Des Nigérianes sans tuteur interdites de pèlerinage : "Nous ne sommes plus au temps du prophète !"

Photo postée sur Sahara Reporters. Le cliché a été transmis au site participatif par des proches de Nigérianes bloquées à l’aéroport.
 
Près d’un millier de Nigérianes ont été interdites d’entrée sur le territoire saoudien alors qu’elles se rendaient à La Mecque pour le pèlerinage. Les autorités du royaume wahhabite leur reprochent de ne pas avoir de tuteur masculin. Notre Observateur dénonce une vision surannée de l’islam.
 
Après avoir été retenues cinq jours dans les locaux de l’aéroport, elles ont été renvoyées au Nigeria sur décision des autorités saoudiennes. Ces Nigérianes ont été empêchées d’entrer sur le territoire au motif qu’elles n’étaient pas accompagnées d’un tuteur masculin. En effet, dans le royaume saoudien, une femme doit obligatoirement voyager accompagnée d’un homme appelé "mahram" ayant autorité légale sur elle.  
 
Selon les autorités nigérianes, la Commission nationale du pèlerinage du Nigeria et le gouvernement saoudien avaient pourtant signé un accord qui permettait à des groupes de Nigérianes d’entrer sur le territoire tant que des représentants de la Commission les accompagnaient. 
 
L’affaire a pris des allures d’incident diplomatique puisque le Nigeria a décidé jeudi de suspendre de façon temporaire tous les vols de pèlerins vers l’Arabie saoudite. Ils ont ensuite repris dimanche.
 
Environ trois millions de musulmans du monde entier ont accompli l'an dernier le pèlerinage de La Mecque, l'un des cinq piliers de l'islam. Le Nigeria compte 160 millions d'habitants, dont environ la moitié de musulmans.
 
L'Arabie saoudite, pays ultraconservateur, applique une interprétation rigoriste de l'islam. Les femmes sont obligées de sortir voilées et ne peuvent voyager sans leur mari ou leur tuteur légal.
 
Photo postée sur le site Sahara Reporters. Le cliché a été transmis au site participatif par des proches de femmes nigérianes bloquées à l’aéroport.
Contributeurs

"À l’origine, le 'mahram' devait protéger les femmes pendant les longs voyages, mais les conditions de transports ont changé et les risques ne sont plus les mêmes"

Abubakr Siddeeq est un blogueur nigérian. Il écrit le blog "Focus on Faith" ( Focus sur la foi). L'intégralité de son billet de blog est disponible ici, en anglais. 
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Le Commission nationale du pèlerinage du Nigeria se base sur l’interprétation de l’islam dans cette partie du monde [Afrique de l’Ouest], une interprétation qui est différente de celle appliquée en Arabie saoudite. […] En Arabie saoudite, des érudits s’appuient sur des hadiths du prophète qui expliquent que la femme n’a pas le droit de voyager sans un "mahram". C’est dans cette logique que certains ont conclu qu’une femme ne pouvait pas aller au pèlerinage sans son tuteur. Mais ces érudits n’ont pas pris en compte le fait que le prophète s’exprimait à une époque où les routes étaient peu peuplées et où les pèlerins devaient traverser des déserts extrêmement dangereux pour arriver à destination.
 
"Les Nigérianes méritent d’être respectées par les Saoudiens"
 
L’islam est une religion de clémence et de compassion qui cherche à protéger les plus vulnérables. À l’origine, le prophète avait interdit aux femmes de faire de longs voyages sans "mahram" car le rôle de ce dernier était de sauvegarder l’honneur et la dignité des voyageuses sur la route. […] Avec les transports modernes, voyager aujourd’hui n’a rien à voir avec voyager à l’époque du prophète. Excepté peut-être sur les routes du Nigeria, il est rare de tomber sur des bandits de grand chemin.
 
C’est pour cela que la Commission nationale du pèlerinage du Nigeria autorise depuis des décennies que les femmes voyagent sans "mahrams" si elles sont accompagnées par des gens plus âgés et respectables, hommes ou femmes.
 
Les Nigérianes méritent d’être respectées par les Saoudiens. En l’occurrence, celles-ci ont dû supporter beaucoup. Elles ont été mises à l’écart à l’aéroport comme des animaux en quarantaine. Elles avaient faim et les malades n’ont pas pu recevoir de traitements. Ce n’est pas comme ça que l’on reçoit les invités d’Allah. L’hospitalité des Saoudiens n’a cette fois-ci pas été à la hauteur. On peut aussi se poser la question de savoir pourquoi ils ont accepté de leur donner des visas s’ils ne comptaient pas les faire entrer une fois sur place.
 


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