Fermeture d’écoles et d’ambassades françaises : qu’en pensent nos Observateurs expatriés ?

Quartier de l’ambassade française à Tunis, le 20 septembre. Par @imedBensaied
  
Évoquant le principe de précaution, le Quai d’Orsay a demandé la fermeture vendredi 21 septembre des écoles et ambassades françaises dans 20 pays, principalement du monde musulman. La France craint que ses institutions ne soient visées après la publication par le journal satirique "Charlie Hebdo" de caricatures de Mahomet. Alors que des manifestations contre les atteintes à l’islam sont prévues après la prière, nous avons interrogé quatre Français expatriés dans des pays musulmans.
 
"Mort à l’Amérique !", "Mort à Israël !", "Mort à la France !", c’est ce qu’ont scandé une centaine de manifestants iraniens jeudi lors d’un rassemblement devant l’ambassade de France à Téhéran pour protester contre la publication par l’hebdomadaire de caricatures du prophète. Mêmes slogans en périphérie de Kaboul, capitale de l’Afghanistan, où 300 étudiants ont aussi protesté contre les dessins ainsi que contre la vidéo "L’Innocence des musulmans’, qui a provoqué la semaine dernière une vague de violences dans le monde arabo-musulman et la mort d’une trentaine de personnes.
 
S’inquiétant que la dernière polémique lancée par "Charlie Hebdo" ne "jette de l’huile sur le feu" alors que les tensions sont déjà vives, la France a décidé de fermer ses écoles, ambassades, consulats et centres culturels dans 20 pays vendredi, jour de prière. Au Caire (Égypte) et à Tunis (Tunisie), ces institutions seront fermées jusqu’à la fin du week-end.

ÉGYPTE : "Si un manifestant me demande quelle est ma nationalité, je répondrais que je suis allemand"

Julien Noël est chef de rayons chez Carrefour. Au Caire depuis 7 ans, il réside à Maadi, un quartier situé dans le sud de la ville non loin du lycée français.
 
Depuis 10 jours, tout se passe sur la place Tahrir, comme pendant la révolution. Alors ces prochains jours, j’éviterai seulement d'y passer. Pour le moment, je ne me sens pas visé. La semaine dernière, en rentrant chez moi dans la soirée, je suis passé près d’un rassemblement anti-américain. Un manifestant m’a demandé quelle était ma nationalité. Quand je lui ai répondu, il m’a dit 'les Français, ce sont les meilleurs !' En revanche, depuis la une de 'Charlie Hebdo’, je pense qu’à la même question je dirais que je suis allemand. C’est une simple précaution, car en discutant avec les gens, j’ai constaté qu’ils ne faisaient pas l’amalgame entre la publication d’un journal et tout un pays.

TUNISIE : "S’ils décident de répondre à ces caricatures, les manifestants s’en prendront aux institutions comme les écoles ou l’ambassade, mais jamais aux Français"

 
Marie Bouazzi est l’ancienne présidente de l’Association démocratique des Français de l’étranger (ADFE). Professeur de mathématiques à la retraite, elle vit à Tunis depuis 36 ans et est mariée à un Tunisien.
 
Les salafistes qui manifestent depuis une dizaine de jours sont minoritaires et pas du tout représentatifs de la population tunisienne. En revanche, ils ont un fort pouvoir de nuisance C’est donc légitime que les autorités françaises aient demandé la fermeture de ses bâtiments. Les manifestants sont capables d’être très violents, alors mieux vaut éviter toute prise de risque inutile. Depuis la parution des caricatures, certains craignent de devenir la cible de violences. Ce qu’a fait la rédaction du journal ‘Charlie Hebdo’ est complètement irresponsable. Pour autant, je connais bien ce pays : si les manifestants décident de se venger, ils s’en prendront aux institutions comme les écoles ou l’ambassade, mais jamais aux Français directement.

INDONÉSIE : "Les mesures de sécurité prises par les autorités ne me semblent pas disproportionnées"

Jean-Louis V. est expatrié à Jakarta et travaille pour une entreprise française.
 
 Les mesures de sécurité prises par les autorités ne me semblent pas disproportionnées. L’Indonésie est un pays où il y a déjà eu par le passé des attentats. Il est vrai que chaque pays est différent, et qu’a priori nous n’avons pas de souci à nous faire, mais mieux vaut prévenir que guérir. Je fais autant attention que d’habitude, mon souci étant d’abord de préserver les intérêts économiques français à l’étranger. Mais, pour l’instant, la situation semble sous contrôle à Jakarta.

AFGHANISTAN : "Comme d’habitude, nous continuons à jouer profil bas pour éviter les mésaventures"

Brice est expatrié depuis un an à Kaboul, en Afghanistan.
 
Tout est une question de comportement : je n’irais pas dire demain à un Afghan que je suis français avec un grand sourire. Pour le reste, rien n’a changé. Nous continuons à faire profil bas pour éviter les mésaventures. Cela peut paraître bizarre vu d’Europe, mais pour nous, c’est la logique quotidienne.
 
Au sein de mon entreprise, nous sommes régulièrement informés par des messages d’alerte concernant les axes à éviter. Nous avons l’habitude de ces situations. Il y a toutes les semaines des manifestations ou des rassemblements ici.
 
La fermeture des écoles et ambassade ne changera pas grand-chose pour nous, car le vendredi est un jour chômé en Afghanistan. Mais j’attendrais de voir comment évolue la situation après la prière avant de sortir de chez moi. D’ailleurs, nous avions prévu d’aller nous balader au nord de Kaboul ce week-end, mais je crois que nous allons annuler nos plans ! 
 
Ces témoignages ont été recueillis par Peggy Bruguière et Alexandre Capron, journalistes à FRANCE 24. 

Commentaires

faut assumer vos erreur

faut assumer vos erreur quitte a retourner en France et vivre votre démocratie comme bon vous semble mais en attendent faut subir ce que vous faite subir au autre depuis toujours.

WTF ?

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