Vague de xénophobie antimusulmane chez les moines birmans

 
En 2007, les moines birmans organisaient les plus importantes manifestations contre la junte militaire qu’ait connues le pays. Cinq ans plus tard, ce n’est plus pour dénoncer les atteintes aux libertés qu’ils se mobilisent, mais pour soutenir le gouvernement dans sa nouvelle politique d’expulsion de la minorité musulmane des Rohingyas.
 
Début juin, des affrontements ont éclaté dans l’état de Rakhine, dans l’ouest du pays, entre la minorité musulmane et apatride des Rohingyas et des membres de l’ethnie bouddhiste des Rakhines. Les violences avaient été déclenchées suite au viol d’une femme rakhine par des Rohingyas, selon la communauté. Un groupe avait répliqué en attaquant un bus, tuant dix personnes, des musulmans pour la plupart. Depuis, le conflit a fait au moins 90 morts selon les autorités, un chiffre sous-estimé selon les groupes de défense des droits de l’Homme.
 
Une enquête sur les violences a été ouverte par les autorités birmanes. De son côté, dans un rapport parlementaire, le président Thein Sein a accusé des personnalités de la communauté rakhine et des moines bouddhistes d’avoir incité à la haine, tout en affirmant que les Rohingyas n’étaient pas les bienvenus en Birmanie. Selon le chef de l’État, la seule solution serait donc "de les expulser ou de les installer dans des camps".
 
 "Protégez notre mère patrie en soutenant le président". Photo : CJMyanmar Facebook page.
 
Pour afficher leur soutien à cette prise de position du président, des centaines de moines bouddhistes se sont rassemblés le 2 septembre à Mandalay, certains brandissant des pancartes "protégez notre mère patrie en soutenant le président".
 
Les Rohingyas vivent le long de la frontière avec le Bangladesh et sont appelés en Birmanie les "Bengalis", du nom de leur dialecte. Apatrides, ils ne font pas partie des minorités ethniques reconnues par le pouvoir, alors que les activistes rohingyas clament leur appartenance historique à la Birmanie. L’ONU estime leur nombre à 800 000 et les considère comme l’une des minorités les plus persécutées de la planète. Depuis le regain de violence, sur Internet, les Birmans abreuvent les Rohingyas d'insultes, les qualifiant d’"immigrés illégaux", d’"envahisseurs" et de "terroristes".
 
 
Contributeurs

"Les immigrés chinois n’essayent pas de coloniser le pays, de faire disparaître les tribus autochtones et de détruire notre religion."

U Wirathu est un des moines qui a organisé les manifestations anti-Rohingyas de dimanche à Mandalay.
 
Tout d’abord, cette manifestation était un moyen de faire savoir au monde que les Rohingyas ne font pas partie des 135 groupes ethniques reconnus par le gouvernement birman. Ensuite, en tant que Birmans, nous voulions condamner publiquement les violences auxquelles a participé cette communauté. Enfin, nous souhaitions défendre l’idée d’une meilleure sécurisation de nos frontières en dénonçant la négligence de certains gardes travaillant à la frontière avec le Bangladesh. Visiblement, ils n’ont pas fait leur travail correctement.
 
Ce n’est pas que nous souhaitons l’expulsion de tous les migrants illégaux. Il y a par exemple en Birmanie de nombreux immigrés illégaux chinois. Mais la différence avec les Rohingyas, c’est qu’ils n’embêtent personne. Ils n’essayent pas de coloniser le pays, de faire disparaitre les tribus autochtones et de détruire notre religion.
 
Pour autant, nous ne ciblons pas les musulmans spécifiquement. Lors de notre manifestation nous n’avons pas fait référence à l’Islam. Nous préférons parler des "Bengalis".

"C’est tout de même ironique que les moines ne voient pas le problème posé par leur réaction en termes de droits de l’Homme."

Kio (pseudonyme) est un activiste pro-démocratie qui vient tout juste de rentrer en Birmanie après des années passées en exil.
 
Le cœur de ce conflit est indéniablement religieux. Autant le peuple n’est pas toujours intéressé par les questions de droits de l’Homme, autant, quand on touche à la religion, ça prend toujours une dimension importante. Beaucoup de gens ici pensent que l’islam est contre le bouddhisme et certains moines voient les musulmans comme des ennemis. Ils craignent d’être "islamisés". [D’après les derniers recensements, les musulmans ne représentent que 4% de la population du pays]. Pourtant, quand on regarde notre histoire, musulmans et bouddhistes ont coexisté pacifiquement pendant des dizaines d’années.
 
"Pour la plupart, les Birmans n’ont eu accès qu’à une version de l’histoire"
 
Les manifestations ont reçu un véritable soutien populaire qui s’explique, d’une part, par le respect que les gens ont pour les moines, mais aussi par le fait que le président Thein Sein [élu en 2011 à la tête d’un gouvernement civil] a lancé un grand nombre de réformes dans le pays. Les Birmans profitent donc de cette occasion pour lui exprimer son soutien. Néanmoins, il faut préciser qu’il y a une véritable désinformation autour de ce qui se passe dans l’État du Rakhine. Pour la plupart, les Birmans n’ont eu accès qu’à une version de l’histoire : celle selon laquelle les Rakhines sont ceux qui souffrent.
 
C’est tout de même ironique que les moines ne voient pas le problème posé par leur  réaction en termes de droits de l’Homme.
 
 
 

Commentaires

que Dieu vienne en aide au

que Dieu vienne en aide au rohingyas!



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