J’ai rejoint l’armée en 2002 alors que le commandant Zacharia Kone était en train de se battre contre les forces de Laurent Gbagbo. Qu’aurais-je pu faire d’autre ? En tant qu’enfant du Nord, il fallait s’impliquer car à ce moment-là, les Forces nouvelles se battaient pour nous et manquaient d’hommes.
Comme je savais conduire, on m’a mis au volant d’un 4x4. En tout, nous avons fait un an de front en allant de ville en ville. Puis, il y a eu le cessez-le-feu et s’en est suivie une période de désarmement. Pendant les années après, il y a eu quelques conflits mais au sein même de notre camp, installé à Odienné. Le reste du temps, on était plutôt tranquille.
Lors de l’élection présidentielle de novembre 2010, j’ai été désigné par ma hiérarchie pour sécuriser la zone de Soubré [sud-ouest] et m’assurer que les règles électorales étaient bien respectées. Puis, Laurent Ggagbo a refusé de connaître les résultats et nos chefs nous ont expliqué que nous devrions en passer par la voie militaire. Nous sommes alors partis vers Danané [ouest] pour rencontrer d’autres chefs. C’était au mois de février 2011. Sur place, un premier échange de tirs a eu lieu avec des mercenaires libériens de Laurent Gbagbo alors que nous essayions d’attaquer une de leurs positions. Nous avons été les premiers à ouvrir le feu. Puis nous avons continué de ville en ville. Certaines batailles étaient beaucoup plus éprouvantes que d’autres. Il nous est arrivé de perdre une vingtaine d’hommes d’un coup.
"J’ai reçu une balle dans la jambe et les médecins ont décidé de me plâtrer"
Puis, à la fin mars,
nous avons avancé sur Bloléquin [ouest]. Là-bas, j’étais chargé de faire un ratissage pour récupérer les civils. Dans la soirée de notre arrivée, j’en avais rassemblé une centaine mais comme nous manquions de véhicules, nous les avons mis à l’abri dans la préfecture de Bloléquin en attendant qu’un camion vienne le lendemain matin. Avec le reste de la troupe, on veillait à une centaine de mètres de là quand, à 4 heures du matin, des miliciens nous ont attaqués. Nous étions tous en demi-sommeil, on s’est vraiment fait surprendre. C’est là que j’ai pris une balle dans la cuisse, alors que nous essayions de nous replier. Un camarade m’a porté sur ses épaules pour m’emmener un peu plus loin. Mais tout le monde n’a pas eu ma chance. Au moins quatre soldats sont morts.
J’ai ensuite été emmené en voiture dans un hôpital à Odienné, où se trouvait une de nos bases arrières. Mais en temps de guerre, les soins sont plus que rudimentaires. L’endroit où j’étais n’avait aucun moyen. Finalement, les médecins ont décidé de me plâtrer la jambe. Je suis resté comme ça pendant un mois avant que ma hiérarchie ne décide que je devais partir me faire soigner au Burkina Faso. Avec ma mère, mon amie et mon petit frère, nous sommes montés à bord d’un train direction Ouagadougou. J’y suis resté 62 heures, c’était un calvaire dans ma situation. Et c’est moi qui ai payé tout le voyage.
Notre Observateur a photographié certains de ces amis de Man qui, comme lui, sont d'anciens soldats blessés dans l'attente d'indemnités de la part du gouvernement.
"Le pied avait pourri et les nerfs ne répondaient plus, il n’y avait pas d’autre solution que de m’amputer"
Dans une petite localité à côté de la capitale, j’ai été pris en charge par des médecins italiens membres d’une association chrétienne. Quand l’un d’eux a ouvert mon plâtre, il m’a immédiatement dit qu’il fallait amputer. C’était devenu une question de survie. Deux ou trois semaines plus tôt, je m’en serais sorti d’après lui, mais là le pied avait pourri et les nerfs ne répondaient plus. Ma mère était contre cette idée. Je suis son premier fils, ça a été comme un coup de poignard pour elle.
Je suis resté six mois sur place mais jamais mes chefs n’ont pris de mes nouvelles, pas un appel. J’ai vite compris que je devrais me débrouiller seul. Mais dans ma situation, c’était très compliqué. Rapidement, je me suis retrouvé à court d’argent, je ne pouvais donc pas payer mes opérations. J’insistais pour obtenir un certificat de sortie auprès de l’hôpital pour retourner en Côte d’Ivoire mais le médecin me répétait que je n’étais pas guéri. Finalement, il a accepté. C’était mon seul espoir, rencontrer mes chefs pour qu’ils aient pitié de moi et m’aident financièrement.
"Mes anciens chefs de l’armée font semblant de ne pas me reconnaître"
De retour à Man, en septembre, j’ai croisé plusieurs fois des chefs de l’armée mais tous m’ont ignoré. Aujourd’hui, ils font semblant de ne pas me reconnaître. Et quand j’arrive un tant soit peu à exposer mon problème, en définitive, je suis toujours rejeté. Un jour, j’ai approché un de mes anciens commandants, qui m’a demandé ce que je lui voulais. J’ai répondu : "Je veux être autonome et pour ça j’ai besoin d’argent". Il m’a répondu : "C’est ton destin d’être comme ça !".
Heureusement, j’ai des connaissances qui m’aident financièrement de temps à autre parce qu’ils ont pitié de moi. Mon frère, qui est en France, m’a fait envoyer des béquilles. Mais j’ai encore besoin d’une prothèse. J’ai six enfants à charge, dont trois que j’ai récupéré après la mort d’un autre frère, tué pendant cette guerre. Je ne pourrai même pas envoyer mes enfants à l’école cette année.
"J’ai été enregistré mais pour le moment, ça n’a abouti à rien du tout"
Ici, on a vu plusieurs organisations gouvernementales chargées du recensement des victimes de guerre. On est venu me chercher et j’ai été enregistré. Le problème, ce n’est pas le recensement, mais c’est que ça n’abouti à rien du tout. J’ai essayé de contacter les autorités militaires d’Abidjan par le biais d’une connaissance afin que l’on m’aide à financer une prothèse. Ils m’ont demandé des tas de papiers médicaux pour faire un dossier. Ça fait cinq ou six mois maintenant et je n’ai eu aucune nouvelle. On meurt à petit feu ici. Et je ne suis pas le seul dans cette situation.
Moi, ce que je voudrais, c’est un peu de matériel pour aller cultiver les terres de mes parents. Il me faut quelque chose qui me permette de tenir sur le long terme. Peu importe mon handicap, si j’ai les machines, je saurai me débrouiller."
Commentaires
Vous êtes nombreux dans ce
Submitted by freddy (non vérifié) on jeu, 20/09/2012 - 17:47.Vous êtes nombreux dans ce cas! Sois patient car ADO n'oublie personne. Le recensement est la première étape. le reste viendra et il faut que les listes soient propres avant qu'on vous donne quelque chose. Tu es en vie, donc tu dois garder la foi. Beaucoup de gens sont morts sans même combattre. Toi tu as donné ton pied, tu ne seras pas oublié.
yako
Submitted by tiéné sangaré (non vérifié) on jeu, 20/09/2012 - 12:53.mon frère yaco, que DIEU t'aide à pouvoir te trouver une place et avoir un lendemain meilleur. mais surtout demande lui pardon, afin qu'il ait pitié de toi pour tout ce que tu as fait.
maintenant ceux pour qui tu as combattu, tu as maintenant remarqué que leurs soucis, n'étaient pas les nordistes mais les intérêts français.
Tous luttaient pour avoir un lendemain mais non pour le devenir du peuple et toi tu es tombé dedans et maintenantà voila que aucune assistance ni considération de leur part ton égard.
yaco a toi ,mais a la base tu
Submitted by gygy (non vérifié) on jeu, 20/09/2012 - 11:10.yaco a toi ,mais a la base tu na pas choisit le bon CAMP
Comme te la dit ton chef
Submitted by codson (non vérifié) on mer, 19/09/2012 - 18:36.Comme te la dit ton chef c'est ton destin!!! Pense aussi à ceux qui sont endeuillé à cause de tes balles!!! Bon courage à toi et que la paix revienne en Cote d'ivoire!!!
blessé de guerre
Submitted by BOISSACRE (non vérifié) on mar, 18/09/2012 - 19:28.malheureusement ils sont beaucoup nos éclopés mais pas de Loterie nationale pour eux , j'ai un ami qui a reçu une balle française contre son pistolet en bois , plus de jambe et un petit cadeau et plus rien
blessè de guerre
Submitted by sam uoros (non vérifié) on mer, 19/09/2012 - 23:58.Mon ami guarde espoire ,maintenant pensse a ta famille et a toi même ne lache pas ,ne lache jamais ton but de t`en sortir et de vivre une vie meilleur.Quand on te dit c est ton destin !!! oui le destin n`est pas seulement de la douleur et des pleures ,mais aussi du bonheur et une vie heureuse avec de l`expenssion pour les sieins et les gents que nous aimons. Je te juge pas ou meme te lancerais la piere pour ce que tu a fais oû a ete forcer de faire ,mais la 1ere chose que l`on doit faire pour detruire un être humain c`est de l`amener a faire une chose contre nature TUER !! tu a plain de temoignage autour de toi ,les gars qui en revienne ne sons plus eux même et parfois psychotique quand ils ne finisse pas dans un hopital psychiatrique . et bien les mêmes qui ton amener a faire ca , ce pour qui tu a risquer ta vie et a perdu ta jambe , tu a compris ce que ces perssonnes vale . bon courage et acroche toi (( LE PLUS GRAND BIEN POUR LE PLUS GRAND NOMBRE ))