À Deir Ezzor, "notre stock d’armes provient de la contrebande locale et des désertions de soldats"

 
La rébellion syrienne est de mieux en mieux armée, comme l’attestent nombre de vidéos de combattants maniant Kalachnikov et lance-roquettes contre les forces de Bachar al-Assad. Notre Observateur nous explique qu’à Deir Ezzor, dans le sud-est de la Syrie, la contrebande locale et les désertions dans l’armée ont permis de renforcer l’équipement militaire des insurgés.
 
Au fur et à mesure que la Syrie s’enfonce dans la guerre civile, l’insurrection se constitue un véritable arsenal militaire, composé aussi bien de vieux fusils de chasse et de pistolets que d’armes anti-chars, capables d’endommager des véhicules blindés. Cet équipement provient essentiellement du marché noir ou du trafic organisé par des opposants depuis les pays voisins. Mais depuis que l’Arabie saoudite et le Qatar ont proposé, en avril dernier, d’armer les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), les allégations sur des livraisons clandestines en provenance des deux monarchies du Golfe sont nombreuses.
 
Un insurgé posté sur un toit, détruit un blindé de l’armée syrienne avec un lance-roquettes RPG, dans un faubourg de Deir Ezzor. Vidéo postée sur YouTube le 1er juillet 2012.
 
En février dernier, le Conseil national syrien (le CNS - principale formation de l’opposition basée à l’étranger) a demandé au groupe des "Amis de la Syrie", qui rassemble une centaine de pays, d’armer les combattants sur le terrain. Les Occidentaux y sont opposés car Ils redoutent que ces armes soient détournées de leur objectif premier et qu’elles se retrouvent entre les mains d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Contraints de s’aligner sur la position des puissances occidentales, l’Arabie saoudite et le Qatar, pourtant favorables à un soutien militaire de l’ASL, ont donc décidé de créer un fonds doté de plusieurs millions de dollars pour payer les salaires des combattants.
Contributeurs

"Le marché de la contrebande locale est notre principale source d’approvisionnement"

Aous al-Arabi est porte-parole du comité révolutionnaire de Deir Ezzor.
 
 
Les armes légères sont en circulation depuis bien longtemps dans cette région. Comme dans certaines contrées du Yémen, Deir Ezzor est une zone tribale où, dans les campagnes, il est courant de croiser des paysans portant une Kalachnikov en bandoulière.
 
"Le trafic d’armes a gardé un aspect primitif"
 
Deir Ezzor se situe dans le bassin de l’Euphrate, une zone qui s’étend de part et d’autre de la frontière avec l’Irak. Beaucoup de tribus arabes vivent dans cette région et entretiennent entre elles des liens très forts, notamment à travers les mariages intertribaux. Parmi la population de la province de Deir Ezzor, de nombreux habitants ont des membres de leur famille qui vivent de l’autre côté de la frontière.
 
 
 
Sur cette vidéo, des rebelles affirment avoir détruit un véhicule blindé de type T27 et tué son équipage. Vidéo postée le 30 juin 2012 sur le compte Youtube de la coordination des insurgés à Deir Ezzor. 
 
 
C’est donc une région propice à la circulation des personnes, au commerce et à la contrebande d’armes. Avec la guerre d’Irak de 1991, les armes ont proliféré dans la région et ce trafic a pris de l’ampleur. Mais il a gardé un aspect primitif et spontané. Il n’y a pas de sociétés internationales qui vendent des armes sophistiquées, mais seulement des vendeurs en maraude dans la région qui proposent des Kalachnikov et parfois des fusils de chasse aux paysans.
 
Il est vrai que depuis le début de la révolte [mars 2011], il y a encore plus d’armes qui circulent. Je pense que certains marchands d’armes ont tiré profit de la situation pour vendre les stocks qu’ils avaient en réserve depuis les guerres d’Irak. Mais il ne s’agit toujours que d’armes légères, principalement des mitrailleuses russes BKC, des Kalachnikov et des lance-roquettes RPG [une arme anti-char de fabrication russe très répandue sur le marché noir, notamment en Irak, ndlr]. Nous ne possédons pas de missiles ni de véhicules blindés. Le marché de la contrebande locale est notre principale source d’approvisionnement.
 
"Comme nous sommes de mieux en mieux armés, plusieurs soldats ont déserté l’armée de Bachar pour rejoindre nos rangs"
 
La ville de Deir Ezzor est encerclée par l’armée du régime depuis 14 jours. Mais grâce à la résistance féroce de nos combattants, il n’ont pas pu pénétrer dans la ville. Les raids menés par les résistants sur des garnisons de la police ont permis de récupérer pas mal de munitions. Cette situation a d’ailleurs encouragé plusieurs soldats de l’armée syrienne à déserter : même s’il ne s’agit que de matériel léger, ils savent que nous sommes de mieux en mieux armés. Au cours de ces deux dernières semaines seulement, pas moins de 16 soldats ont rejoint nos rangs.
 
Avec leurs modestes munitions, les combattants - des civils qui n’avaient aucune expérience de la guerre - sont parvenus à réduire les capacités militaires de l’armée de Bachar de près de 40 % [un nombre difficile à vérifier, ndlr]. Nous ne demandons rien, mais si on nous livrait des chars, des missiles et des avions, nous serions bien plus forts.
 
 


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