Dans l’ombre de l’occupation islamiste, des villages du Nord-Mali livrés à eux-mêmes

L'emplacement du marché de Banikane. Toutes les photos ont été prises par notre Observateur. 
 
Dans l’ombre des frasques des islamistes qui, depuis plusieurs semaines, ont pris le contrôle des principales villes du nord du Mali comme Gao, Tombouctou ou Kidal, de nombreux villages isolés vivent dans le dénuement le plus total. Notre Observateur a traversé la région de Tombouctou, où, dans plusieurs communes, le temps semble s’être arrêté.
 
La région de Tombouctou, bordée au sud par le fleuve Niger, est une grande zone désertique composée de cinq cercles, des subdivisions administratives qui comportent chacune plusieurs communes, 51 au total. Tombouctou, la "ville aux 333 saints", tombée aux mains du MNLA et des islamistes le 1er avril dernier, en est le chef-lieu.
 
Aujourd’hui, toute la région vit sous la coupe des groupes armés, même si les combattants ont pris leurs quartiers dans la ville de Tombouctou. Dans les petites localités, les administrations de l’État malien ont été désertées et de nombreux villageois ont pris la fuite. À Banikane, situé à 120 km à l’est de Tombouctou, le maire joint par FRANCE 24 considère que sa commune, qui vit désormais au crochet du Programme alimentaire mondial (PAM), a été "abandonnée par l’État malien".
 
Privés d'eau courante, les habitants utilisent l'eau au puits de la commune.
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"Il faut parcourir 80 km à dos d’âne pour acheter un sachet d’aspirine"

Sery Moussa Coulibaly est apiculteur à Bamako. Il est originaire de la région de Tombouctou, où il s’est rendu fin juillet.
 
Par le passé, j’étais déjà venu à Banikane car une partie de ma famille en est originaire. Avant, il y avait un dispensaire et une pharmacie, comme dans plusieurs villages alentours. Mais à cause des événements, tous les médecins et les pharmaciens ont quitté la région. Aujourd’hui, les villageois sont obligés de parcourir environ 80 km à dos d’âne pour se rendre à Niafounké afin de se faire soigner à l’hôpital ou d’acheter un sachet d’aspirine !
 
L'hôpital de Banikane est désert depuis que son personnel a quitté les lieux entre mars et avril. 
 
Les professeurs aussi sont partis. L’école de Banikane est aujourd’hui déserte et les enfants se retrouvent à errer dans les villages sans rien à faire. Certains parents ont décidé de les envoyer dans des madrasas [les écoles coraniques, ndlr]. L’une de ces écoles est située dans la mosquée du village, mais les autres sont des écoles itinérantes, c'est-à-dire que les maîtres vont de village en village pour enseigner l’arabe aux enfants ainsi que la récitation des hadiths et des sourates, ce qui est mieux que rien. D'ailleurs si les islamistes décidaient de venir voir ce qu’il se passe en dehors des grandes villes, il y aurait un risque de radicalisation de cet enseignement.
 
 
L'école de Banikane (ci-dessous, une salle de classe) désertée. 
 
C’est tout le problème de ces villages. Ils ont d’abord été abandonnés par l’État et aujourd’hui, les islamistes ne s’y intéressent pas non plus. Ils préfèrent se concentrer sur les lieux stratégiques que sont Gao, Tombouctou ou Kidal. Par ailleurs, tous les évènements qui ont eu lieu dans ces villes ont attiré l’attention des médias, à l’inverse des petites localités dont on parle peu. Ce n’est pas que les villageois regrettent la présence de ces combattants, mais ce que je remarque, c’est qu’au moins à Tombouctou, où j’ai terminé mon voyage, la vie s’organise. Les habitants bénéficient par exemple de médicaments distribués par les islamistes eux-mêmes.
  
 
Les jeunes de Banikane apprennent le Coran depuis qu'il n'y a plus d'enseignant à l'école. 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 


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