Moi et mon épouse avons emmené nos trois enfants chez le médecin ce matin-là pour une visite de routine. Des voisins nous ont appelés pour nous dire qu’un obus s’était abattu sur notre appartement dans le quartier d’al-Midane, où des accrochages avaient déjà eu lieu la veille entre l’armée et les rebelles. Nous avons accouru chez nous. Sur place, nous n’avons même pas pu franchir la porte de notre appartement car tout avait brûlé, et il y avait une forte odeur de gaz. On avait vraiment peur que ça explose.
Nous avons immédiatement décidé de prendre la route pour Beyrouth, sans rien emporter avec nous. Nous sommes montés à bord d’un bus bondé d’habitants cherchant, comme nous, à fuir le pays. En temps normal, il faut deux heures et demie pour rejoindre la frontière libanaise. Là, nous avons mis sept heures pour atteindre le poste-frontière de Masnaa, à cause des embouteillages. Sur la route, on a été arrêtés et fouillés à quatre reprises à des barrages de l’armée régulière. Mais, heureusement, ils ne nous ont pas causé d’ennuis.
"À Beyrouth, je me suis immédiatement mis à chercher du travail "
Quand nous sommes arrivés au poste-frontière de Masnaa [à une quarantaine de kilomètres de Damas], il a fallu attendre encore plusieurs heures avant de pouvoir passer la frontière. Mes trois enfants sont jeunes. Ils ont 4, 5 et 9 ans. Ils avaient faim, ils étaient fatigués et il y avait près de 200 voitures qui attendaient devant nous. Des amis m’ont dit que les agents des douanes réclamaient un bakchich aux voyageurs passant la frontière. Mais nous avons réussi à passer sans encombre. De toute façon, nous n’avions rien à donner. Nous sommes venus au Liban avec nos vêtements comme seul bien.
Je suis actuellement hébergé chez ma sœur qui vit ici à Beyrouth. Je me suis mis à chercher du travail parce que je n’ai pas envie d’être un fardeau pour elle, alors qu'elle a déjà beaucoup de mal à joindre les deux bouts en ce mois de ramadan. À Damas, je travaillais dans une manufacture de lingerie féminine qui a fermé quand les violences ont atteint la capitale.
"À Beyrouth, Hamra est subitement devenu un quartier syrien. Je vois mes amis syriens partout." Tweet posté mardi 24 juillet.