapporte très peu. Alors j’emprunte à mes frères et sœurs. Ils ne m’aident que quand ils peuvent. C’est très délicat de demander de l’argent à quelqu’un, a fortiori à ses proches. Je le vis comme une humiliation, mais je me dis que cela ne va pas durer et que je les aiderai à mon tour, un jour. Si à la fin du mois, je parviens à empocher 400 euros, c’est bien. Cela couvre tout juste mes dépenses qui varient très peu. La très grande majorité de cette somme passe dans l'essence et la maintenance de ma voiture qui n'est pas toute neuve, la nourriture et ma facture de téléphone portable. La vie est très chère en Arabie saoudite. Le seul avantage, c'est qu’ici on ne paie pas d’impôt sur le revenu grâce aux sommes colossales que le royaume tire de la manne pétrolière.
 
"Chez les jeunes, il y a un fort taux de chômage et les cas de suicide sont fréquents"
 
Dans ce pays, les divertissements, tels que vous les concevez dans les pays occidentaux, sont très rares, voire inexistants. La vie est austère. Il y a bien des bars où l’ont peut boire un café ou prendre la chicha, mais moi je n’y vais pas. Mes finances ne me le permettent pas.
 
Je ne suis pas marié, je n’ai pas d’enfants et vis dans la maison familiale… Comment peut-on bien vivre cette situation ? Pour ne plus importuner ma famille, j’avais prévu d’aller tenter ma chance aux États-Unis en septembre dernier. Mais dix jours avant mon départ, mon père est mort donc j’ai donc tout annulé. Ce projet est toujours dans les cartons mais j’ai besoin de temps, de rester auprès de ma mère.
 
Les Occidentaux croient que l’Arabie saoudite n’abrite que des nantis. Mais je peux vous dire qu’ici la vie est très dure pour beaucoup de gens. Chez les jeunes, il y a un fort taux de chômage et les cas de suicides sont fréquents.
 
Billet réalisé avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à France 24

Commentaires

Ce type doit être un "as du

Ce type doit être un "as du volant" car pour dépenser la très grande partie de ses 400€ dans l'essence (à 0,08 d'€ le litre d'essence en Arabie Saoudite), il doit vraiment rouler!

Enfin on en parle !

Oui, ça fait plus d'un an que les chiites en arabie saoudi manifestent pour leurs droits, et ça fait un an que le bain de sang coule dans l'est du pays et les médias occidentaux occultent cette révolution au profit des intérêts pétroliers de l'occident avec les monarchies dictatures des pays du golf.
Pourquoi ces deux poids de mesure? Est-ce uniquement les syriens qui ont le droit à une révolution et les saoudiens n'ont le droit qu'à une dictature islamique?
La minorité chiite a le droit de profiter du pétrole saoudien, de cette richesse qui coule en dessous de leurs pieds alors que la monarchie islamique wahabiste en place les marginalise.
Ce n'est pas pour créer un conflit sunnite-chiite, loin de là, mais c'est pour dénoncer les conditions difficiles dans lesquelles vivent les chiites dans les pays du golf.

Encore !

Encore une fois une vidéo afin de semer la zizanie entre les sunnites et les chiites , passons a l Arabie Saoudite maintenant ! vais vous dire une chose , je ne porte pas ce pays dans mon cœur , mais ce que vous faites est Machiavélique !



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