Ce que pensent les Chinois du veto de Pékin sur la Syrie


Depuis le début de la contestation en Syrie, la Russie et la Chine ont, chacune, opposé trois veto aux tentatives de l’ONU de faire pression sur Damas. Sous couvert d’anonymat, l'un de nos Observateurs chinois, opposé à cette décision, décrypte la politique de son gouvernement et le traitement de ce dossier par les médias de son pays.
 
Contributeurs

"La Chine trouvera un moyen de s’opposer à tout ce qui a trait aux droits de l'Homme et qui est soutenu par l’Occident"

Tai (pseudonyme) est l'un de nos Observateurs en Chine.
 
Ce n’est évidemment pas une surprise que la Chine oppose son veto dans le dossier syrien. Elle s’était déjà opposée aux sanctions concernant la Corée du Nord [la Chine, alliée de Pyongyang, a longtemps défendu le dialogue avec la Corée du Nord. Toutefois, en avril 2012, elle a accepté de voter une série de sanctions concernant le programme nucléaire nord-coréen, NDLR], concernant l’Iran et elle s’était par ailleurs abstenue sur le vote de la résolution prévoyant une intervention en Libye. 
 
Les autorités se justifient en invoquant la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, mais ce n’est qu’une excuse. La position chinoise consiste en un soutien permanent aux régimes totalitaires. Je considère le gouvernement de Pékin comme complice de la répression menée par le régime syrien contre son peuple. Les dictatures ont un consensus : s’unir contre la communauté internationale et ne pas intervenir dans les affaires des autres régimes autoritaires en fait partie. Les 'ennemis de mes ennemis sont mes amis', est, en quelques sortes, la philosophie de la diplomatie chinoise. Du coup, tout ce qui a trait aux droits de l’Homme ou qui est soutenu par l’Occident, la Chine trouvera un moyen de s’y opposer.
 
Une du Global Times du 23 juillet titrée : "L’Occident cherche une excuse pour lancer une action militaire unilatérale. Les forces spéciales américaines se préparent. L’Occident garde un œil sur les armes chimiques syriennes".
 
Le Global Times, qui est le pendant international du Quotidien du peuple, le journal du Parti communiste, a une opinion très claire sur la question syrienne. L’édito de l’édition du 21 juillet, par exemple, était intitulé : 'Personne ne doit applaudir les contorsionnistes occidentaux'. Sous-entendu : ces derniers trompent les Syriens en leur vendant leurs propres idéaux mais, derrière, ce n’est que pour mieux asseoir leur domination sur le pays. Voici un extrait de l’article : 'L’Occident profite d’avoir l’opinion publique avec lui pour dire du mal de la Chine et de la Russie. (…) Confortablement installés dans leurs bureaux modernes, les dirigeants occidentaux invoquent les valeurs de moralité et de liberté à tout-va, mais ce sont les pauvres Syriens qui doivent se battre sur le terrain pour réaliser leurs idéaux. (…) Hors, après le changement de la Constitution syrienne [une réforme constitutionnelle votée en février instaure, notamment, le pluralisme politique, NDLR], il devient possible pour la Syrie d’opérer une transition démocratique pacifique mais l’Occident préfère inciter les Syriens a passer par des raccourcis sanglants'.
 
Un autre article du même journal est intitulé : 'La Chine ne doit pas se faire avoir par l’Occident sur le dossier syrien'. Il explique que la 'source de la puissance de la Chine réside dans la solidarité du peuple. Avec cette force immense, chaque politique étrangère soutenue par la Chine sera très difficile à contrecarrer. Et toutes les puissances du monde doivent nous craindre. (…) L’Occident pense que les valeurs universelles qu’il prône ont pénétré la société chinoise et donc, de fait, influencent la position diplomatique de la Chine. Mais il se trompe : les Chinois ne se font pas avoir aussi facilement et le peuple ressent une véritable antipathie pour les interventions militaires trop fréquentes de l’Occident'.
 
 
Sur Internet, on peut, à l’inverse, trouver des billets de blog comme celui de Yan Changhai [un écrivain chinois basé à Shenzhen, NDLR] qui s’oppose à ce veto : 'Tous les dictateurs utilisent la violence pour opprimer leur peuple. Je considère donc une révolte populaire armée comme de la légitime défense. Ce combat pour la liberté et la dignité est juste. (…) Le point de vue des pays autoritaires n’a pas vraiment changé depuis le débat sur l’intervention en Libye de l’année passée. L’économie n’est pas, ici, l’élément clé [pour le gouvernement chinois, NDLR]. Le point le plus important, c’est que le régime de Damas ne tombe pas afin que des élections démocratiques ne soient pas organisées en Syrie comme elles l’ont été en Tunisie, en Égypte ou en Libye. Il s’agit toujours de cette même crainte que le Printemps arabe provoque des bouleversements dans d’autres pays autoritaires où les gens demanderont, eux aussi, à pouvoir élire leurs dirigeants. Pour autant, le mouvement est enclenché et ne s’arrêtera pas. Les pays autoritaires ont eu beau soutenir Kadhafi, son régime est tombé et il a été exécuté, alors ils peuvent soutenir Assad cette fois-ci, mais les changements en Syrie sont inéluctables.

Commentaires

honni soit qui mal y pense

Honte à celui qui interprète comme répréhensible un acte à l'intention innocente mais aux conséquences ambiguës. Son utilisation contemporaine est souvent ironique et souligne au contraire la mauvaise intention de quelqu'un qui feint l’innocence.

Je n'ai rien compris

Je n'ai rien compris ! Pouvez-être plus clair ?

Elle est partie...

C'est juste une pas sage ère par ici,voyez-vous ? !



Fermer