Des sorciers à la rescousse des rhinocéros

Des sangomas pratiquent des rituels dans le Mpumalanga, province d'Afrique du Sud couvrant la partie sud-est du parc Kruger. (Photo publiée avec l'autorisation de la SANParks.)
 
Depuis janvier 2012, près de 400 rhinocéros ont été braconnés en Afrique du sud. Une hécatombe qui a particulièrement touché le parc Kruger, la plus importante réserve animalière d’Afrique du Sud, située dans le nord-est du pays. En mal de solutions, l’administration du parc s’en remet désormais à la magie.
  
Le 31 août, le SANPark, l’entité responsable de la gestion du parc Kruger, a fait pour la première fois appel à des sorciers sud-africains appelés sangomas. La cérémonie a eu lieu dans le stade de Mkhuhlu dans la province Mpumalanga, qui abrite une partie de l’immense parc animalier. Sous le regard de rangers, les sorciers ont fait appel aux pouvoirs de leurs ancêtres afin qu’ils les aident à maudire les braconniers.
 
 
Photos des rituels organisés avec des rangers et des habitants du Mpumalanga. (Photo publiée avec l'autorisation de la SANParks.)
 
La plupart des rhinocéros sont abattus pour leurs cornes, dont le trafic est particulièrement important au Vietnam où elles sont utilisées dans la médecine traditionnelle. Prisées pour leur kératine, substance aux vertus thérapeutiques et aphrodisiaques selon les croyances locales, elles sont vendues sur le marché noir autour de 50 000 euros le kilo, quasiment au prix de l’or. Un accord devrait être signé entre les deux pays le 8 octobre lors d’une convention sur la diversité biologique pour tenter d’enrayer le phénomène.
 
À l’approche de la journée mondiale des rhinocéros prévue le 22 septembre, le ministère de l’Environnement sud-africain a dévoilé des chiffres alarmants, faisant état de l’abattage sauvage de 100 rhinocéros lors de ces deux derniers mois. Au total, 381 animaux ont été tués depuis janvier 2012, un chiffre en pleine explosion. En 2007, 13 rhinocéros avaient été braconnés.
 
Une autre technique pour lutter contre le bracconage consiste à insérer du poison dans la corne du rhinocéros pour que celle-ci n'ait plus de valeur sur le marché noir. Photo publiée sur le Facebook de Rhinoprotect.
 
Contributeurs

"La plupart des braconniers ont peur de ce que peuvent faire les sangomas"

William Mabasa, employé du Kruger Park, a assisté aux rituels des sangomas.
 
D'une manière générale, toutes les suggestions sont les bienvenues pour sauver les rhinocéros. Ces sangomas font partie des communautés vivant aux alentours du parc et affirment avoir des pouvoirs. L'objectif en faisant appel à eux, c'est de marquer les esprits. De nombreux braconniers font appel au "muti" [terme zoulou signifiant "médecine traditionnelle"; les sud-africains y font appel pour guérir de leur maux ou pour se protéger des mauvais esprits, NDLR] et croient en cette forme de sorcellerie. Ils ont même parfois très peur de ce que peuvent faire ces sorciers.

Ainsi, les sangomas refusent leur protection aux criminels, les maudissent et les bannissent. Ce sort est censé toucher aussi leur famille et leurs descendants. Ces rituels sont un outil parmi d’autres. Si nous pouvons agir aussi psychologiquement pour diminuer le nombre de rhinocéros tués, nous le ferons.
 
Un sangoma (en bleu à droite) invoque les ancêtres pour protéger les rhinocéros. ©SANParks

"Tout ce que nous pouvons faire humainement et techniquement pour sauver les rhinocéros, nous le faisons."
 
Vous ne pouvez même pas vous imaginer tout ce que nous faisons pour pouvoir assurer la sécurité des rhinocéros. Chaque jour, nos rangers font des heures de ronde dans le parc, nous géo-localisons nos rhinocéros, nous vérifions régulièrement qu’ils ne portent pas de signes d’attaques. Nous parcourons souvent des kilomètres et des kilomètres, jusqu'aux frontières du Mozambique et du Zimbabwe. Tout ce que nous pouvons faire humainement et techniquement, nous le faisons. Depuis le début de l'année, nous avons perdu 65 rhinocéros blancs et un rhinocéros noir à cause des braconniers. On ne peut pas continuer comme ça, il faut trouver des alternatives. 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration d'Alexandre Capron, journaliste à FRANCE 24.
 


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