Je connais effectivement des journalistes d’un quotidien d’opposition qui travaillent de chez eux car ils sont victimes de pression et craignent d’être attaqués. À la fin de la journée, ils envoient leur article à un correcteur qui travaille dans un petit studio toujours séparé du local du journal, où certains se retrouvent juste au moment de la mise en page du quotidien. Et quand il s’agit de vendre un espace publicitaire dans le journal, les rendez-vous sont pris dans un lieu neutre.
Je constate néanmoins que la situation des journalistes s’est améliorée depuis la fin de la crise. La
période des "listes noires" qui ciblaient ceux qui se prononçaient trop en faveur d’un camp ou de l’autre, au moment de la crise post-électorale, est derrière nous. Lors des conférences de presse données par des instances du gouvernement, les journalistes des deux bords se côtoient et les prises de parole des uns et des autres se font de manière beaucoup moins passionnées qu’il y a un an ou plus.
Mais les titres des journaux, qu’ils soient proches du pouvoir ou de l’opposition, restent très virulents. On l’a vu récemment avec les attaques des positions des FRCI et celle du siège du FPI, chaque événement est l’occasion pour les journaux de s’envoyer des pics et de s’accuser à tort et à travers, alors qu’on ne connaît pas encore les véritables responsables. Cela a évidemment une incidence sur l’opinion ; il existe des lecteurs qui prennent pour paroles d’évangile ce que dit le journal qu’ils achètent. Tant que les journalistes agiront comme des politiciens en prenant position, la presse n’aidera pas à la réconciliation du pays. Le dimanche, quand aucun journal ne paraît, continuera d’être le seul jour de paix en Côte d’Ivoire.