Un an après la chute de Kadhafi, les habitants de Benghazi désemparés face à l’insécurité croissante

Photo de la voiture du responsable de la sécurité après l'attaque à la bombe, dimanche 2 septembre à Benghazi. 
 
Un an après la chute de Tripoli et deux mois après la première élection libre en Libye, les attentats se succèdent à Benghazi, la deuxième ville du pays et berceau de la révolution libyenne. Face à cette recrudescence de violences et à des autorités locales qui verrouillent leur communication, la population se sent désemparée.
 
Le dernier attentat, dimanche 2 septembre, a eu lieu sur l’artère principale de Benghazi, l’avenue Gamel Abdel-Nasser. Une bombe a été placée dans le véhicule d’un agent de la sécurité libyen, le tuant et blessant son passager. Un attentat survenu au lendemain de l’ancienne fête nationale libyenne qui marquait la date de l’arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi. Redoutant les incidents, les autorités avaient d’ailleurs décrété ce jour-là l’état d’alerte dans toute la région est du pays.
 
Il y a eu plusieurs autres attentats à Benghazi en août. Les attaques précédentes ont touché des personnalités politiques (un diplomate égyptien et un général libyen) et un bâtiment de la police. Néanmois, c’est la première fois qu’une bombe explose en plein milieu d’un quartier commerçant de la ville. Ces attaques sont à chaque fois attribuées par les autorités libyennes aux anciens partisans de Kadhafi, sans que ces dernières étayent leurs accusations.
 
Benghazi,  à 653 kilomètres à l’est de Tripoli, est la deuxième ville de Libye. Elle aura été le point de départ du mouvement de contestation contre Mouammar Kadhafi, le 17 février 2011 .
 
Vidéo filmée juste après l'attentat, dans l'avenue Gamel Abdel-Nasser.
 

"Notre ville est le berceau de la révolution et la plupart des leaders anti-kadhafi y vivent toujours. C’est pour cela qu’elle est plus touchée que Tripoli"

Soliman Ali, 23 ans, est étudiant à Benghazi. Il blogue sur Libyablog.org, une plateforme mise en place par FRANCE 24 et RFI. Il habite l’avenue Gamal Abdel-Nasser, artère où l’attentat de dimanche a eu lieu.
 
Les attentats qui ont frappé Benghazi ne visent pas des simples citoyens, mais des institutions, des tribunaux ou des commissariats de police. Étant donné que ces édifices se trouvent sur les artères principales de la ville, ces attaques mettent aussi des civils en danger.
 
Je ne pense pas qu'elles soient le fait de miliciens. La quasi-totalité des brigades ici ont accepté de rejoindre le ministère de l’Intérieur ou celui de la Défense et se sont enrôlées soit dans les rangs de la Commission sécuritaire supérieure, soit dans ceux des "Forces du bouclier". Bien sûr, le ministère ne les contrôle pas totalement : les miliciens ne portent pas tous d’uniforme. Il n’est pas rare de les voir à bord de pick-up équipés de mitrailleuses lourdes, comme au lendemain de la révolution. Mais je trouve qu’ils font de leur mieux : ils montent par exemple la garde devant les édifices publics. Par contre, si vous êtes victimes d’un vol à l’arrachée à Benghazi, vous n’aurez aucun commissariat pour déposer une plainte…
 
Personne n’a revendiqué les attaques [d’août], les autorités accusent d’anciens fidèles de Kadhafi [le 21 août dernier, les autorités ont arrêté 32 individus qu’elles ont présentés comme étant des membres d’un réseau de militants pro-Kadhafi, responsables de semer le désordre dans la ville]. Ils s’attaquent davantage à Benghazi qu’à la capitale Tripoli parce que notre ville est le berceau de la révolution et la plupart des leaders anti-kadhafi vivent encore ici. Ces attaques, même quand elles ne font pas de victimes, entretiennent la peur et l’insécurité. Et puis elles affaiblissent le pouvoir central, dont  les symboles sont toujours visés.
 
 
 

"Le pouvoir central préfère ne pas dévoiler ses faiblesses"

Mahamed Zarroug est bloggeur, également membre du réseau Libyablog.org. Il habite Benghazi.
 
Plusieurs choses renforcent le climat d’insécurité qui règne à Benghazi. D’abord, on manque de médias sérieux pour analyser la situation actuelle à Benghazi. Ensuite, comme ces attaques sont rarement revendiquées, vous n’avez d’autre choix que de croire les autorités qui accusent les anciens partisans de Kadhafi de tous les maux. Ou alors de faire confiance aux rumeurs qui circulent dans la rue.
 
Dire que les pro-Kadhafi sont toujours actifs, et spécialement à Benghazi, n’est pas faux. Mais on ne peut pas dire qu’ils sont les seuls à semer le chaos. Les habitants de Benghazi attendent toujours que soient jugés certains caciques de l’ancien régime. Dont certains sont toujours en poste. Le responsable de la sécurité qui a été tué dimanche était l’un d’entre eux. Ces pratiques nourrissent de la rancœur auprès d’anciens opposants. On ne peut pas écarter l’hypothèse qu’ils soient derrière certains attentats.
 
D’autre part, et bien que les milices soient aujourd’hui officiellement pilotées par le ministère de l’Intérieur, cela ne veut pas dire que les accrochages entre les anciens rebelles sont finis. J’ai moi-même assisté, il y a quelques semaines, à un échange de tirs entre deux groupes armés, juste parce que l’un de ces miliciens était ivre et avait sorti son arme. Le pouvoir central préfère ne pas en parler pour ne pas dévoiler ses faiblesses.
 
Enfin, il y a des groupuscules islamistes qui se sont même attaqués récemment [au mois de juin] à des intérêts occidentaux. Il est vraiment difficile de savoir qui est responsable de quoi.
 

Commentaires

où est l'interventionnisme

où est l'interventionnisme français et bernard henri levy quand il y en a vraiment besoin?
Une fois les contrats signés avec les grands groupes pétrolier, on ne voit plus personnes...

Lybie

C'est vrai,où sont-ils ? on est copie conforme avec les Américains et l'Irak ,alors que ça aurait dû nous servir de leçon . C'est bien de les aider à supprimer leur dictateur, mais c'est encore mieux de les aider à se reconstruire...et là, il faut bien reconnaître que les actions concrètes seraient plus efficaces que de la philosophie de jet-setter...



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