Accident meurtrier de Tizi n'Tichka: "Les autorités savent que cette route est la plus dangereuse du Maroc"

Photo de la route de Tichka postée sur flickr.   
 
C’est l’accident d’autocar le plus meurtrier de l’histoire du Maroc. Quarante-deux personnes sont mortes mardi 4 septembre dans la chute d’un bus dans un ravin, au sud de Marrakech. Le drame est survenu sur le tronçon de Tizi n'Tichka, le plus haut du Maroc, qui culmine à 2 300 mètres d'altitude. Notre Observateur, un ingénieur de la région, affirme que cette route est connue pour être extrêmement dangereuse et que les autorités auraient dû, depuis longtemps, mettre en place un autre itinéraire de circulation.
 
Le véhicule a plongé dans un ravin de 150 mètres alors qu'il descendait de nuit, en direction de Marrakech, sur cette route montagneuse qui vient de Ouarzazate. Outre les 42 morts, les autorités marocaines font état de 25 blessés dont 4 dans un état grave. Les causes de l'accident sont encore inconnues, mais selon un responsable local du ministère des Transports cité par l'AFP, le véhicule, qui transportait 67 personnes, était en surcharge.
 
Les accidents de la circulation sont particulièrement fréquents au Maroc. Plus de 4 000 personnes ont trouvé la mort sur les routes en 2011, soit une progression de près de 12 % par rapport à 2010. Sur les six premiers mois de 2012, le nombre de morts était déjà en augmentation de plus de 8 %, selon des statistiques du comité national de prévention des accidents de la circulation. 
Contributeurs

"Si pour le moment on ne connaît pas la cause exacte de l'accident, on peut déjà se demander si l’état de cette route n’est pas, au moins, une cause aggravante"

Omar el Hyani est un blogueur et ingénieur de la région. 
 
Si vous n’avez jamais pris la route Ouarzazate-Marrakech via Tizi-N-Tichka, vous pouvez difficilement imaginer à quel point ce tronçon montagneux est dangereux. Si les paysages qu’elle offre sont à couper le souffle, elle reste une route étroite, sinueuse sur 120 kilomètres, avec des virages sans visibilité et des ravins dont on ne voit même pas le fond. Ajoutez à cela une signalisation insuffisante et un entretien approximatif et vous obtiendrez probablement la route la plus dangereuse au Maroc. Et si jamais vous envisagez de traverser cette route l’hiver, prévoyez des vivres et de bonnes couvertures. Car il est très fréquent que la route soit coupée après des chutes de neige.
  
Si on ne connaît pas, pour le moment, la cause exacte du dramatique accident d’autocar de Tichka, on peut déjà se demander si l’état de cette route n’est pas, au moins, une cause aggravante. Je rappelle que le car a chuté dans un ravin de 150 mètres.
 
Vidéo amateur filmée après l'accident survenu mardi sur le col de Tiziz n'Tichka. 
 
On pourra toujours dire que le conducteur roulait trop vite, avait sommeil, ou a manqué d’attention au moment de l’accident, ou que l’autocar était surchargé et en mauvais état, mais la question de l’entretien de cette route ne doit pas être évacué.
  
La construction de la route du Tichka a commencé en 1924, sur initiative du Général Daugan, dans le cadre de la campagne de “pacification” du Maroc, après la signature du traité de protectorat français en 1912.
 
Il est aujourd'hui impératif de construire un tunnel pour contourner le col de Tichka, un tunnel qui traverserait la montagne d’un bout à l’autre.

"Plusieurs études portant sur la constuction d'un tunnel ont été faites, mais aujourd'hui elles sont en train de moisir dans un tiroir" 
 
En 1974, des études ont été réalisées pour la faisabilité d’un tunnel de 11 km sous l’Atlas, réduisant la longueur du trajet de 25 km entre Ouarzazate et Marrakech et économisant ainsi 40 minutes aux automobilistes. D’autres études ont suivi en 1996, 2002 et 2004, mais elles ont toutes connu le même sort : moisir dans un tiroir.
 
Pour quelles raisons le projet a-t-il été remis aux calendes grecques? Si les Italiens, Suisses, Français ou Islandais ont parfaitement réussi des challenges aussi difficiles que la construction du tunnel du Mont Blanc, du Fréjus, du Simplon ou du Hvalfjörður, en quoi le tunnel de Tichka serait-il plus difficile à construire? La seule raison qui paraît aujourd’hui freiner le projet est son coût de financement. Il est estimé aujourd’hui entre 7 et 10 milliards de dirhams [entre 600 millions et un milliard d'euros], soit entre le tiers et la moitié du coût estimé pour le TGV Tanger-Casablanca. 
 
Nous vivons donc dans un pays qui s’efforce de trouver les moyens de financer un petit joujou pour le Maroc “utile”, mais bute sur le financement d’un ouvrage capable de changer l’avenir de millions de personnes vivant dans les régions “inutiles” de Deraa, Todgha et Dades. Car cette dichotomie si chère au Maréchal Lyautey continue semble-t-il de prévaloir chez les dirigeants du Maroc au 21e siècle.
  
Les attentes des habitants de cette région sont énormes, et la construction d’un tel ouvrage constituerait une véritable révolution pour ses habitants, habitués à vivre à la marge du Maroc, de “l’autre coté” de la montagne, celui où on puise dans leurs richesses sans rien leur donner en retour.  
 
 

Commentaires

La photo est correcte

ne dis pas n'importe quoi, cette photo est bien celle de la route de tichka, je connais très bien !
la maison que l'on aperçois se trouve à 1km sur le versant nord du col !



Fermer