À Jérusalem-Est, les organisations palestiniennes disparaissent sous la pression d'Israël

 "Ensemble contre la fermeture des institutions de Jérusalem", banderole affichée près du siège de l'organisation Nidal.
 
À Jérusalem-Est, les organisations culturelles palestiniennes sont de plus en plus rares à résister à la pression exercée par les autorités israéliennes. Le centre culturel Nidal Center rouvre aujourd’hui ses portes après plus de 3 ans d’interdiction. Notre Observateur, qui en est membre, nous raconte la précarité de son activité.
 
Le Nidal Center, organisation palestinienne fondée en 1999 à Jérusalem-Est, propose des activités culturelles et pédagogiques aux jeunes de la ville (apprentissage des premiers secours, cours de soutien scolaire, informatique...) et organise des excursions durant les vacances scolaires. En juillet 2009, le centre a été sommé de suspendre son activité pour une période de 3 ans et deux mois par les autorités israéliennes qui avaient jugé que l’organisation représentait un "risque sécuritaire" pour les Israéliens.
 
Ce n’était pas la première fois que les employés du centre Nidal avaient à faire aux forces de sécurité israéliennes : en 2005, les locaux de l’organisation avaient été fouillés et du matériel informatique saisi sans qu’aucun élément à charge ne soit finalement retenu contre les employés.
 
Basée dans la vieille ville de Jérusalem-Est, le siège de l’organisation se trouve dans une zone sensible où les autorités israéliennes mènent une politique de colonisation.
 
Une des pièces du siège de l'organisation telle que ses membres l'ont découverte, 3 ans après la fermeture.
Contributeurs

"Nous avons le sentiment permanent d’avoir une épée de Damoclès sur la tête, car la législation est arbitraire à notre égard"

Mahmoud Jiddah était employé au sein de l'organisation Nidal. Depuis la fermeture du centre, il travaille pour l'organisation Health Work Committee à laquelle le Nidal Center est attaché.
 
Le premier ordre de fermeture nous est parvenu en juillet 2009. Il était signé par le chef de la police israélienne de Jérusalem et suspendait l’activité de l’organisation pour un mois. Puis, en septembre 2009, la fermeture a été reconduite pour un an renouvelable jusqu’au 12 septembre 2012.
 
Nous n’avons jamais obtenu une réponse satisfaisante concernant le motif réel de la suspension de nos activités. La décision de la police israélienne invoquait l’article 6 d’une loi anti-terroriste datant de 1948 et parlait de "raisons de sécurité" sans donner plus de détails. Et lorsque nous avons porté l’affaire devant la justice israélienne, le tribunal nous a répondu que la décision impliquait des informations confidentielles qu’il n’était pas en mesure de nous divulguer.
 
Chaque année, nous étions prévenus de la reconduite de la décision de fermeture à la veille de sa date d’expiration. Mais il n’y a rien eu cette année. Je ne m’explique pas cette décision d’autant plus qu’il arrive rarement qu’une association qui ferme ses portes ici rouvre après un certain temps.
 
"Toute notre ambition consiste à vouloir offrir aux jeunes de la ville un espace de divertissement"
 
Le Nidal Center n’est ni la première ni la dernière organisation à souffrir de la pression des autorités israéliennes. En un an, ce sont plus de 80 associations et organisations culturelles qui ont fermé à Jérusalem-Est, sans qu’aucun motif valable ne soit avancé [en février 2010, l’Union européenne faisait observer qu’Israël faisait fermer presque systématiquement toutes les institutions palestiniennes à Jérusalem-Est, ndlr]. Par de telles pratiques, le gouvernement israélien cherche à faire pression sur les Palestiniens de la zone pour qu’ils quittent la vieille ville. L’objectif est l’installation des Israéliens et qu’à terme Jérusalem soit déclarée capitale d’Israël [L’ONU a dénoncé pour sa part une "politique de ‘judaïsation des territoires occupés", ndlr].
 
Aujourd’hui, nous redécouvrons les locaux délabrés de notre organisation et nous attendons le bilan d’un expert avant de procéder à la restauration des lieux. Nous reprendrons aussi vite que possible nos activités mais avec le sentiment permanent d’avoir une épée de Damoclès sur la tête, car la législation est arbitraire à notre égard et nous risquons une nouvelle fermeture à tout moment. Toute notre ambition consiste à vouloir offrir aux jeunes de la ville un espace de divertissement au lieu de les laisser traîner dans la rue pendant leur temps libre. Mais notre simple présence est apparemment vue par les autorités israéliennes comme une forme de résistance.
 
 
 
L'entrée du bureau de l'organisation, 3 ans après la fermeture.
 
Notre Observateur Mahmoud dans son ancien bureau.
 
La cour du bâtiment.
 
Une des pièces du siège de l'organisation.
Toutes les photos ont été prises par Daoud Mahmoud, membre du Nidal Center.
 Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

information

Comment un état (en l'occurence Israel) peut-il se targuer d'être démocratique alors que des décisions sont prises de manière arbitraire et sans aucun moyen de recours, et qui plus est, envers une partie de la population.

Il me semble d'ailleurs incompréhensible que cette politique, pour grave et inhumaine qu'elle soit, ne soit pas relatée par les média (Encore merci à France24 pour sa rubrique "les observateurs").

Mais, cet État est au dessus

Mais, cet État est au dessus des toutes les lois et est soutenu par les DÉMOCRATIES OCCIDENTALES qui exportent la démocratie en Afrique et en Asie. Donc, tu comprends? Israel a le permis de TOUT. Surtout celui de vie et de mort sur qui il veut. Alors, juste une petite association fermée? C'est minime pour se faire des soucis non?



Fermer