Témoignage d’un immigré Ivoirien rentré d’Israël : "J’ai quitté Tel Aviv avant l’ultimatum pour ne pas subir la honte"

Des immigrants africains campent régulièrement au Levinsky Park, à Tel Aviv. Crédit photo : ARDC. 
 
Après les Sud-Soudanais, c’est au tour des immigrés illégaux ivoiriens d’être expulsés d’Israël dans le cadre de la politique de "retour à la maison" lancée par le gouvernement de Benjamin Netanyahou, visant spécifiquement les communautés africaines. Depuis le 17 juillet, les sans-papier ivoiriens n’ont plus le droit de séjour sur le territoire. L’un d’eux, de retour à Abidjan, a accepté de témoigner.
 
Les arrestations de clandestins ivoiriens ont commencé au lendemain du 16 juillet, date de l’ultimatum fixé fin juin par le ministère israélien de l’Intérieur aux 2 000 ressortissants de Côte d’Ivoire en situation irrégulière. Fourni par les autorités, ce nombre est contesté par les associations de défense de migrants et par l’ambassade ivoirienne, qui estiment qu'ils sont entre 500 et 800.
 
Dans la nuit du 17 au 18 juillet, un premier groupe d’une vingtaine d’Ivoiriens a été interpellé à Tel Aviv, par les forces de police. Yael Aberdam, chef de projet pour l’ARDC (African refugee development center), une association d’aide aux refugiés basée à Tel Aviv, parle d’une véritable "traque" des autorités : "La semaine dernière, il y avait des contrôles d’identité à tous les coins de rue. Depuis l’ultimatum, beaucoup de gens nous disent qu’ils ne vivent que cachés". 
 
La Côte d’Ivoire ayant été considérée par l’ONU comme un "État en crise" à partir de 2004, Israël leur a donné la possibilité de demander le statut de réfugié. Beaucoup d’entre eux sont notamment arrivés clandestinement en 2010 pour fuir les violences de la crise post-électorale qui opposaient les partisans du président sortant, Laurent Gbagbo, et ceux du président élu Alassane Ouattara. Mais quand ce dernier a été investi officiellement, l’État hébreu a souhaité mettre un terme à la mesure de protection collective à laquelle les Ivoiriens bénéficiaient jusqu’à présent, jugeant que la paix régnait désormais en Côte d’Ivoire.
 
La protection collective permettait aux immigrants ivoiriens, dans l’attente de voir leur demande d’asile étudiée, l’octroi du "visa 2A5 de résidence temporaire", un permis de séjour renouvelable tous les trois mois qui ne leur permettait ni de percevoir d’aides sociales, ni de travailler (dans les faits, de nombreux employeurs ont fermé les yeux sur cette interdiction). Depuis février, les autorités ont cessé de renouveler ces visas.
 
Crédit photo : ARDC. 
Contributeurs

"Les Israéliens ne sont pas racistes, c’est juste qu’ils n’aiment pas les Noirs"

Kéassa (pseudonyme) est rentré à Abidjan avec sa femme et ses deux enfants le 12 juillet, soit quatre jours avant l’ultimatum. Il n’a pas souhaité faire les démarches pour toucher l’argent proposé par le gouvernement israélien aux Ivoiriens qui quitteraient le territoire avant la date butoir (500 dollars par adulte et 100 dollars par enfant).
 
Quand j’ai entendu parlé de la décision des autorités de nous expulser, j’ai d’abord cru à des rumeurs. Et puis j’ai perdu mon travail, sûrement à cause de ce contexte hostile envers nous, et j’ai compris que la vie allait devenir compliquée. J’ai dit à ma femme que je voulais que l’on quitte Israël avant l’ultimatum, parce que je ne voulais pas subir la honte d’être arrêté et traîné dans la boue comme un chien.
 
Je me suis installé seul à Tel Aviv il y a cinq ans parce que je voulais gagner de l’argent et permettre à ma famille de vivre convenablement. Au bout de deux ans, j’ai été embauché comme homme de main dans une agence immobilière. Ma femme et mes deux enfants m’ont alrs rejoint [l’État hébreu a longtemps fermé les yeux sur les emplois de clandestins, jusqu'en mai quand le ministre israélien de l’Intérieur, Eli Yishai, a menacé les mairies qui recrutaient des immigrés de leur infliger une amende, ndlr]. Durant ces trois années, nous avons mieux vécu qu’à Abidjan. Nous n’avions pas beaucoup d’amis israéliens, seuls quelques collègues de travail et notre voisin, mais le travail marchait bien et ma femme faisait régulièrement des ménages.
 
"Mon fils se plaignait d’être regardé méchamment"
 
Mais ces derniers mois, mon fils se plaignait de plus en plus d’être "regardé méchamment" dans la rue et à l’école. Je n’ai jamais été agressé mais il est vrai que les regards posés sur moi dehors ou au travail étaient de plus en plus pesants [des manifestations contre les immigrés ont été récemment organisées et plusieurs déclarations d’hommes politiques ont été qualifiés par les associations d’ "incitation à la haine raciale", ndlr]. Quand les Sud-Soudanais ont dû partir, j’ai demandé l’avis de mon voisin parce que je pensais à la sécurité des miens. Il m’a d’abord dit de ne pas m’inquiéter. Et puis au début du mois il a changé son discours et m’a conseillé de prendre l’avion.
 
J’ai des amis qui sont restés sur place, mais je n’ai aucune nouvelle d’eux. La plupart me disaient craindre d’être traités de pro-Gbagbo en revenant à Abidjan. [Après la crise post-électorale, des sympathisants de Laurent Gbagbo, ont subit des menaces forçant certains à quitter le pays, ndlr]. Je connais aussi des Ivoiriens qui, pour la même raison, ont préféré aller au Cameroun, au Bénin ou au Togo plutôt que de retourner en Côte d’Ivoire.
 
Selon moi les Israéliens ne sont pas racistes, c’est juste qu’ils n’aiment pas les Noirs. Ils ont vu trop d’immigrés africains arriver dans leur pays ces dernières années [Le gouvernement estime à 62 000 le nombre d’immigrés africains « infiltrés » en Israël depuis 2006, ndlr]. 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

Je m'invite chez vous et je me plains de la soupe

C'est quand même gonflé de se plaindre de "racisme" alors qu'on s'est invité d'office dans un pays et qu'on s'accroche pour y rester illégalement, c'est-à-dire en violation des lois votées au nom de la population (et qui n'ont rien d'extraordinairement cruel, vu que tous les pays en ont de semblables, à commencer par la Côte d'Ivoire). Ajoutez à cela que ces clandestins plombent le marché de l'emploi pour les nationaux, qui contrairement à la France par exemple sont désireux, eux, d'exercer ces mêmes travaux qui leurs sont présentement pris par les clandestins, notamment les jeunes soldats non diplômés après la quille, qui se constituaient ainsi un pécule avant d'entreprendre des études. Il y a donc cent raisons majeures de rejet avant même le "racisme" !

Expultion des immigrés à Tel Aviv

c' est vrai qu'ils vous plombent le marché de l'emploi mais il faut vous mettre un tout peu à la place de ses personnes qui n ont pratiquement rien et surtout une peur bleue de rentrer chez eux. Les refugiés y en a partout.



Fermer