Un habitant de Damas raconte sa fuite vers le Liban

Photo postée par @JKhashoggi, dimanche 22 juillet, sur son compte Twitter. L''image aurait été prise depuis le Mont Qassioun qui surplombe Damas.  
 
Depuis le début des combats à Damas, la capitale syrienne, les habitants affluent par milliers au Liban voisin. Issu du quartier d’al-Midane, théâtre de violents affrontements entre l’armée régulière et les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), notre Observateur nous raconte son exode vers Beyrouth où il tente, malgré l’abattement, de reconstruire sa vie.
 
Selon des chiffres du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) datant du 18 juillet, 120 000 réfugiés syriens se trouvent actuellement en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak. Et toujours selon le HCR, entre 8 500 et 30 000 personnes ont franchi la frontière libanaise entre le 18 et le 20 juillet, au plus fort des combats dans la capitale.  Avant ce nouvel afflux, le Haut commissariat avait déjà enregistré 30 000 arrivées de Syriens dans le pays du Cèdre.
 
Leur situation au Liban est très diverse. Si certaines familles issues de la classe moyenne peuvent se permettre de loger dans des hôtels, d’autres sont accueillies par un membre de leur famille ou des amis. Les plus démunis sont quant à eux logés dans des écoles mises à disposition par les autorités libanaises, tandis que des ONG locales s’efforcent de leur venir en aide en collectant des produits de première nécessité.
 
Photo publiée par @D_R_23, samedi 21 juillet, sur son compte Twitter : "Matelas, oreillers et couvertures ont été distribués aux réfugiés syriens au nord du Liban".
 
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme annonce le 22 juillet que plus de 19 000 personnes, parmi lesquelles une majorité de civils et 4 861 soldats loyalistes, ont été tuées en Syrie depuis le début de la contestation, en mars 2011. L’ONU ayant cessé de comptabiliser les morts du conflit, il est impossible d'obtenir un bilan de source indépendante.
 
Appel aux dons d'un groupe d'activistes syriens : "Les maisons destinées aux réfugiés syriens au nord du Liban côutent entre 100 et 250 dollars par mois. Nous avons pu payer le loyer de quelques maisons, mais nous avons encore besoin d'aide." Posté samedi 21 juillet.
Contributeurs

"Avec ma femme et mes enfants, nous sommes partis avec nos vêtements comme seul bien"

Abou Adnane a quitté Damas le 16 juillet alors que les combats venaient d’éclater dans la capitale.  
 
Moi et mon épouse avons emmené nos trois enfants chez le médecin ce matin-là pour une visite de routine. Des voisins nous ont appelés pour nous dire qu’un obus s’était abattu sur notre appartement dans le quartier d’al-Midane, où des accrochages avaient déjà eu lieu la veille entre l’armée et les rebelles. Nous avons accouru chez nous. Sur place, nous n’avons même pas pu franchir la porte de notre appartement car tout avait brûlé, et il y avait une forte odeur de gaz. On avait vraiment peur que ça explose.
 
Nous avons immédiatement décidé de prendre la route pour Beyrouth, sans rien emporter avec nous. Nous sommes montés à bord d’un bus bondé d’habitants cherchant, comme nous, à fuir le pays. En temps normal, il faut deux heures et demie pour rejoindre la frontière libanaise. Là, nous avons mis sept heures pour atteindre le poste-frontière de Masnaa, à cause des embouteillages. Sur la route, on a été arrêtés et fouillés à quatre reprises à des barrages de l’armée régulière. Mais, heureusement, ils ne nous ont pas causé d’ennuis.
 
"À Beyrouth, je me suis immédiatement mis à chercher du travail "
 
Quand nous sommes arrivés au poste-frontière de Masnaa [à une quarantaine de kilomètres de Damas], il a fallu attendre encore plusieurs heures avant de pouvoir passer la frontière. Mes trois enfants sont jeunes. Ils ont 4, 5 et 9 ans. Ils avaient faim, ils étaient fatigués et il y avait près de 200 voitures qui attendaient devant nous. Des amis m’ont dit que les agents des douanes réclamaient un bakchich aux voyageurs passant la frontière. Mais nous avons réussi à passer sans encombre. De toute façon, nous n’avions rien à donner. Nous sommes venus au Liban avec nos vêtements comme seul bien.
 
Je suis actuellement hébergé chez ma sœur qui vit ici à Beyrouth. Je me suis mis à chercher du travail parce que je n’ai pas envie d’être un fardeau pour elle, alors qu'elle a déjà beaucoup de mal à joindre les deux bouts en ce mois de ramadan. À Damas, je travaillais dans une manufacture de lingerie féminine qui a fermé quand les violences ont atteint la capitale.
 
"À Beyrouth, Hamra est subitement devenu un quartier syrien. Je vois mes amis syriens partout." Tweet posté mardi 24 juillet. 
    
 


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