La contestation reprend à Sidi Bouzid, berceau de la révolution

 
Sidi Bouzid ainsi que sa région sont en proie à une contestation populaire ininterrompue depuis plusieurs jours. À l’origine de cette révolte : un sit-in, dans le village voisin d’El Omrane pour protester contre le chômage et la précarité, qui a débouché, jeudi 27 septembre, sur une intervention musclée des forces de l’ordre.
 
La route qui traversait le village d'El Omrane était bloquée depuis plusieurs jours par les participants du sit-in. Pour continuer leur chemin, les automobilistes devaient décliner leur identité. Parmi eux, se trouvaient, mercredi 26 septembre, un arbitre de football et son staff qui devaient se rendre à un match à Gafsa, dans le sud de la Tunisie. Pour faire plier les autorités locales, restées sourdes aux doléances des habitants, certains manifestants ont alors décidé de séquestrer l'homme en noir et son équipe. Une prise d’otage qui a provoqué l’annulation de la rencontre mais surtout la colère des autorités qui ont envoyé des bataillons de policiers pour mater la révolte.
 
Depuis, des manifestations contre les répressions policières et les arrestations abusives s’organisent quasi quotidiennement. Le 29 septembre, une grève générale a été décrétée à Menzel Bouzaiene, une localité voisine de Sidi Bouzid.
 
Cette vidéo a été filmée par notre Observateur vendredi 28 septembre dans les rues de Menzel Bouzaiene. Les manifestants scandent des slogans contre le ministre de l’Intérieur à la suite de répressions policières.
 
Ce même jour, plusieurs dizaines de personnes ayant participé au sit-in ont entamé une grève de la faim à Menzel Bouzaiene, en solidarité avec les manifestants détenus depuis la descente des policiers. Plus étonnant, et signe de l’émoi que cette affaire a provoqué, ils ont été accompagnés dans leur démarche par trois députés de l’Assemblée constituante (Mohamed Brahmi, Ahmed Khaskhoussi et Mohamed Taher Ilahi). Tous réclament leur libération et la fin des poursuites judiciaires à leur encontre. 
 
Lundi 1er octobre, ce fut au tour des professeurs du secondaire de se mettre en grève pour demander la libération d’enseignants emprisonnés lors de l'assaut.
 
Sidi Bouzid est le berceau de la révolution de 2011, dont le point de départ avait été la mort de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant qui s'était immolé par le feu pour protester contre la saisie de sa marchandise par la police. Située dans une région particulièrement pauvre et marginalisée sous le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, la situation de Sidi Bouzid ne s’est guère améliorée depuis.
 
 
Contributeurs

"Les brigade anti-émeute ont tiré à balles réelles sur les manifestants "

 
Slimane Rouissi est un enseignant et militant syndicaliste de Sidi Bouzid. Il avait été un des leaders de la révolution.
 
Le sit-in d’El Omrane a débuté par le blocage de la route nationale N14 [qui relie le pays du Nord au Sud, ndlr], de manière à empêcher la circulation des camions transportant du phosphate depuis le Sud jusqu’aux grandes villes du Nord. Les habitants de la région de Sidi Bouzid réclament un pourcentage sur les ventes de cette précieuse matière première au motif que cette zone est un point de passage obligatoire pour les camions. Cette manne contribuerait au développement de la région et, plus particulièrement, à El-Omrane qui ne dispose d’aucune infrastructure ni administration. C’est un village laissé à l’abandon par les autorités locales.
 
La police a effectué une première descente mercredi 26 septembre à 6h du matin pour tenter de dégager la route. Suite à cet assaut, douze personnes ont été arrêtées. Le lendemain, l’intervention policière a été nettement plus brutale. Des brigades anti-émeute venues par centaines ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc mais aussi des balles réelles sur les manifestants. Les murs des maisons en portent les traces. Histoire de semer un peu plus la terreur, ils sont même entrés chez les gens, qui ont fui à travers champs. La panique était à son comble. Ce jour-là, une trentaine de personnes ont été interpellées.
 
"Je suis sidéré par l’amateurisme des autorités"
 
Un ami syndicaliste a été pris à partie par les forces de l'ordre. C’est un ancien dissident politique bien connu des policiers. Et comme ces derniers sont les mêmes depuis la chute de Ben Ali, il n’est pas étonnant qu’ils soient encore dans leur collimateur.
 
Les habitants sont sous le choc. Depuis la révolution de 2011, c’est la première fois que la répression est aussi violente. La région de Sidi Bouzoud est quadrillée par la police. Des contrôles d’identité et de plaques d’immatriculation ont désormais lieu tous les jours à l’entrée de Menzel Bouzaiene.
 
Je ne défends pas les sit-in, qui parfois dégénèrent, mais je condamne fermement la réponse complètement disproportionnée des autorités. Je suis sidéré par leur amateurisme. Au lieu d’apaiser la tension, ils ont tout fait pour l’envenimer.
 
Samedi 29 septembre, une grève de la faim a été entamée à Menzel Bouzaiene en solidarité avec les manifestants détenus. Cette photo a été prise par notre Observateur.
 
 
 


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