Grève dans les hôpitaux publics égyptiens : "Les Frères musulmans nous délaissent car ils veulent garder une mainmise sur la santé"

Des étudiants en médecine manifestent au Caire en solidarité avec le mouvement de grève. Photo postée sur la page Facebook du mouvement.
 
Lundi matin, plus de 500 hôpitaux publics ont entamé une grève nationale illimitée. Le personnel exige, entre autres, que soit triplé le budget alloué au secteur de la santé publique. Mais, en Égypte, où les Frères musulmans ont développé un système de santé parallèle, le gouvernement islamiste ne semble pas vouloir faire du développement du secteur de la santé publique une priorité.
 
Le personnel gréviste demande, notamment, une augmentation du budget de la santé de 5 % à 15 % du budget global de l’État, une amélioration des conditions de travail, la mise en place d’une grille de rémunérations et l’établissement d’un salaire minimum de 400 euros par mois, sachant que certains praticiens du public sont actuellement payés entre 10 et 20 euros par mois.
 
Les services d’urgence, ainsi que le fonctionnement des centres hospitaliers universitaires, ne devaient pas être affectés par la mobilisation.
 
Ces derniers jours, plusieurs personnalités politiques et organisations de la société civile ont exprimé leur soutien aux grévistes, parmi lesquels le chef de l’Union des médecins arabes et ancien candidat à la présidence, Abdel-Moneim Aboul-Fotouh.
 
Deux mouvements de grève avaient déjà été organisés par les syndicats du secteur en mai et en septembre 2011 sans que les revendications des grévistes ne soient satisfaites.
 
Affichage des revendications des grévistes devant l'hôpital psychiatrique d'Abassiya, au Caire. Photo postée sur
la page Facebook du mouvement.
 
Contributeurs

"Personnellement, j’en suis réduit à prescrire des médicaments élaborés dans les années 1960"

Mohammed Shafiq, 30 ans, est neuropsychiatre à l’hôpital public Manshiet el-Bakry au Caire. Il préside le syndicat indépendant de l’hôpital.
 
Avant la révolution, nous travaillions dans des conditions misérables et aujourd’hui rien n’a changé. Dans mon secteur, par exemple, nous sommes 1000 neurochirurgiens pour une population de plus de 80 millions de personnes. Et la moitié d’entre nous ne sont pas disponibles puisqu’ils pratiquent actuellement hors d’Égypte, en Europe et aux États-Unis notamment. Cette pénurie de main d’œuvre est commune à tous les secteurs de santé. L’autre point commun, c’est le manque d’équipement. Les antipsychotiques dont j’ai besoin pour traiter mes patients sont introuvables, à moins de débourser beaucoup d’argent. Si bien que certains cas psychiatriques ne peuvent aujourd’hui être traités que dans les cliniques privées qui ont les moyens de se fournir en médicaments, des établissements où la grande majorité des Égyptiens n’ont pas les moyens de se rendre. Personnellement, j’en suis réduit à prescrire des médicaments élaborés dans les années 1960 alors que d’autres produits bien plus efficaces sont sortis depuis. Et je ne vous parle par de tout le matériel de base qui manque, comme par exemple de simples masques à oxygène. Enfin, nous avons noté dernièrement une forte augmentation de l’insécurité dans les hôpitaux. Les patients déversent de plus en plus souvent leur colère sur les médecins. Avec de meilleurs moyens, ces problèmes disparaîtraient. 
 
"Le réseau d’aides sociales des Frères musulmans est un ancrage sans pareil pour le gouvernement dans la population"
 
Aujourd’hui, le secteur public de la santé est quasi inexistant en Égypte. Quand un patient est malade, il a le choix entre une clinique privée, s’il en a les moyens, ou le vaste réseau d’aides médicales mis en place depuis des années par les Frères musulmans. [Depuis les années 1930, l’organisation islamique des Frères musulmans a développé de nombreuses activités sociales caritatives, dont la mise en place d’hôpitaux, dans des domaines laissés à l’abandon par les autorités. Aujourd’hui ce système concurrence très largement le service public de santé égyptien] Ce réseau a beau avoir le mérite d’exister, ce n’est pas ce dont l’Égypte a besoin. Il nous faut un système de santé solide et global, pas des œuvres de charité. Par ailleurs, ces centres médicaux sont considérés comme peu chers mais ils sont quand même plus chers que les hôpitaux publics.
 
Je pense que le gouvernement [issu de la mouvance des Frères musulmans] n’a pas d’intérêt aujourd’hui a développer un secteur public fort car le réseau d’aides sociales des Frères musulmans est un ancrage sans pareil pour lui dans la population. C’est un moyen sans pareil de garder un contact direct avec les Égyptiens. Ensuite, ce réseau rapporte de l’argent qui peut ensuite être réinvesti dans d’autre secteurs d’activité, notamment la branche politique du mouvement. Dans cette logique, on comprend très bien pourquoi le syndicat proche des Frères musulmans ne soutient pas notre grève. 
 
"Peu importe où les autorités vont chercher l’argent, rien n’est plus important que la santé"
 
Je gagne 100 dollars par mois [soit 77 euros, le salaire moyen en Égypte étant de 100 euros]. Nous demandons à ce qu’un salaire minimum soit établi à 500 dollars par mois. Une hausse qui doit aller de paire avec une augmentation de la part de la santé dans le budget global de l’État car, sans équipement et sans locaux décents, nous sommes inutiles. Peu importe où les autorités vont chercher l’argent, rien n’est plus important que la santé.
 
 
Des étudiants en médecine manifestent au Caire en solidarité au mouvement de grève. Photo postée sur la page Facebook du mouvement.
 
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

Commentaires

Les islamistes......

si je comprends bien, doit vivre ou mourir selon leurs critères, car là la religion....

qu'est ce que tu raconte,tout

qu'est ce que tu raconte,tout les egytiens ont le droit d'aller dans ces hopitaux,qu'ils soient musulmans ou chretiens!ca n'a rien a voir avec l'idéologie,c'est de la solidarité et il se trouve que ceux qui propose ces services gratuitement sont les fréres musulmans!il faut arréter la propagande qui veut que les fréres fasse ca par interet, ils aidaient les gens bien avant d'etre au gouvernement,bien avant méme qu'ils soient un mouvement politique!un peu d'objectivité svp

dans les hopitaux des"fréres

dans les hopitaux des"fréres musulmans"les soins sont gratuits!donc utile a la grande majorité des egyptiens,qui eux sont pauvres et qui sans ces hopitaux n'auraient aucun accès au soin de santé



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