Des villageois malgaches organisent une riposte meurtrière contre les voleurs de zébus

 
Le sud-est de Madagascar est en proie depuis trois mois à de violents affrontements entre éleveurs et chasseurs de zébus. Excédés, des villageois ont décidé de tendre une embuscade à leurs braconniers, sans demander l’aide des gendarmes. Notre Observatrice a pu se rendre dans le village reculé de Fenoevo, où près de 90 voleurs ont été sommairement exécutés.
 
Dans la tradition malgache, le vol de zébus est un rite initiatique réservé aux jeunes hommes qui doivent prouver leur virilité avant le mariage. Mais aujourd’hui, cette pratique ancestrale est devenue une affaire de grand banditisme, un zébu castré de Madagascar étant revendu 200 euros au marché noir.
 
Aux manettes de ce trafic en pleine expansion, des vétérinaires et des fonctionnaires corrompus qui arrangent l’exportation et le commerce illégal, notamment de la viande de zébu, vers l’étranger. À sa base, il y a les "dahalos" ("chasseurs de zébus" en malgache) qui, équipés de kalachnikovs, terrorisent les populations des villages les plus reculés. Le plus souvent, ils agissent avec la complicité de militaires soudoyés.
 
Les hommes du village de Fenoevo, armés de lances de fer. 
 
Cette insécurité grandissante a poussé des villageois à organiser seuls la défense de leur bétail. Depuis la fin du mois d’août, des opérations punitives meurtrières menées par les éleveurs de zébus eux-mêmes ont tué plus de 100 "dahalos" dans plusieurs villages du sud-est de la Grande Île. Plusieurs gendarmes ont également trouvé la mort au cours d’accrochages avec les braconniers. Devant cette recrudescence de violence, le gouvernement vient d’annoncer son intention d’envoyer des forces spéciales dans la zone.
 
Les cadavres de chasseurs de zébu alignés devant la mairie de Fenoevo. 
 
Toutes ces photos ont été prises le 1er septembre, au lendemain de l'embuscade des villageois à Fenoevo, par notre Observatrice Say Saisandrata. 
 
Contributeurs

"Les villageois avaient préparé leur autodéfense dans le plus grand secret"

Say Saisandrata est responsable de la communication de la région d’Anozy, dans le sud-est de Madagascar. Elle a pris ces photos au lendemain d’une embuscade menée contre des "dahalos" le 31 août dernier dans le village de Fenoevo.
 
C’est un taxi brousse qui nous a appris la nouvelle, le soir de l’attaque. Il était passé dans la journée par Fenoevo et nous a dit avoir vu des corps de "dahalos". Quand je suis arrivée sur place, le lendemain matin, les villageois avaient alignés 17 cadavres devant la mairie. Ils n’avaient pas eu le temps de ramasser les autres corps qui étaient éparpillés ici et là [au total 90 "dahalos" ont été tués]. Dans l’après midi, ils ont creusé trois fosses non loin de la mairie et y ont enterré les chasseurs.
 
Trois jours avant l’attaque, il y avait des rumeurs dans le village selon lesquelles les chasseurs avaient prévu de venir s’en prendre au bétail. Mais les villageois n’en ont pas informé la gendarmerie de Ranomafa [une commune située à 20 kilomètres du village, ndlr]. La première raison, c’est qu’il n’y a pas de connexion téléphonique à Fenoevo. Ils m’ont aussi expliqué qu’ils voulaient préparer au mieux, et donc dans le plus grand secret, leur autodéfense. Les femmes et les enfants du village sont donc partis se réfugier dans les montagnes avec les bêtes. De leurs côtés, les hommes ont désertés les maisons mais sont restés cachés au village pour attendre l’arrivée des "dahalos".
 
 
Le vendredi, à 6 heures du matin, les voleurs ont débarqué armés de fusils. Ne voyant pas de zébus, ils se sont introduits dans les maisons, une à une. Ils recherchaient des éleveurs. Ils ont finalement fait marche arrière et là, ils se sont retrouvés encerclés par les villageois. Avec le renfort d’habitants de communes voisines, ces derniers devaient être environ un millier. Ils avaient seulement des armes blanches, comme des pierres ou des "lefona" [lances en fer] et ont abattu tout le monde.
 
Si les éleveurs n’avaient pas tué les braconniers, ce sont eux qui seraient morts aujourd’hui. Les chasseurs n’ont pas d’état d’âme quand il s’agit de s’en prendre aux villageois. Mais aujourd’hui, les villageois de Fenoevo ont très peur des représailles d’autres voleurs de zébus.
 
 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

Madagascar

C'est un excellent reportage et la démonstration de ce qu'il faut faire à une plus grande échelle. Bon courage à tous ces villageaois... et aussi au reporter

moi je dis bravo comme l'etat

moi je dis bravo comme l'etat ne fait pas son travail et ben c'est une tres bonne initiative de leurs part bravooo et continuez!!

Dans nos banlieues

Un très bon exemple à adapter à nos quartiers sensibles...

Un bon reportage et je

Un bon reportage et je felicite tous les villagois et surtout le Maire de la commune rurale de Fenoevo Mr Lambo Longo , cette victoire est grace à l'union de Temahangaza et de Tefita
Bon courage et n'ayant pas peur pace que notre terre est sacré



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