Les Hongkongais vent debout contre l'enseignement de la "fierté nationale" à l'école

Manifestation devant les bâtiments du gouvernement à Hong Kong, le 3 septembre. Photo publiée sur Twitter par @galileo44.
  
Révoltés contre le projet du gouvernement hongkongais d’introduire à l’école une nouvelle matière destinée à renforcer le sentiment d’appartenance à la Chine, des milliers d’élèves, parents et enseignants ont manifesté le 3 septembre, jour de rentrée, pour dénoncer ce qui relève, selon eux, d’un "lavage de cerveau".
  
Ce nouveau cours appelé "programme d'éducation nationale" sera obligatoire à partir de 2015 dans toutes les écoles primaires et secondaires, mais il peut déjà être intégré dans les cursus par les établissements qui le souhaitent. Bien que ses contenus ne soient pas encore clairement définis, le gouvernement hongkongais a déjà annoncé qu’il s’agissait d’inculquer aux élèves un sentiment de fierté nationale et d’appartenance à la Chine.
 
Cela fait plusieurs mois que les détracteurs de cette réforme se mobilisent, mais la contestation a connu un véritable tournant le 29 juillet dernier. Ce jour-là, entre 32 000 personnes (source policière) et à 90 000 personnes (organisateurs), ont encerclé le siège du ministère de l’Éducation.
  
Photo publiée sur Twitter par @helenawong.
 
Vêtus le plus souvent de noir, avec un ruban noué au poignet ou sur un vêtement, les manifestants essayent depuis de camper devant le bâtiment officiel pour maintenir la pression sur les autorités. Une dizaine d’entre eux a même entamé une grève de la faim le 31 août.
 
La contestation ne semble pas s’essouffler mais le chef de l’exécutif hongkongais, Leung Chun-ying, a d'ores et déjà déclaré qu’il n’était pas opportun de retirer le projet.
 
Depuis l'accord de rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997, l'ancienne possession britannique fait partie intégrante de l'empire du Milieu, mais elle a gardé un statut à part, notamment en ce qui concerne la réglementation des médias et de la vie politique. L’île a par ailleurs choisi de préserver sa culture cantonaise. Nombre de Hongkongais s’inquiètent que le rattachement à la Chine vienne à terme éroder leurs spécificités.
Contributeurs

"Ce programme explique aux élèves qu’ils doivent aimer leur pays et savoir dire à voix haute qu’ils sont fiers d’être Chinois"

Henela Wong est designer à Hong Kong. À 27 ans, elle n’est plus étudiante mais, comme des milliers de personnes, elle a décidé de rejoindre la contestation.
 
Le responsable du département de l’Éducation a rappelé qu’il existait une majorité silencieuse qui ne manifestait pas contre son projet. Mais comment peut-il se justifier en invoquant une ‘majorité silencieuse’ ? Cela n'a pas de sens.
 
J’ai été à un rassemblement pour la première fois le 31 août. Les organisateurs avaient mis en place une sorte de foire avec différents stands qui présentaient des contenus du cours. La partialité du programme m’a beaucoup surprise. On demande par exemple aux enseignants de susciter de ‘l’émotion’ chez les élèves. Par exemple, si un enfant n’arrive pas à chanter correctement l’hymne national, son professeur peut lui demander de rentrer à la maison afin de réfléchir sur lui-même.
 
On explique aussi aux élèves qu’ils doivent aimer leur pays et savoir dire à voix haute qu’ils sont fiers d’être chinois. Voilà pourquoi les manifestants assimilent ce cours à un "lavage de cerveau" [dans un communiqué, les autorités hongkongaises se sont défendues d’imposer aux professeurs des méthodes d’enseignement à la gloire du Parti communiste chinois, ndlr].
 
Photo publiée sur Twitter par ‏@vivaharris.
  
“Ce programme empêche toute pensée critique de la part des élèves”
 
Même s’il y a des différences culturelles entre la Chine continentale et Hong Kong, nous sommes tous chinois. Mais je ne pense pas pour autant que ce genre de programme ait sa place dans les écoles hongkongaises. Il empêche toute pensée critique de la part des élèves. Les enfants peuvent apprendre ces cours par cœur, ils n’y croiront pas pour autant. Ils seront juste contraints de mentir pour réussir leurs examens.
 
Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas formulé de réponse claire aux détracteurs de la réforme. Il a simplement expliqué que chaque école devait décider individuellement comment appliquer la nouvelle matière et l’intégrer dans le programme. Le gouvernement devrait lancer un dialogue avec les manifestants et accepter de faire certains compromis. Ces derniers sont partis pour rester mobilisés jusqu’à ce qu’il cède.


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