Le "printemps" étudiant de Khartoum en mal de leadership

Manifestation d'étudiants, mercredi 11 juillet, à Khartoum. Vidéo postée ici.
 
S’inspirant de la révolte syrienne, les manifestants soudanais de Khartoum donnent désormais un nom à leurs vendredis de protestation. Aujourd’hui, ce devait être le vendredi des "femmes fortes". Mais, rapidement, la manifestation a tourné court. En cause : un dispositif sécuritaire à toute épreuve, mais aussi un manque d’organisation du coté des activistes. 
 
@supermojok a participé au rassemblement de ce vendredi à la mosquée Wad Nabawi, située dans la ville d’Omdurman qui jouxte Khartoum. Voici le récit de cet après-midi qu’il a fait à travers ses tweets : "À la fin de la prière (14h), les femmes se sont mises à chanter des slogans. Puis, quand nous sommes sortis pour manifester pacifiquement, la police nous a attaqués avec des gaz lacrymogènes et les gens sont retournés dans la mosquée. Certains se sont enfuis par de petites ruelles passant derrière la mosquée. Nous n’étions plus qu’une centaine dans la mosquée, essentiellement des femmes. Je n’en reviens pas que les hommes aient fui en laissant les femmes seules. La puissance des gaz lacrymogènes a forcé certains à quitter la mosquée, mais pourquoi ne sont ils pas revenus après ?". Et il concluait cette série de tweets par un nouveau hashtag ‪#noLeaderShip (qui peut se traduire en français par #Oùsontlesleaders ?).
 
 
Une absence de mot d’ordre remarquée aussi par @HamidMurtada, qui se décrit comme un opposant à Omar el-Bechir vivant à Khartoum. "Le manque d’organisation tue les manifestations. Apprenez cela, les Soudanais !"
 
 
Contacté par téléphone ce matin, notre Observateur, Adel (pseudonyme), nous expliquait qu’il n’y avait pas de véritable point de rendez-vous pour ce vendredi de manifestation : "Ça se passera probablement à Omdurman, mais j’attends de voir sur Twitter ce qu’il se dit. En fonction de cela, avec un petit groupe d’amis, on rejoindra les autres".
 
Pour Samia (pseudonyme), qui a participé à la plupart des manifestations depuis le début du mouvement le 17 juin, "le problème, c’est que nous n’avons pas encore d’endroit central où nous rassembler comme les Cairotes avaient la place Tahrir. Nous avons besoin que les principales organisations d’activistes, comme Girifna et Sudan Change Now, nous aident à nous organiser, nous disent clairement où aller. Par ailleurs, aujourd’hui, les gens se déplacent par petits groupes dans les rues, ce qui facilite le travail de répression des forces de l’ordre."
 
Un formulaire en ligne a, par ailleurs, été créé par les internautes pour répertorier les nombreuses arrestations. Selon les activistes, environ 2 000 personnes auraient été arrêtées depuis le début du mouvement. La plupart ont été relâchées mais seront très probablement jugées.
 
Depuis presque un mois, le Soudan connaît une révolte étudiante sans précédent. Initialement lancé par les étudiants de l'université de Khartoum, à la mi-juin, pour dénoncer la hausse des prix de l'alimentation et des transports, ce mouvement de protestation touche aujourd’hui d’autres catégories de la population mais aussi plusieurs villes du pays. L'annonce d'un plan d'austérité, le 18 juin dernier, prévoyant d'importantes coupes budgétaires alors que le Soudan est en proie à l'inflation a été le détonateur de cette révolte.
 
Ce mouvement n’hésite plus aujourd’hui à réclamer le départ du président Omar el-Béchir, à la tête du pays depuis 23 ans. Depuis mars 2009, ce dernier fait l'objet d'un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour. Également accusé depuis 2010 de génocide contre trois ethnies de cette région de l’ouest du pays, le président soudanais ne peut espérer quitter le pouvoir sans risquer d’être conduit devant les juges de la CPI.
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