Vidéo amateur: Des partisans de Mugabe relancent leur campagne d'intimidation électorale

 
Une vidéo amateur diffusée sur le Web montre ce qui semble être les prémices d’une campagne d’intimidation sous la houlette du parti du président Robert Mugabe, le ZANU-PF, en vue de l’élection présidentielle de 2013. Des préparatifs qui font craindre le retour des violences politiques qui avaient entaché le scrutin de 2008.
 
Lors d'une réunion politique, un des orateurs de la vidéo menace directement son auditoire : "Si le MDC (Mouvement pour le changement démocratique, principal parti d’opposition) vient ici et que vous, en tant que membre du ZANU-PF, participez à leur meeting, je vous promets que vous serez passés à tabac".
 
Un autre orateur demande à chaque personne autour de lui de divulguer le nom d’un militant de l’opposition. [Notre Observateur explique plus bas que les gens sont parfois obligés d’assister à ce type de réunion et qu’ils ne sont pas nécessairement sur la même ligne politique que le ZANU-PF]
 
Cette vidéo a été obtenue par une organisation de défense des droits de l’homme, dont FRANCE 24 préfère garder l’identité secrète, pour des raisons de sécurité. Elle montre des extraits de deux réunions politiques qui auraient eu lieu dans la région centrale de Chirumhanzu le 17 mai, et dans le district de Chinhanga, dans le nord du pays, le 23 mai.
 
Nous avons montré cette vidéo à plusieurs de nos Observateurs au Zimbabwe, qui nous ont confirmé que les dialectes utilisés correspondent bien à ceux de ces régions.
 
 
 
FRANCE 24 a contacté le ZANU-PF au sujet de cette vidéo. Le parti présidentiel n’a pour l'heure pas donné suite.
 
La scène politique zimbabwéenne est marquée par une recrudescence de pressions brutales à l’encontre des militants de l’opposition, au fur à mesure qu'approche la date des élections. L’ambassadeur sortant des Etats-Unis au Zimbabwe, Charles Ray, a récemment déclaré qu’il craignait des violences électorales du fait d’une succession de "signes inquiétants".
 
En 2008, le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai avait été contraint de se retirer de la course présidentielle entre les deux tours, qualifiant le scrutin de "mascarade". Il avait alors dénoncé une campagne de violences politiques orchestrée par les sympathisants de Robert Mugabe, durant laquelle des dizaines de personnes avaient perdu la vie. Sous la pression de la communauté internationale, le président Mugabe avait ensuite nommé Morgan Tsvangirai comme Premier ministre d’un gouvernement de coalition. Les deux hommes se préparent à s’affronter à nouveau lors du scrutin présidentiel de 2013.
 
Robert Mugabe gouverne le Zimbabwe d’une main de fer depuis 1987. Le pays est actuellement classé 154ème sur 183 sur l’index de perception de corruption compilé par Transparency International en 2011.
 
Contributeurs

"Ce genre d’intimidations est typique de ce qui est en train de se passer dans tout le pays"

Mugove (pseudonyme) est un militant des droits de l’homme zimbabwéen. FRANCE 24 a décidé de garder son identité secrète pour des raisons de sécurité [Les activistes sont régulièrement harcelés au Zimbabwe]
 
 
Je suis convaincu que cette vidéo est authentique parce que des réunions étaient effectivement prévues à ces dates et j’ai reconnu les dialectes parlés dans ces régions.
 
Ce genre d’intimidations est typique de ce qui est en train de se passer dans le pays en ce moment. J’ai reçu plusieurs signalements d’incidents similaires, à la fois dans les villes et dans les campagnes. Les menaces de passage à tabac ne sont pas des paroles en l’air – le 26 mai dernier, un militant de l’opposition a carrément été lynché par des sympathisants du ZANU-PF. [Des témoins ont affirmé que la police sur place n’était pas intervenue] 
 
L’intimidation peut prendre des formes multiples. La manière la plus commune consiste à menacer directement les sympathisants de l’opposition et leur famille. De nombreuses personnes sont aussi obligées de participer à des réunions politiques et d’acheter leur carte de membre du parti. Une autre méthode répandue est la menace de bannir les opposants  – les chefs de village ont le pouvoir de chasser les membres de leur communauté. Enfin, les commerçants doivent souvent jurer allégeance au parti pour garder leur boutique ou leur stand au marché.
 
“Les personnes menacées ne peuvent pas compter sur l’aide de la police”
 
Au Zimbabwe, les personnes menacées par les sympathisants des partis politiques ne peuvent pas compter sur l’aide de la police. Les chefs de la police ont exprimé ouvertement leur soutien au ZANU-PF, ce qui rend difficile pour les subalternes d’aller contre les intérêts du parti.
 
Il y a une vraie atmosphère d’impunité ici. Des groupes de justiciers autoproclamés n’hésitent pas à utiliser la violence dans les villes. La police a les moyens de s’en occuper mais elle préfère ignorer tout ce qui est dans l’intérêt des politiciens. Il nous faudrait changer complètement de système policier… Par ailleurs, il y a encore beaucoup trop de responsables haut-placés qui ont participé ou laissé faire les violences de 2008.
 
De plus en plus de réunions et meetings politiques vont avoir lieu à l’approche des élections présidentielles. Je crains que cette campagne d’intimidation entraîne un nouveau bain de sang.
 
 

 


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