Les traditionnels bouquinistes d’Alexandrie menacés par les autorités locales

 
 
La rue du prophète Daniel ("Ennaby Daniel" en arabe) à Alexandrie est connue dans toute l’Égypte pour abriter, depuis des décennies, les bouquinistes de la ville. Une tradition culturelle soudainement menacée par les autorités locales.
 
Les images qui circulent depuis vendredi 7 septembre sont éloquentes : dans la nuit noire, une pelleteuse détruit une par une les baraques en bois contenant les vieux livres vendus par les bouquinistes de la rue, sous le regard attentif d’hommes en uniforme.
 
Destruction des commerces des bouquinistes.
 
Cette opération menée par les autorités locales a été ordonnée par le nouveau gouverneur d’Alexandrie, deuxième ville d’Égypte, située au nord-ouest du Caire. Les médias locaux ont immédiatement dénoncé ces destructions, affirmant qu'il s'agissait d'une volonté de tuer la culture égyptienne et d’empêcher l’accès à la littérature. En filigrane, ils pointent du doigt le gouvernement islamiste des Frères musulmans, l'accusant indirectement d’obscurantisme. Cependant, le ministre de la culture a dénoncé ces actes et a déclaré que le gouverneur d’Alexandrie devra en répondre.
 
La rue du prophète Daniel est une rue du quartier historique d’Alexandrie, connue pour sa diversité religieuse et pour sa richesse culturelle et architecturale. Des dizaines de bouquinistes y vivent depuis plusieurs décennies.
Contributeurs

"Si aucune garantie légale ne nous est donnée, rien ne prouve que ce genre d’incidents ne se reproduira pas"

Mohamed Abderrahim est un bouquiniste de la rue du prophète Daniel. Son commerce a été détruit vendredi 7 septembre par les autorités d'Alexandrie.
 
Les forces de l’ordre sont venues démanteler nos commerces vendredi aux alentours de trois heures du matin, autrement dit à une heure où aucun bouquiniste ne pouvait venir se défendre. Aucun préavis n’a été lancé auparavant et aucune chance ne nous a été donnée pour récupérer nos livres, qui sont notre seul gagne-pain.
 
Cette attitude des autorités nous a d’autant plus choqués que ceux qui ont détruit nos commerces nous connaissent personnellement. La tradition des bouquinistes de la rue du prophète Daniel est vieille de plusieurs dizaines d’années. Dans ma famille par exemple, on est bouquiniste de père en fils : mon père exerce ce métier depuis 40 ans. J’ai suivi son chemin il y a 23 ans déjà, il en est de même pour mon frère. Malheureusement, quand il s’agit d’exécuter des ordres, les forces de l’ordre ne font pas d’état d’âmes et appliquent les directives sans discuter.
 
Le lendemain, après le délogement des bouquinistes.
 
D’autre part, la campagne de solidarité menée par les habitants de la ville [une manifestation silencieuse a eu lieu vendredi après-midi pour dénoncer la destruction des stands de bouquinistes] et l’indignation des intellectuels et des journalistes nous a agréablement surpris. Je n’irai cependant pas jusqu’à accuser le gouvernement ou les autorités locales de mener une campagne contre la culture. Je pense plutôt que le gouverneur d’Alexandrie, fraîchement arrivé au pouvoir, a voulu faire de l’excès de zèle en appliquant à notre rue l’interdiction d’exposer qui cible les vendeurs ambulants de la ville. Cela relève davantage à mes yeux de l’amateurisme politique.
 
"Cela fait des années que nous demandons une régularisation de notre situation"
 
Les autorités locales ont essayé de se rattraper en annonçant que nous serions dédommagés pour les pertes que nous avons subies et que nous pourrions revenir exposer dans la rue du prophète Daniel. Mais elles se sont finalement rétractées sur la question de l’indemnisation lors d’une réunion que nous avons eue avec eux samedi.
 
Cela fait des années que nous demandons une régularisation de notre situation et des autorisations étatiques qui prouvent notre droit à vendre dans la rue. Mais les méandres de l’administration égyptienne sont impénétrables et l’instabilité politique du pays n’arrange rien. Les démarches que nous avons faites avant la révolution en vue d’obtenir une régularisation sont tombées à l’eau, car – nous dit-on – les documents ont été perdus ou brûlés. L’État doit cesser de se contenter de dénoncer, il doit trouver une solution. Si aucune garantie légale ne nous est donnée, rien ne prouve que ce genre d’incidents ne se reproduira pas.
 
 
 

Commentaires

bouquinistes

Il s'agit d'une nouvelle destruction de la bibliothèque d'Alexandrie?

Quelle misère en Égypte c'est

Quelle misère en Égypte c'est encore pire que sous l'ère Moubarak.

Encore une attaque contre la

Encore une attaque contre la culture et le savoir dans un pays arabo-musulman... Une de plus.

les bouquinistes d'Alexandrie

Bien ! et aprés tout cela pourquoi pas la destructions des pyramides, ainsi que de tout les sites de l'égypte ancienne!



Fermer