Palmyre, oasis touristique à l’heure de la guerre civile

Capture d'écran d'une vidéo montrant un char de l'armée régulière sur une place de Palmyre. 
 
Pendant que les grandes villes syriennes sont le terrain d’affrontements violents entre armée régulière et armée syrienne libre, que deviennent les cités touristiques de Syrie ? À Palmyre, étape incontournable des circuits syriens jusqu’à récemment, un patron d’hôtel et un militant de l’opposition nous décrivent le nouveau visage de leur ville.
 
Palmyre est une oasis dans le désert. Située à 210 kilomètres au nord-est de Damas, dans le gouvernorat de Homs, elle compte plus de 100 000 habitants. Ville touristique par excellence, elle abrite des ruines gréco-romaines qui remontent au Ier et au IIe siècle, un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 1980. Mais avec l’enlisement du conflit syrien, de nombreux pays étrangers - arabes ou occidentaux - ont fermé leurs ambassades à Damas et les touristes ont été vivement priés de ne plus se rendre en Syrie.
 
Les touristes disparus, ce sont les manifestations d’opposition qui ont commencé à agiter les rues de la ville. Et depuis quelques mois, des vidéos postées sur YouTube par les activistes locaux témoignent de la présence massive des soldats de l’armée régulière dans les rues de la ville.
 
Les chars de l'armée régulière sur une place de la ville. Vidéo filmée début juillet et postée par notre Observateur Abdellah Al Tadmoury.
 
Les ruines de Palmyre. Photo postée sur Flickr par Christiaan&Huub.

"Nous avons hâte de retrouver un peu de sécurité à Palmyre !"

Thamer Saleh est patron d’un hôtel à Palmyre.
 
Cela fait presque six mois que je n’ai pas vu un seul touriste à Palmyre. De temps en temps, des Syriens de passage dans la région me louent des chambres. Sinon, l’hôtel est vide et il n’y a plus aucune activité touristique. J’ai d’ailleurs été obligé de baisser de moitié le salaire de mes cinq employés. 
 
La situation financière n’est cependant pas alarmante pour nous autres, qui travaillons dans le secteur touristique, car nous avons quasiment tous une deuxième activité. Moi par exemple, je suis vétérinaire. Nous prenons cette précaution car le tourisme ici est très instable, à l’image de la région. La plupart des touristes qui viennent ici d’habitude sont des Européens et pour peu qu’un nouveau conflit éclate dans n’importe quel pays du Moyen-Orient, ils ne viennent plus en Syrie. C’était le cas notamment en 2006 lors de la guerre entre le Liban et Israël. Nous avons donc appris à ne pas en faire notre unique gagne-pain.
 
J’aimerais bien dire aux touristes de ne pas croire ce que diffusent les télévisions étrangères et de venir à Palmyre. Bien sûr qu’il y a une crise, mais la situation n’est pas aussi dramatique qu’on le dit. Ici en tout cas, c’est relativement calme [des vidéos montrent pourtant des chars qui circulent dans la ville, ndlr]. J’espère que d’ici un ou deux mois, tout reviendra comme avant. Il faut avoir connu ce qu’était la Syrie avant cette crise pour comprendre : une jeune fille pouvait alors sortir toute seule à trois heures du matin sans être inquiétée ! Personne ne vous demandait votre carte d’identité dans la rue. Nous avons hâte, à Palmyre, de retrouver cette sécurité !

"L’armée régulière bloque même l’accès du site archéologique aux habitants de Palmyre"

Abdellah Al Tadmoury (pseudonyme) est membre du bureau de communication de Palmyre.
 
La présence de l’armée a complètement défiguré le paysage de la ville. Cela fait quelques mois que les chars sont présents dans le centre. Des points de contrôle ont été installés aux entrées de la ville. Il y a une zone champêtre qui sépare le centre-ville de Palmyre du site archéologique. Les soldats de l’armée régulière y sont postés tous les jours, du coup même nous-autres, habitants de Palmyre, ne pouvons plus accéder au site archéologique. Que dire des touristes !
 
Les boutiques d’artisanat ou de souvenir ont toutes fermé. Beaucoup de personnes qui y travaillaient ont ouvert des commerces d’alimentation générale. Il n’y a plus que ça qui marche avec la vague de réfugiés que nous avons accueillis : des habitants, originaires surtout de Homs et de Damas, sont venus trouver refuge ici. Par solidarité, deux patrons d’hôtels ont décidé de prendre en charge des familles sans contrepartie. Nous autres, membres du centre de communication de l’opposition à Palmyre, avons collecté de l’argent pour aider les autres à louer des maisons et à subvenir à leurs besoins dans un premier temps, en attendant de trouver un travail. Certains hôteliers de la région n’ont pas apprécié notre geste. Faute de touristes, ils avaient espéré qu’ils pourraient au moins avoir des clients syriens. Ils nous en veulent du coup de leur couper, en quelque sorte, l’herbe sous le pied.
 
Vidéo d'une manifestation à Palmyre, en décembre 2011.

Commentaires

Civilisation et pluralisme

Je ne suis pas surpris de cette information:c'est bien l'armée de M.Assad qui bloque l'accès à ce haut lieu de la civilisation humaine.Le régime tyrannique des Assad n'est pas l'ami de la civilisation.Lorsque l'on visionne les vidéos plus haut on réalise que même dans une ville comme Palmyre (environ 100 000 habitants)les manifestations contre le tyran sont massives.Un soulèvement populaire a peu à voir avec une guerre civile.A moins de vouloir à tout prix laisser penser que l'actuel régime du clan Assad serait un rempart contre le guerre civile.La Syrie de demain sera plurielle et pluraliste ou ne sera pas,ce qu'elle n'est pas aujourd'hui sous la botte des Assad.

pure mauvaise foi

c'est bien de voir les choses de façon unilatérales.lisez bien le commentaires de ce petit gérant d’hôtel qui lui avec raison gardé évoque cette stupide révolution et qui parle même de la vie avant avec ce soit disant tyran qu'est ce valeureux homme d’État qu'est monsieur Assad.La vie était mieux et même une fille pouvait se promener librement a toute heure chose impensable dans des pays comme le Qatar et la Turquie ,qui aujourd'hui font la leçon de démocratie et de liberté humaine a la Syrie.Dieu dans son immensité soutiendra Assad et le peuple ,le vrai peuple syrien triomphera.
Bon ramadan a tous les vrais syriens épris de paix et de justice.Une question a tous les soutiens pk l'ETA en espagne est considereé comme une organisation terroriste et non l'ASL?

Rien que ce que vous dites

Rien que ce que vous dites sur la Turquie vous discrédite, à cause de votre ignorance prosélyte : En règle générale en Turquie les femmes peuvent tout à fait "se promener librement". Et même dans les endroits les plus urbanisés (toute la côté méditerranéenne plus une partie de celle de la Mer Noire ainsi que d'autres centres urbains comme Ankara, etc.) les femmes sortent exactement comme en France, même en minijupe et en décolleté si ça leur chante pour tout vous dire ;-) Allez répéter ce que vous écrivez aux femmes de ma famille ainsi qu'à toutes mes amies et connaissances féminines en Turquie, elles seraient bien étonnées de votre étrange affirmation.
Par contre, il m'est arrivé d'aller aussi plusieurs fois en Syrie pour le travail, et alors je peux vous affirmer que même dans la région d'Alep la situation n'était pas comparable avec celle du "promenage" des femmes en Turquie, et que j'aurais été au Qatar je suis sûr que je n'aurais pas été complètement dépaysé.

Depuis quand l'ASL est comparable à l'ETA ?

Ce gérant d'hotel nous fait simplement ce qu'un gérant d'hotel dit en France quand trois rues devant chez lui sont bloquées lors d'une manifestation. Ne pas oublier surtout, jhonny, vous qui semblez ne pas connaître la Syrie, que Palmyre est de ces villes "riches" qui ont connu et connaissent un niveau de vie agréable si possible mais avec une banlieue qui ne touche aucun bénéfice des revenus des monuments et lieux locaux. Il n'y a pas que les ruines, il y a aussi une église et un oasis magnifique.

C'est d'ailleurs en banlieue de Palmyre qu'a été filmée la vidéo du 19 décembre 2011. Votre gérant d'hotel ne fréquente justement pas ceux qui vont à Palmyre pour les monuments, assez aisés déjà pour se déplacer jusqu'au coeur de la Syrie (beaucoup de visiteurs font Damas, la côte, etc... mais ne font pas Palmyre ou même Raqqah ou Hama car ces villes sont plus éloignées : il y a donc un cout en plus). Il s'exprime donc pour son propre business, loin des préoccupations de la jeunesse au chomage...

Devons-nous encore rappeler aux pseudos-nostalgiques des Assad (bien souvent d'ailleurs ... de snon-syriens...) que la révolte a pris non pas en 2011, non pas en 1982, mais dès 1970 avec des manifestations hostiles au coup d'état d'Hafez el-Assad. Aujourd'hui, si la Syrie affiche 15 % de chomage (avant-crise) en moyenne, des régions comme Homs, Deraa ou encore Hama et des banlieues comme Alep ou Douma touchent allègrement les 30 % de chomeurs. Vos vrais syriens sont en vérité ceux qui ont les moyens et le déshonneur pour conserver ces moyens de se plier au régime pour vivre au dessus du niveau de vie d'une majeure partie des syriens.

Et cela ni les médias ni les alter-médias ne l'ont dit, ni vous.

Enfin, sur l'ETA : depuis quand l'ETA succède à des manifestations qui ont eu lieu pendant des mois (dans le déni total des pays, y compris Qatar et Turquie qui s'en moquaient) ? Les manifestations en Pays d'Euskadi ont toujours eu lieu en soutien à un parti, à certains membres de l'ETA mais rarement à l'ETA. Que voit-on ce 27 juillet, notamment à Amuda où des milliers de personnes manifestent ce jour (en Syrie) ? Un appel à la solidarité avec la fameuse ASL (dont le nom est repris par les médias à tort et à travers).

Voila donc qui vous apprendra à nuancer vos propres : à moins que finalement pour vous, les vrais peuples sont les parties des peuples qui ont les moyens de vivre et ne dérangent pas votre vie, comme ce gérant d'hotel. Malheureusement, tout n'est pas rose. Toute révolution peut être coordonnée, immiscée d'ailleurs, mais la réalité sociale permet toujours cette explosion, une chose que vous avez largement oublié et que vous apprendrez à connaître (voir manifestations en Grèce et les attentats des anarchistes qui en découlent) : bienvenue dans la réalité des peuples qui vivent dans la misère !



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