La casse d’Abobo risque de fermer, laissant 10 000 travailleurs sur le carreau

 
Parmi les cinq casses d’Abidjan, celle d’Abobo est la plus importante, un mastodonte de la mécanique où se vendent toutes sortes de pièces détachées de véhicules importés d’Europe, d’Asie ou d’Afrique. Devenu, au fil des ans, le gagne-pain des déshérités de la guerre et de la crise économique, ce bric-à-brac géant risque à tout moment d’être fermé.
 
Nul besoin de diplôme pour travailler à la casse d’Abobo. Les candidats à l’artisanat de la ferraille, qu’ils soient chômeurs, étudiants et parfois même mineurs, sont formés quelques jours par les anciens du secteur avant d’exercer les métiers de soudeurs, tôliers ou encore démarcheurs de clients. En tout, plus d’une centaine de métiers y sont exercés.
 
D’après le dernier décompte officiel, il y avait, en 2006, quelques 2 000 magasins et plus de 8 000 artisans, un calcul fait sur la base de quatre travailleurs par boutique. Aujourd'hui, le nombre de travailleurs dans la fourmilière qu’est devenue cette casse a explosé. Ils seraient maintenant autour de 10 000.
 
Mais depuis une dizaine d'années, les ferrailleurs d’Abobo, comme ceux des casses des autres communes d’Abidjan, occupent illégalement le terrain sur lequel ils sont installés et vivent dans la crainte des "déguerpissements".
 
 
Toutes ces photos ont été prises par notre Observateur à Abidjan Dominique N'Da le 18 septembre 2012. 

"Les propriétaires peuvent décider un matin de reprendre leur terrain et le ferrailleur n’aura d’autre choix que de fermer boutique"

Sidibe Hamed est le président de l’Association des ferrailleurs de Côte d’Ivoire. Il possède lui-même un magasin à la casse d’Abobo.
 
Quand la casse d’Adjamé [commune d’Abidjan, NDLR] a été incendiée en 2002 pendant la guerre, beaucoup de ferrailleurs avaient peur de s’y réinstaller. Il y avait un terrain vide à Abobo, alors quelques patrons y ont rouvert leur magasin. Aujourd’hui, les boutiques s’étendent sur six hectares où vont et viennent environ 10 000 travailleurs.
 
 
Légalement, nous n’avons pas le droit d’être ici. Les lopins de terre sur lesquels nous sommes installés appartiennent à des particuliers. Mais depuis dix ans, il y a des arrangements entre les propriétaires et les patrons de magasins. Ces derniers payent entre 10 000 et 75 000 FCFA par mois [entre 15 et 115 euros, NDLR] à leur "bailleur" pour rester, en plus d’une taxe communale mensuelle qui varie entre 5 000 et 12 000 FCFA [entre 8 et 19 euros, sachant que le revenu mensuel d’un ferrailleur qui possède sa boutique oscille entre 80 et 300 euros, NDLR]. Cette situation est bien évidemment instable. Les propriétaires peuvent décider un matin de reprendre leur terrain et dans ce cas, le ferrailleur n’a d’autre choix que de fermer boutique.
 
 
"Avec un nouveau recensement, nous pourrions contrôler les ouvertures de nouvelles boutiques"
 
Seul l’État est en mesure de nous octroyer un terrain aussi grand dont nous pourrions être locataires de droit. Nous sommes en discussion avec le ministère de l’Artisanat, qui a évoqué une délocalisation de plusieurs casses de la ville sur un site de 80 hectares existant à N’Ddoré [quartier d’Abobo]. Mais il faut attendre que les députés donnent leur accord. Si nous déménageons, nous pourrons recenser le nombre de magasins et d’artisans qui travaillent ici. Et les ouvertures de nouvelles boutiques n’échapperaient plus à notre contrôle, comme c’est le cas aujourd’hui.
 
 
Cet endroit fait vivre beaucoup de familles à Abidjan. Après la crise post-électorale, la casse a donné du travail à plein d’étudiants en déshérence à cause de la fermeture de leur université. Selon moi, la reconstruction de la Côte d’Ivoire passe aussi par une réorganisation de ce secteur.
 
 

Commentaires

La Reorganisation du Secteur Informel

Tant il est vrai que cet article ne porte que sur la casse, c'est le probleme de tout le Secteur informel qu'il faudrait poser et envisager de resoudre de maniere globale avec des measure specifiques pour toutes ses composantes. La plupart des pays africains ont mal gere ce probleme qui a donc entraine une explosion de l'informel avec tout ce que cela entraine comme consequences socioeconomiques. Remarquons qu'avec un peu d'assistance, d'organisation et la creation d'une reglementation souple qui accompagne les efforts déjà entrepris par les travailleurs de ce secteur, chaque pays pourrait les compter officiellement parmi ses nouveaux emplois crees en vue non seulement de resorber considerablement son taux de chomage, mais aussi d'aider ces concitoyens a ameliorer leurs conditions de vie et a contribuer davantage a la croissance de nos economies.

casse d'Abobo

pour moi, je pense qu'il est tres tot pour parler de la fermeture de la casse car nous venons d'une crise de 10 longues annees, je dit bien 10 longues annees ceux qui parle de cette fermeture, je ne sais pas s'il se rend compte de ce qui renconte car pour nous les jeunes d'Abobo ce casse represente pour nous un port, vous pouvez immaginer un instant ce que sera la côte d'ivoire si on decidait de fermer son port donc cette casse represente pour nous notre espoire car jusqu'a preuve du contraire nous avions pas d'autres alternative et ceux qui fermerons cette casse sans nous proposer d'autre alternetive pour nous son considerer comme ceux qui veulent la stabiliter de la CI car cette casse a permi aux milliers de jeunes de quitter les rues donc baisse de banditisme... alors je demande a l'etat de ne pas mettre les charrure les avant les boeufs donc avant de parler de toute fermeture il faut que l'etat nous donne une site definitive pour que les jeunes puisse faire parler leur genie car la cote d'ivoire doit aller de l'avant.

Confusion ou refus?

Nous assistons tous à cette anarchie sans agir. Cette casse paie des taxes et est quand même illégalement installer....humm!!! c'est bizzare sa!!!



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