De toutes les décisions prises dans ce décret-loi, il n’y a que la destruction d’immeubles qui a été effectivement mise en application. Rien n’a été fait pour reloger les familles ni même pour les prévenir. Dans certains quartiers, les militaires annoncent la destruction des immeubles quelques jours avant, via les hauts-parleurs de la mosquée. Dans mon quartier, ils sont venus deux jours avant la date prévue et sont allés frapper aux portes des appartements en disant aux habitants qu’ils avaient 48 heures pour quitter les lieux. Certains immeubles détruits étaient déjà en grande partie inhabités car la simple présence de militaires dans les environs poussent les habitants à fuir.
Le jour de la destruction, les militaires viennent avec des blindés ou des chars et ils bloquent les deux entrées de l’avenue sur laquelle se trouve l’immeuble visé. Les soldats sont accompagnés de "chabbihas" [les milices pro Assad] et de responsables de la mairie ou de l’administration locale, puisque l’opération est censée être légale. D’ailleurs, ils laissent les gens regarder, du moment que personne ne filme, sauf eux [on voit effectivement sur les vidéos des hommes en uniforme qui filment les opérations]. Ils plantent des bâtons de TNT au rez-de-chaussée de l’immeuble. Une fois le bâtiment détruit, des pelleteuses viennent pour ramasser les débris. Ensuite ils repartent, comme si de rien n’était.
Je suis convaincu que cette opération relève tout simplement de la punition collective à laquelle on veut donner un semblant de légalité. Cette réforme ne concerne pas tous les quartiers de la banlieue du grand Damas, dont les habitations ne répondent pas aux normes [le décret précise, en effet, que cette politique ne concernera, dans un premier temps, que certains quartiers de la banlieue sud de Damas]. Les quartiers d’Al-Maydane ou d’Attadhamon par exemple, célèbres pour avoir été le théâtre de batailles entre l’armée régulière et l’ASL, ont été ciblés en priorité. De même pour Al-Zahira, qui a connu de nombreuses manifestations et qui se trouve en plus à côté d’une direction de la sécurité de l’État. Par contre, le quartier 86 à Mezzeh, qui fait pourtant partie de la zone concernée par le décret, n’a pas été touché, car la plupart de ceux qui y habitent sont des alaouites.
Quel cynisme de la part des autorités : elles n’ont aucun complexe à nous parler d’urbanisme alors que nous sommes en pleine guerre.