À Irbid, en Jordanie, les réfugiés palestiniens montrés du doigt après des accrochages avec la police

Capture d'écran d'une vidéo montrant la présence de gendarmes et de policiers suite aux incidents avec les vendeurs ambulants.
 
À Irbid, au nord de la Jordanie, des affrontements entre policiers et marchands ambulants ont causé la mort de deux membres des forces de l’ordre. Un fait divers qui ravive les tensions entre les réfugiés palestiniens, qui constituent la majorité de ces marchands ambulants, et le reste de la population.
 
La police jordanienne a lancé mardi 28 août à Irbid, à 85 kilomètres au nord d’Amman, une vaste campagne contre la présence des vendeurs ambulants dans le centre-ville. Mais au deuxième jour de cette campagne, soutenue par les commerçants locaux, des affrontements entre des marchands explulsés et des policiers ont coûté la vie à deux agents. Une quinzaine d’arrestations ont suivi et la nuit du mercredi 29 au jeudi 30 a été marquée par l’incendie d’un commissariat du centre-ville d’Irbid pour protester contre ces interpellations.
 
Ces incidents ont mis au cœur de l’actualité jordanienne le camp de réfugiés palestiniens d’Irbid, qui abrite plus de 25 000 réfugiés et où vivent la plupart des vendeurs ambulants du centre-ville. Ces exilés sont victimes de la xénophobie d’une partie de la population locale. La Jordanie compte près de 2 millions de réfugiés palestiniens, sur un total de 6 millions d’habitants.
 
Vidéo de l'intervention de la police et des gendarmes mercredi 29 août à Irbid.

"Les habitants généralisent et accusent tous les marchands ambulants d’être des fauteurs de trouble"

Zaal Abou Mourad est un vendeur de légumes ambulant. D’origine palestinienne, il habite au camp d’Irbid mais dispose de la nationalité jordanienne.
 
On pensait que seuls les vendeurs ambulants des grandes artères seraient concernés, pas ceux des petites rues. À la veille de cette campagne, nous avons rencontré un responsable de la police qui nous a promis que nous ne serions pas empêchés de travailler. Il nous disait qu’on allait juste devoir changer de place.
 
Ces promesses étaient malheureusement veines et rien n’a été fait. Donc le jour prévu de l’expulsion, lmercredi 29 août, nous avons repris nos places habituelles pour travailler. Mais les commerçants du quartier sont intervenus car ils pensent que nous leur faisons de la concurrence déloyale. Des insultes ont fusé et la police a voulu intervenir pour calmer la situation. Je reconnais que certains vendeurs ambulants se sont énervés et ont agressé des policiers.
 
Je déplore cette violence car elle fait du tort à notre cause. Depuis, je suis chez moi, sans travail, sans revenu et je ne peux plus rien réclamer aux autorités. De plus, nous sommes désormais montrés du doigt par les habitants de la ville qui, à cause du comportement de quelques vendeurs, généralisent et accusent tous les marchands ambulants d’être des fauteurs de trouble.
 
 

"Beaucoup ne se contentent pas d’accuser les marchands ambulants d’être des fauteurs de trouble, ils pointent du doigt les Palestiniens"

Qais Masadeh est un habitant jordanien d'Irbid.
 
Il ne faut pas trop généraliser, mais il est évident que, lorsque vous mettez toute une population dans un ghetto, dans des conditions déplorables, sans eau ni électricité, quand vous acceptez des taux de chômage et d’analphabétisme élevés et une très forte concentration d’habitants, la délinquance monte en flèche. Et à cause de cette délinquance, les étrangers sont de plus en plus stigmatisés. En plus de cela, le discours du gouvernement nourrit cette xénophobie envers les Palestiniens : à chaque fois qu’une manifestation appelant à des réformes politiques est organisée, les médias officiels accusent les Palestiniens d’en être les organisateurs et de vouloir troubler la paix du royaume. Et malheureusement, une partie de la population prend cela pour argent comptant. Il faut dire aussi qu’avec la situation dans la région et l’afflux des réfugiés syriens, les Jordaniens craignent de plus en plus pour la stabilité du pays.
 
Beaucoup ne se contentent pas d’accuser les marchands ambulants d’être des fauteurs de trouble, ils pointent du doigt les habitants des camps, qui sont en majorité des Palestiniens. Ces derniers sont pauvres, sans éducation et finissent donc souvent comme vendeurs de rue. L’amalgame est facile entre un groupe social et une communauté.
 


Fermer