Des mausolées de Libye attaqués à la pelleteuse par des salafistes

Capture d'écran d'une vidéo montrant le mausolée de Zliten au lendemain de sa destruction.
 
Alors que la Libye a connu ses premières élections libres en juillet dernier, son pouvoir central reste faible et des groupes extrémistes profitent de cette période de transition pour mener des attaques un peu partout dans le pays. Premières victimes de leur colère : des mausolées qui, bien que musulmans, sont considérés par les salafistes comme des repaires d’hérétiques.
 
Une première attaque a été perpétrée vendredi 24 août à Zliten, à 160 kilomètres à l’est de Tripoli, contre un mausolée soufi ainsi que contre la mosquée qui lui est annexée et sa bibliothèque. Les assaillants ont attaqué les édifices avec des pelleteuses, des explosifs et des marteaux-piqueurs en criant : "Allah Akbar !" ("Dieu est grand !"). Le lendemain, ce sont les mausolées de deux autres saints soufis qui ont été profanés à Tripoli et à Misrata. Ces incidents ont été filmés par les salafistes eux-mêmes et leurs vidéos ont été diffusées sur Internet. En décembre dernier, un autre mausolée de Misrata avait déjà été détruit à coup de pelleteuse. Sur des vidéos, on voyait les assaillants qui exhibent des livres et des brochures à l’effigie de Mouammar Kadhafi, affirmant que l’ex-Guide libyen finançait ces mausolées.
 
Mohamed al-Magariaf, président du Congrès général libyen, l’assemblée élue en juillet dernier, a condamné ces actes et promis des arrestations et des sanctions sévères contre leurs auteurs. Sous le feu des critiques, le ministre de l’Intérieur, Fawzi Abdelali a, quant à lui, accusé la Brigade des fidèles de Tarhouna (à 60 km au sud-est de Tripoli) d’être responsable de ces saccages, avant de démissionner. Des manifestations ont été organisées à Tripoli ces derniers jours pour dénoncer ces actes de vandalisme.
 
Destruction du mausolée de Zliten, vendredi 24 août.
 
Le mausolée de Zliten au lendemain de sa destruction.
Contributeurs

"J’ai été particulièrement choquée par les moyens dont disposent les salafistes qui ont commis ces saccages"

Enas est blogueuse et étudiante en médecine à Tripoli. Elle est membre du collectif de blogeurs Libyablog monté par FRANCE 24 et RFI. Elle a manifesté pour dénoncer les attaques contre les mausolées.
 
Ce n’est pas la première fois que des extrémistes s’attaquent aux mausolées en Libye. Il y a quatre mois, un groupe a tenté de détruire ce même mausolée de Zliten, mais la population locale a défendu les lieux.
 
"Ils ont aussi détruit des manuscrits vieux de sept siècles"
 
Cette fois, ils ont profité du désordre provoqué par un conflit entre deux familles de la ville [qui a fait deux morts jeudi 23 août, NDLR] pour attaquer. Non seulement ils ont détruit le mausolée et profané la tombe du saint, mais ils ont aussi détruit des manuscrits vieux de sept siècles. Ces salafistes ont justifié leurs actes en proclamant que ce mausolée soufi était un lieu d’hérésie où l’on adore des hommes au lieu d’adorer Dieu [ce sont les mausolées de savants musulmans devenus saints après leur mort. Les visiteurs sollicitent leur bénédiction et les prient d’intercéder auprès de Dieu en leur faveur, chose qui est prohibée par l’Islam]. Ils ne considèrent même pas les mosquées de ces mausolées comme de vrais lieux de prière et n’ont aucun scrupule à les détruire.
 
Destruction du mausolée de Tripoli.
 
La fatwa d’un imam extrémiste saoudien, Mohamed al-Madkhali, a jeté de l’huile sur le feu [après la destruction du mausolée de Zliten]. Ce religieux a loué les saccages et encouragé les salafistes à en commettre d’autres. D’autres groupes se sont attaqués à des mausolées à Tripoli et à Misrata. Et ça aurait pu être pire. À Tajoura, les habitants ont dû monter la garde pour protéger le mausolée d’Al-Andaloussi et la mosquée de Mourad Agha.
 
Les internautes libyens se sont divisés sur le sujet. Certains ont soutenu ces actes en disant que ces endroits sont des lieux d’ignorance, tandis que d’autres les ont condamnés, déplorant la destruction du patrimoine libyen. Ces derniers se sont d’ailleurs mobilisés et ont organisé une manifestation soutenue par le Conseil régional de Tripoli [une deuxième manifestation a été organisée lundi. Au cours de la marche, un homme a pris à partie un imam qui défilait, clamant que Mustapha Abdeljalil, l’ancien président du Conseil national de transition, avait autorisé la destruction des mausolées].
 
"Il faut que le gouvernement actuel prenne ses responsabilités et réagisse fermement"
 
J’ai été particulièrement choquée par les moyens dont disposent les salafistes qui ont commis ces saccages. Ils ont utilisé des pelleteuses et des explosifs. C’est dire le danger qui pèse sur notre pays, tant que la sécurité est peu assurée et que les armes continuent à circuler en toute impunité. J’ai été déçue de la réaction du ministre de l’Intérieur qui a démissionné au lendemain de ces événements. Il faut que le gouvernement actuel prenne ses responsabilités et qu’il réagisse fermement à ces actes de destruction. C’est ce qu’a promis Al-Magariaf.
 
 
Photo de la manifestation de dimanche prise par Al Motasem Bellah Dhawi.

Commentaires

L'intelligence de l'Islam

Cette manifestation d'intelligence est tout à fait emblématique des fondamentaux de l'Islam. Il n'y a d'étonnement que pour ceux qui ne voulaient pas voir. La question est plutôt de savoir, maintenant que les régimes dictatoriaux laïcs tombent les uns après les autres au Proche-Orient et au maghreb/machrek, jusqu'à quel point ceux qui préféraient s'aveugler par confort continueront à tromper les populations au sujet de la religion musulmane.

Pourkoi se debarasser d un

Pourkoi se debarasser d un dictateur. Pour se retrouver avec une armee de dictateur ou es la liberte si l autoritarisme. De klk salafiste. Vous renvoi a. Une nouvelle prison. Sans bareau mais bien presente. Debarasser vous des salafiste avant qu il ne se debarasse de vous.

Esprit libre

que faire ?

Quelle pauvreté intellectuelle et mentale que celle de ces personnes qui apprennent à lire que dans UN seul livre, qui apprennent à traiter qu'une seule idée...
La pauvreté intellectuelle, quelle que soit la culture dans laquelle elle se trouve, est TOUJOURS un facteur d’intolérance et de violence : quand le cerveau ne sait pas s'exprimer, on fait s'exprimer le muscle. Et ce dernier ne réfléchit pas, il ne sait qu'agir. D'où le danger !
Le pauvre d'esprit qui ne veut pas s'élever vers l'intelligence, cherche à la détruire. C'est une simple question de jalousie du faible vers le fort...
Maintenant, où traiter les pauvres d'esprit ? Si c'est possible, dans des écoles, pour qu'ils puissent ouvrir leur intelligence, qu'ils puissent s'ouvrir aux autres, qu'ils puissent découvrir le plaisir et les joies qu'offre la vie... S'ils veulent rester dans leurs prisons mentales, il reste les asiles d'aliénés !



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