Un habitant de Sao Paulo filme sa favela qui brûle

 
Le 3 septembre, un incendie a dévasté la favela de la ville de Sao Paulo, au Brésil. Si les flammes n’ont fait aucune victime grave, près de 1 200 personnes se retrouvent aujourd’hui sans toit. Un habitant, qui a filmé l'évènement, témoigne du dénuement de la population.

Selon les autorités, il était presque 15 heures quand l'incendie s’est déclaré dans la favela Sonia Ribeiro, située dans le quartier de Campo Belo, dans le sud de Sao Paulo. Deux cents habitations ont été réduites en cendres, soit environ les deux tiers de ce bidonville de 12 000 m2 qui abrite 2 000 personnes.

Au moins trois personnes, souffrant soit de brûlures soit d’intoxication liée à la fumée, ont été admises à l’hôpital. Peu après la catastrophe, les médias locaux ont rapporté que le feu s’était déclaré dans une décharge d’ordures ménagères située en plein cœur de la favela, laquelle se trouve à seulement un kilomètre de l'aéroport de Congonhas, le deuxième que compte la ville.
 
L'incendie filmé par notre Observateur.
 
Le temps sec, un vent particulièrement violent, et le fait que les maisons sont majoritairement construites en bois ont facilité la propagation des flammes. Tous les habitants ont cependant pu quitter à temps leurs baraques et sortir du bidonville. En fin d’après-midi, les rues situées alentour ont été fermées à la circulation. En tout, une vingtaine de camions de pompiers a dû être déployée pour combattre les flammes, qui ont été maîtrisées en début de soirée.

Depuis le début de 2012, la ville de Sao Paulo a recensé 32 incendies dans des favelas. En 2011, il y en avait eu 79. 

Sonia Ribeiro fait partie des zones de Sao Paulo concernées par une procédure d’expropriation décidée par la ville il y a plusieurs années. En lieu et place de la favela, la municipalité prévoit d’implanter des parcs de loisirs. Les autorités ont prévu de reloger les familles dans des lotissements neufs mais qui, selon les habitants, ne pourront pas accueillir tout le monde.
Contributeurs

"C’est la cinquième fois en 10 ans qu’un incendie se produit dans notre favela"

José Cicero de Lima, 38 ans, est vigile et technicien de maintenance informatique. Il vit depuis 17 ans dans la favela de Sonia Ribeiro.
 
Le jour où l’incendie s’est produit [lundi 3 septembre], j’étais chez moi. J’ai senti une très forte odeur de brûlé. Dehors, une épaisse fumée grise flottait dans l’air. En quelques minutes, son épais manteau a intégralement recouvert la favela. J’ai vite compris que l’incendie serait très grave. Je suis allé chercher ma caméra, me suis réfugié à l’extérieur en compagnie des autres habitants car le feu se propageait à une vitesse folle, puis j’ai filmé les dégâts causés par les flammes.
 
 
Quand les équipes de pompiers sont arrivées sur les lieux, quelques minutes plus tard, j’ai posé ma caméra pour les aider. Il leur a fallu plusieurs heures pour étouffer le feu. C’était désormais un paysage désolé, morne, qui s’offrait à nous. Les habitations du centre de la favela étaient calcinées, il n’en restait plus rien.
Par chance, ma maison fait partie des rares qui n’ont pas été touchées par les flammes. Mais de nombreuses familles, plus de 200 au total, ont tout perdu.
 
Il n'existe pas de décharge à proprement parler. Les gens répandent leurs ordures un peu partout, selon un procédé un peu anarchique. Certains résidents font régulièrement des feux dans la favela. En fait, ils brûlent des morceaux de ferraille pour en extraire le cuivre qu'ils revendent à un bon prix. Il a suffi d'un coup de vent ou d'une maladresse pour déclencher l'incendie. 
 
 
Ici, les gens vivent dans des maisons très fragiles en bois pressé. Ceux dont les maisons ont brûlé se retrouvent complètement démunis et, comme en témoignent les photos, ne savent pas où aller. Certains ont trouvé refuge chez des proches dans d'autres favelas. Des abris temporaires ont aussi été mis en place par la ville. Mais, au final, la plupart des sinistrés patientent sagement sur le bord des routes, le temps que leurs maisons soient reconstruites, au même endroit. Une vingtaine de jours suffit largement pour qu'une nouvelle habitation voie le jour.
 
 
D’autres incendies de ce type ont eu lieu à Sao Paulo ces dernières années et, chaque fois, la municipalité et l’État de Sao Paulo nous servent le même refrain. Ils disent qu’ils vont venir en aide aux familles et, au final, ils ne font rien. D’autres maisons, toutes aussi fragiles, finissent par être reconstruites sur les décombres. On a l’habitude : c’est la cinquième fois en dix ans qu’un incendie se produit dans notre favela.
 
Toutes les photos ont été prises par notre Observateur.
Billet écrit avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à France 24.


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