Un jeune visiteur de l'exposition. Toutes ces photos ont été prises par les activistes de Picha Mtaani.
Les violences interethniques qui ont marqué l'élection présidentielle de 2007 ont laissé des blessures profondes dans la société kényane. Pour notre Observateur, qui avait photographié ces longues semaines d’affrontements, le pays ne tournera la page qu'à condition de parler de ce qui s’est passé. Depuis quatre ans, il sillonne donc le pays pour exposer les clichés saisissants qu'il a pris de ces événements. Une initiative qui ne fait pas toujours l'unanimité.
Dimanche 29 juillet, sans prévenir, la police a décroché les photographies que Boniface Mwangi avait accrochées dans une rue de Naivasha, ville de la vallée du Rift qui fut le théâtre d’affrontements particulièrement violents après l'élection de décembre 2007. Ces violences, qui ont fait près de 1200 morts, ont éclaté après que la commission électorale eut éjecté des observateurs électoraux des bureaux de vote et proclamé la victoire du président sortant Mwai Kibaki, candidat du Party of National Unity (PNU). Raila Odinga, le candidat de l’opposition issu de Orange Democratic Movement (ODM) avait alors accusé le camp de son adversaire de fraudes. C’est seulement après plusieurs semaines d’affrontements entre les ethnies se réclamant de chaque candidat qu’une médiation internationale a permis l'installation d'un gouvernement de coalition : Kibaki devenait président et Odinga, son rival, Premier ministre.
Quatre personnalités de premier plan de la vie politique kényane sont aujourd’hui
accusées par la Cour pénale internationale (CPI) d’avoir orchestré ce bain de sang. Parmi eux, il y a deux candidats à la prochaine élection présidentielle de mars 2013 : le vice-Premier ministre, Uhuru Kenyatta, issu du PNU, qui est accusé d’avoir des liens avec le gang des
Mungiki, à qui il aurait ordonné d’attaquer des partisans d’Odinga ; et William Ruto, député de l’ODM, qui est accusé, quant à lui, d’avoir "savamment planifié" des attaques contre les militants du PNU. Si tous deux nient leur implication respective dans les violences, ils ont néanmoins accepté de se rendre en avril 2013 au procès qui se tiendra à La Haye, un mois après les prochaines élections.
Les associations kényanes de défense des droits de l’Homme avaient appelé, sans succès, les deux hommes politiques à se retirer de la course à la présidentielle, craignant que leur candidature ne déclenchent de nouvelles violences. Uguru Kenyatta est considéré comme le deuxième favori de la compétition, le premier étant le chef du gouvernement, Raila Odinga.
Des activistes de Picha Mtaani ont filmé la police leur ordonnant de décrocher les photos à Naivasha dimanche.