Dans un camp de réfugiés syriens, fournaise en plein désert jordanien

Photo du camp de Zaatari en Jordanie. Toutes les images et les vidéos ont été prises par notre Observateur.
 
Face à la vague de réfugiés syriens qui franchissent tous les jours la frontière jordanienne, les autorités locales ont été contraintes de construire un nouveau camp. Situé dans le désert, les températures dans ce camp de fortune atteignent parfois 40 degrés, et les vents forts rendent l’atmosphère irrespirable. Selon notre Observateur, les conditions de vie y sont épouvantables.
 
Alors qu’en Syrie le conflit entre dans son dix-septième mois, plusieurs camps de réfugiés ont été dressés en Jordanie pour accueillir les 1 500 Syriens qui, chaque nuit depuis plusieurs semaines, fuient leur pays. Ne parvenant pas à faire face à l’afflux de réfugiés dans des sites de plus en plus congestionnés, les autorités jordaniennes et un certain nombre d’ONG locales ont demandé à l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et à ses partenaires de les aider à ériger un nouveau camp. Sa construction a commencé le 20 juillet, le premier jour du ramadan, dans un désert près de la ville Mafraq, au nord de la Jordanie. Un peu plus d'une semaine après, le camp de Zaatari était ouvert.
 
 
Les vents très forts font se lever la poussière dans le camp de Zaatari.
 
Mais le camp était à peine achevé que déjà des débordements, liés aux conditions de vie, éclataient. L e HCR a déploré ces violences et les a expliqué par le fait que les tentes sont situées en plein désert, un emplacement loin d’être idéal.
 
"Évidemment que cela nous dérange d’accueillir à Zaatari des réfugiés qui ont déjà tant souffert dans leur pays, a déclaré Andrew Harper, le représentant du HCR en Jordanie. Nous sommes les premiers à admettre qu'il s'agit d'un endroit désolé et beaucoup trop chaud. Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous plaçons ces familles dans des tentes en plein désert mais nous n'avons pas le choix. "
 
Le HCR a par ailleurs assuré que, de concert avec les ONG partenaires, il faisait tout son possible pour rendre meilleures les conditions de vie dans le camp, qui compte actuellement 4 414 personnes d’après un dernier comptage.
 
Contributeurs

"Il y a des gens qui préfèrent revenir en Syrie au risque de mourir plutôt que de rester dans le camp"

Khaled X. (le prénom a été changé) est un militant des droits de l’Homme qui a visité le camp de Zaatari pour voir à quoi ressemblaient les conditions de vie.
 
Le camp se trouve dans une zone désertique. Il est sec, venteux et considérablement poussiéreux. Les gens qui vivent là-bas m'ont raconté qu’entre le moment où ils prennent leur douche et celui où ils reviennent dans leur tente, ils ont eu le temps d’être recouverts de poussière de la tête aux pieds.
 
Parmi ces personnes, beaucoup viennent des villes. De Homs mais aussi d’autres centres urbains. Ils n’ont probablement jamais connu dans leur vie de telles expériences. Et brusquement, ils se retrouvent à devoir vivre au beau milieu du désert, avec des ressources limitées de surcroît.
 
Des tentes à l'intérieur du camp de Zaatari.
 
En général, les réfugiés ne sont pas autorisés à quitter le camp. Celui-ci est fortement gardé, il y a même un hélicoptère qui le survole durant la nuit. Si quelqu’un veut sortir, il doit être pris en charge par un Jordanien, c’est la règle du camp. À l'intérieur, la tension est palpable. Des réfugiés m'ont fait part d’altercations avec le personnel de sécurité et une petite émeute s'est récemment produite. Pour ma part, j'ai vu ici des policiers se promenant avec des matraques.
 
Les plaintes qui reviennent le plus souvent concernent la nourriture, qui, d’après les personnes que j’ai pu interroger, est de mauvaise qualité, quand elle ne manque pas. Quand je me suis rendu sur le camp lundi 13 août, les gens n'avaient pas mangé depuis 24 heures. Certains étaient persuadés que le réapprovisionnement avait connu du retard en raison des troubles récents dans le camp. Pour eux, cela avait tout l’air d’être une punition. L’autre problème est l'eau. L'eau courante existe mais, en raison des conditions météorologiques extrêmes, elle est beaucoup trop chaude pour qu’on puisse la boire. Un père de famille m’a confié que son bébé ne pouvait pas prendre son biberon car le contenu était trop chaud. L’eau froide arrive au camp, mais avec la même régularité que la nourriture, c'est dire...
 
Une foule de réfugiés autour d'un camion de distribution de nourriture.
 
"J'invite les autorités à passer une nuit avec ces réfugiés pour voir ce qu’ils endurent"

Les réfugiés se sont également plaints de la bureaucratie à l'intérieur du camp. Quand ils arrivent, on leur demande de s’enregistrer [ce qui leur permet d'accéder à diverses formes de protection et d'assistance, ndlr] mais pour cela, ils doivent attendre qu’on les convoque et ça peut prendre des jours et des jours. Du coup, ils sont plongés dans l'incertitude, ne sachant pas de quoi leur futur sera fait.
 
Il y a des gens qui préfèrent revenir en Syrie au risque de mourir plutôt que de rester dans le camp. Certains ont tout perdu là-bas. Leurs maisons ont été détruites pendant le conflit, mais ils tentent quand même de s’en sortir. J'invite les autorités à passer une nuit avec ces réfugiés pour voir ce qu’ils endurent. C'est une situation vraiment malheureuse.
 


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