La vidéo d’une exécution brise l’omerta sur les violences faites aux femmes dans la campagne afghane

 
La vidéo, d’une rare violence, fait actuellement le tour du web. Filmée le mois dernier, elle montre un combattant Taliban exécuter une femme dans la province afghane de Parwan (Est). Notre Observatrice sur place affirme que cette séquence n’est qu’un exemple des exactions, trop souvent tues, dont sont victimes les femmes dans les zones rurales.
 
La vidéo ouvre sur une femme drapée d’un fichu grisâtre, assise seule au milieu d’un terrain rocailleux, dos à son bourreau. L’homme pointe son fusil sur elle et tire trois balles. Le corps de la femme bascule sur le sol. Puis, six coups supplémentaires sont tirés sur son corps apparemment sans vie.
 
A cause de la violence de la séquence, l'équipe des Observateurs a choisi de ne publier que des captures d'écran de la vidéo montrant l'exécution.
 
Cette femme s’appelait Najiba. Elle avait 22 ans et était mariée à un Taliban. Plusieurs versions de l’histoire circulent mais d’après un porte-parole du gouvernement local, elle était accusée d’avoir eu une relation avec un commandant du mouvement extrémiste islamiste. Jugée par les Taliban, elle est condamnée à mort et abattue devant une foule de curieux dans le village de Qol. Sur la vidéo, on peut entendre les villageois pousser des acclamations après l’exécution.
 
Qol est située dans le district de Shinwari, une région jugée relativement sûre, même pour les étrangers, mais où l’influence des Taliban s’est récemment renforcée.
 
 
L’émoi provoqué par la vidéo a obligé le président Hamid Karzai à lancer une chasse à l’homme pour retrouver le meurtrier de Najiba. Il aurait fui dans les montagnes avec d’autres Taliban. Le général John Allen, chef des opérations de l’Otan en Afghanistan, a proposé d’aider les forces locales de sécurité pour capturer les responsables de ce qu’il a qualifié d’"atrocité d’une cruauté épouvantable".
 
La vidéo de l’exécution a été diffusée au moment où les préoccupations concernant les droits des femmes dans le pays s’intensifient, notamment dans le contexte du retrait des troupes de l’Otan programmée pour 2014. Peu de temps avant sa diffusion, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait déclaré : "Les États-Unis croient fermement qu’aucune nation ne peut parvenir à la paix, à la stabilité et à la croissance économique si la moitié de la population ne possède pas tous ses droits". 
Contributeurs

"Les femmes de la campagne n’ont aucun droit et aucun pouvoir pour se protéger"

 
Zarlasht Waziri travaille pour le Conseil des femmes afghanes. Elles est chargée du soutien psychologique des femmes de la province de Parwan.
 
Des scènes aussi brutales que celle-ci ne sont pas fréquentes mais elles ont lieu. Rarement en ville car, les femmes ayant accès aux médias et donc au soutien de l’Occident, cela dissuade les hommes de perpétrer ce genre d’agressions. Ces scènes de violences arrivent donc le plus souvent dans les zones rurales. Par conséquent, elles sont gérées localement et ne sont pas rapportées par les médias.
 
Les femmes de la campagne n’ont aucun droit et aucun pouvoir pour se protéger. Elles sont tellement réprimées par les Taliban et les fondamentalistes, mais aussi par les hommes en général, que personne ne peut entendre leur voix. Souvent victimes de viols, de maltraitances ou même de meurtres, elles devraient avoir accès au système judicaire mais ce n’est malheureusement pas le cas. Nul doute qu’avec le retrait des troupes occidentales en 2014, toutes les femmes perdront un soutien important et la situation s’aggravera dans l’ensemble du pays.
 
Mais la région est frappée par d’autres problèmes. Karzai n’a pas fait grand-chose pour améliorer les droits des femmes dans la région. L’éducation a été délaissée et la drogue prolifère depuis que la guerre a commencé il y a 11 ans. La plupart des femmes que nous voyons dans la province de Parwan sont veuves ou mariées à des hommes accros à la drogue. On ne leur apprend pas à s’entraider ou à connaitre leurs droits.
 
La décision de Karzai de lancer une chasse à l’homme contre le meurtrier de la femme est davantage un coup médiatique. S’il se cache dans les montagnes, ça va être très difficile de le retrouver. Même s’il est capturé, il est fort probable qu’il s’évade parce les autorités sont corrompues et peuvent facilement être soudoyées. Nous n’avons plus qu’à espérer le mieux.
 
 
 

Commentaires

Exécution par les tailbans

A quoi sert la présence de l'OTAN en Afghanistan si des horreurs pareilles perdurent????



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