Trente-quatre mineurs tués par la police : "c’est choquant, mais ça n’a rien à voir avec l’apartheid"

Capture du site d'informations African Globe.
 
Les images de policiers tirant à balles réelles sur des mineurs, tuant 34 d’entre-deux ont choqué les Sud-Africains. Depuis hier, les comparaisons avec l’époque de l’apartheid fleurissent dans les médias.
 
Au lendemain de la tuerie, la police a déclaré que ses agents avaient agi en légitime défense en ouvrant le feu sur les mineurs de l’entreprise Lonmin Platinum Mine, située près de Marikana (nord-ouest du pays).
 
Les mineurs de cette exploitation faisaient grève depuis une semaine pour réclamer un triplement de leur salaire.  Jeudi, des centaines d’entre eux s’étaient rassemblés près de la mine, certains armés de machettes, d'autres d’armes artisanales. Lorsque la police a tenté de les disperser, un groupe de mineurs a chargé. Les policiers ont alors ouvert le feu à l’arme automatique. 
 
Le bilan est très lourd : 34 morts et 78 blessés. La semaine dernière, dix travailleurs avaient déjà été tués, dont deux porte-parole de syndicats de mineurs.
 
“Je pensais que le massacre de Sharpeville appartenait à l’histoire et que cela ne se reproduirait plus [le 21 mars 1960,
la police avait tué 69 manifestants à Sharpeville. Aujourd'hui, c’est un jour férié en Afrique du Sud, ndlr]. Pourtant, ce que l’on a vu hier, sous un gouvernement démocratique, est du même acabit", a déclaré à l'AFP Joseph Mathunjwa, président d’un syndicat de mineurs.
 
L’ANC, le parti au pouvoir, s’est dit "choqué" par cet incident et le gouvernement a demandé l’ouverture d’une enquête.

"En voyant les images à la télé, on se dit que la vie d’un homme noir ne vaut toujours pas grand-chose"

Bennie Vissner est journaliste pour une radio de Port Elizabeth. 
 
En tant que journaliste, je suis habitué à voir des morts. Mais sur les images de la fusillade, on voit des personnes agoniser, ce qui m’a bouleversé. La police est armée, bien sûr, mais il faut noter que certains manifestants avaient des pangas [machètes], des knobkieries [gourdins] et même des armes à feu. Et, comme deux policiers et deux agents de sécurité de la mine avaient été tués les jours précédents, la police était à cran. Malgré tout cela, je me demande si des balles en caoutchouc n’auraient pas suffi.
 
Cette violence est, selon moi, la conséquence du contexte socio-économique. Cela fait presque 20 ans que nous connaissons une vraie démocratie, mais la grande majorité des gens continue de se battre, ici, pour survivre au quotidien. Même ceux qui ont un travail, alors ne parlons même pas de ceux qui sont au chômage. Nous sommes donc habitués à des éruptions de violence, mais pas de cette l'ampleur.
 
Ces incidents ont rappelé aux gens le temps de l’apartheid, car ils ont l’impression que c’était encore une fois les autorités d’un côté et les ‘masses en colère’ de l’autre. Et voyant les images à la télé, on se dit que la vie d’un homme noir ne vaut toujours pas grand-chose. Toutefois, d’après les témoignages que j’ai entendus, les policiers étaient vraiment attaqués, ce qui est très différent du temps de l’apartheid. A l’époque, les policiers tiraient sur des manifestants pacifiques.
 
 

"Au lieu de jouer un rôle de médiation, les policiers se sont comportés comme des agents de sécurité de la compagnie minière"

MA Mohammed est un homme d’affaires de Johannesburg.
 
Les mineurs réclament depuis longtemps une meilleure répartition des ressources car les mines sont contrôlées par quelques poignées d’héritiers. Or, les mineurs ont de plus en plus conscience de leurs droits, en termes de salaires et de conditions de travail, ce qui provoque des tensions.
 
Je ne pense pas, en revanche, que ce que l’on a vu jeudi est comparable à ce qui se passait du temps de l’apartheid. L’Afrique du Sud est aujourd’hui un pays stable. Il s’agit juste d’un conflit qui a été très mal géré, notamment parce que les policiers, au lieu de jouer un rôle de médiation, se sont comportés comme des agents de sécurité de la compagnie minière.
 
J’espère que cet incident va permettre aux mineurs de défendre leurs droits légalement. Nos hommes politiques doivent s’inquiéter car ces conflits mettent notre économie à genoux.
 
 

“Les gens ne réalisent pas qu’il existe aujourd'hui des voies démocratiques pour s'exprimer”

Sipho January est travailleur social à Cape Town.
 
J’ai d’abord été choqué de voir une telle brutalité de la part de policiers. Mais au fur et à mesure que sortaient les informations, notamment que les mineurs étaient armés, j’ai réalisé qu’ils s’étaient vraiment retrouvés dans une situation dangereuse. C’était eux ou les grévistes, alors ils ont été contraints de se protéger.
 
L’apartheid a enseigné à notre population à communiquer par la violence et la destruction. Cela semblait être le seul moyen pour se faire entendre. Mais aujourd’hui, les gens ne réalisent pas qu’il existe des voix démocratiques pour s'exprimer. Le gouvernement et les autres acteurs de la vie publique doivent faire quelque chose pour sensibiliser les gens à ce sujet. Cela prend du temps mais nous devons commencer maintenant.
 
 

Commentaires

radical

J'ai vu la scène dans une chaîne de télévision. J'ai rarement vu quelque chose de semblable. Je ne sais pas si y a un lien ou non avec l'apartheid, mais il me semble que cela a un lien avec la haine. Cela ressemble à une espèce de solution finale ou radicale. Heureusement ce ceux qui étaient dans les lignes plus en arrière ont arrêté d'avancer. Peut-être que c'était cela aussi le but.



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