"Une peau plus blanche en 15 jours" : tollé à Dakar contre une publicité pour une crème éclaircissante

 
"Toute blanche", c’est la traduction de l’expression en wolof "Khess Petch", du nom d’une toute nouvelle crème aux vertus prétendument éclaircissantes. Un produit dont des dizaines d’affiches vantent les mérites à Dakar depuis quelques jours. Notre Observatrice appelle le gouvernement à légiférer contre la promotion de cette crème jugée dangereuse pour la santé.
 
En quinze jours, la crème "Khess Petch" vous blanchit la peau comme vous en avez toujours rêvé. C’est en substance ce que promettent les affiches géantes placardées depuis une semaine dans plusieurs rues de la capitale sénégalaise. À l’appui, deux photographies montrant une femme "avant et après" l’application du "produit miracle".
 
Très rapidement, une mobilisation citoyenne dénonçant les risques de cette lotion est née sur les réseaux sociaux. Lancée sur Internet le 8 septembre, une pétition en ligne appelant le ministère de la Santé à mettre fin à cette campagne publicitaire a recueilli plus de 1 000 signatures en quatre jours. Ses détracteurs, parmi lesquels des dermatologues, dénoncent des affichages qui font la promotion d’une crème contenant un fort corticoïde, le propionate de clobetasol, un composant qui ne devrait être prescrit que par des professionnels de la santé dans le cas de sévères maladies de peau.
 
La dépigmentation de la peau est une pratique courante en Afrique où la vente de produits éclaircissants est légale dans de nombreux pays. Elle répond généralement à des soucis esthétiques fondés sur l’idée qu’avoir la peau claire permettrait de mieux réussir socialement et économiquement. La plupart de ces produits, peu onéreux, sont fabriqués à base de corticoïdes et d’hydroquinone (interdites dans l’Union européenne), des composés nocifs et cancérigènes quand ils sont appliqués à forte dose sur la peau. Les personnes qui en font usage régulièrement peuvent souffrir de démangeaisons, de varices et de tâches mais aussi d’une forte dépendance à cause de leur pénétration dans le sang.
  
Photo de la publicité controversée prise par notre Observateur Natty Seydi à Dakar.
Contributeurs

"Il faut expliquer aux femmes qu’être noire n’est pas une honte"

Kiné Fatim Diop est une militante sénégalaise engagée dans la défense du droit des femmes. Elle fait partie des initiateurs de la pétition en ligne contre la campagne de publicité "Khess Petch", déposée le 12 septembre au ministère de la Santé.
  
C’est la première fois que l’on voit à Dakar une campagne de cette ampleur pour une crème éclaircissante. Les affiches sont présentes sur toutes les artères principales de la ville, là où d’habitude il y a des publicités par exemple pour du lait de bébé. En les découvrant la semaine dernière, j’ai été tellement choquée que j’en ai parlé immédiatement sur Twitter. Beaucoup d’internautes partageaient mon indignation, d’où l’idée d’une pétition en ligne, pour demander aux autorités le retrait de cette campagne. En attendant, nous essayons de savoir qui est le fabricant car rien n’est indiqué sur la boîte.
 
On sait bien que ce type de produit est déjà vendu dans tout Dakar : sur les marchés, dans les boutiques et les pharmacies. Qu’importe leur milieu social, les femmes les achètent. C’est un commerce tout à fait légal, avec des prix accessibles à tous. Par exemple, le tube de 50 grammes de "Khess Petch" coûte moins de 2 euros sur le marché de Yoff [quartier de Dakar, ndlr]. Mais ce qui m’inquiète, c’est que ces publicités risquent de convaincre encore plus de monde. Par ailleurs, cette campagne est une bonne occasion de relancer le débat.
 
"Tant que les personnes influentes de la société civile et du monde politique ne montreront pas l’exemple, ce phénomène persistera"
 
Contrairement aux pays où ces crèmes sont interdites, comme en France, s’éclaircir la peau n’est pas un tabou ici, bien au contraire. Avoir le teint clair au Sénégal, c’est être belle et réussir. Les présentatrices de télévision, les stars des magasines et même les femmes politiques qui se blanchissent la peau contribuent à entretenir ce mythe, malgré tous les effets nocifs bien connus de ces produits. Tant que les personnes influentes de la société civile ou du monde politique ne montreront pas l’exemple, ce phénomène persistera.
 
Mais c’est avant tout au gouvernement, aidé des associations, de prendre les devants pour que ce sujet devienne une priorité en terme de santé publique. Cela passe par un programme d’éducation, c'est-à-dire expliquer qu’être noire n’est pas une honte, mais aussi par des textes de loi qui interdisent l’importation, la vente et la promotion de tels produits [au Burkina Faso, la publicité pour les crèmes éclaircissantes est interdite depuis 2006, ndlr].

Commentaires

Ah là je suis d'accord. On

Ah là je suis d'accord. On dirait vraiment des clowns, surtout quand elle mettent beaucoup de rouge à lèvres

Décomplexer...

Il faut décomplexer ces femmes. Voilà le maître mot!
Quand je pense que certaines disent que leur maris aiment les voir xessalisées... c'est abérrant ! Je suis sûre d'une chose, si elles récoltent un cancer de la peau des suite de ces produits, leur biens-aimés (dont je doute fort de la réciprocité du sentiment) seront les premiers à les laisser dans le caniveau.
Les frais médicaux occasionnées sont des boulets aussi bien pour les familles que pour l'adminstration sanitaire. Khessal, cigarettes, alcool, drogue... tout ce qui ne fait pas avancer les pays (vraiment) sous-développés que nous sommes nous fait régresser. Alors, un peu de bon sens ne nous ferait pas de mal...



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