C’est donc une région propice à la circulation des personnes, au commerce et à la contrebande d’armes. Avec la guerre d’Irak de 1991, les armes ont proliféré dans la région et ce trafic a pris de l’ampleur. Mais il a gardé un aspect primitif et spontané. Il n’y a pas de sociétés internationales qui vendent des armes sophistiquées, mais seulement des vendeurs en maraude dans la région qui proposent des Kalachnikov et parfois des fusils de chasse aux paysans.
Il est vrai que depuis le début de la révolte [mars 2011], il y a encore plus d’armes qui circulent. Je pense que certains marchands d’armes ont tiré profit de la situation pour vendre les stocks qu’ils avaient en réserve depuis les guerres d’Irak. Mais il ne s’agit toujours que d’armes légères, principalement des mitrailleuses russes BKC, des Kalachnikov et des lance-roquettes RPG [une arme anti-char de fabrication russe
très répandue sur le marché noir, notamment en Irak, ndlr]. Nous ne possédons pas de missiles ni de véhicules blindés. Le marché de la contrebande locale est notre principale source d’approvisionnement.
"Comme nous sommes de mieux en mieux armés, plusieurs soldats ont déserté l’armée de Bachar pour rejoindre nos rangs"
La ville de Deir Ezzor est encerclée par l’armée du régime depuis 14 jours. Mais grâce à la résistance féroce de nos combattants, il n’ont pas pu pénétrer dans la ville. Les raids menés par les résistants sur des garnisons de la police ont permis de récupérer pas mal de munitions. Cette situation a d’ailleurs encouragé plusieurs soldats de l’armée syrienne à déserter : même s’il ne s’agit que de matériel léger, ils savent que nous sommes de mieux en mieux armés. Au cours de ces deux dernières semaines seulement, pas moins de 16 soldats ont rejoint nos rangs.
Avec leurs modestes munitions, les combattants - des civils qui n’avaient aucune expérience de la guerre - sont parvenus à réduire les capacités militaires de l’armée de Bachar de près de 40 % [un nombre difficile à vérifier, ndlr]. Nous ne demandons rien, mais si on nous livrait des chars, des missiles et des avions, nous serions bien plus forts.