Les Toubous de Koufra accusent les forces armées envoyées par Tripoli de "rouler pour les Zwai", l’ethnie adverse

Une habitation de Koufra saccagée par les combats, le 30 juin. 
 
La ville de Koufra (sud-est) serait-elle en passe de devenir le nouveau bourbier de la Libye de l'après-Kadhafi ? Les affrontements entre Toubous et Zwai, deux tribus rivales, y ont redoublé d’intensité ces derniers jours, à moins d’une semaine de l’élection de l’Assemblée constituante. Notre Observateur explique que les Toubous de Koufra exigent le retrait des brigades armées arabes dépêchées par Tripoli comme préalable à des négociations de paix. 
 
Un obus Hawn a atterri dans une chambre. Photo datée du 30 juin 2012.
 
Au cours de la semaine passée, plus de 47 personnes auraient trouvé la mort dans les combats, 32 parmi les combattants toubous et 14 parmi les Zwai. Le conflit armé entre les Toubous et les Zwai a, en fait, explosé en février dernier. Koufra, une oasis du sud-est du pays, est située dans une région frontalière de l’Égypte, du Soudan et du Tchad où les trafics de drogue, d’armes et de migrants clandestins sont devenus, après la chute de Kadhafi, un enjeu de lutte pour ces tribus qui cherchent toutes à en prendre le contrôle. Pour tenter de mettre un terme à ces affrontements, les autorités de Tripoli avaient alors envoyé à Koufra une force de maintien de la paix constituée d’anciens rebelles de Benghazi. Mais la présence de cette brigade baptisée "Bouclier de la Libye" n’a fait qu’exacerber les tensions, les Toubous la considérant comme une milice "hors-la-loi" et alliée à leurs adversaires zwai.
 
Les tensions ethniques à Koufra remontent à la Libye d’avant la révolution. Déjà, en 2008, les Toubous avaient été pris pour cible dans des violences contre des migrants subsahariens. Les Toubous, peuple nomade à la peau noire, sont implantés dans le nord du Tchad et se sont en partie sédentarisés dans le sud de la Libye. Numériquement moins nombreux que les Arabes et les Berbères, ils représentent la troisième ethnie du pays. Les Zwai, eux, sont une tribu arabe.
 
Cimetière à Benghazi où sont enterrés les membres de la brigade "Bouclier de Libye" tués à Koufra. Photo publiée le 1er juillet  2012 sur Facebook.   
 
Sous l’ère Kadhafi, les Toubous se disaient marginalisés car la citoyenneté était refusée à certains d'entre eux à cause de leur origine tchadienne. Avec la chute du régime, ils ont bien l’intention de s’imposer dans cette région stratégique que représente le grand sud [voir le reportage des envoyés spéciaux de FRANCE 24]
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"Les Toubous n’ont pas accepté que ces combattants venus de Benghazi cherchent à prendre le contrôle des frontières"

Abou Bakr Ali Ibrahim, originaire de Koufra, est membre du Rassemblement national des Toubous, un mouvement de défense des Toubous composé de responsables du Conseil national de transition (CNT) et de membres de la société civile. Avec d’autres Toubous de Tripoli, il a mis sur pied une commission de réconciliation qui, selon lui, devrait se rendre à Koufra d’ici quelques jours pour tenter d’amorcer des négociations de paix entre les deux tribus.
 
Les Toubous de Koufra se sont tout de suite opposés à la brigade 'Bouclier de la Libye', car ils considèrent son intervention complètement illégale et l’accusent de rouler pour les Zwai parce qu’il sont arabes comme eux.
 
Photo d'un blessé appartenant à la brigade "Bouclier de la Libye" après son rapatriement à Benghazi. Photo datée du 28 juin. 
 
Les frontières - dont les Toubous assuraient la surveillance depuis la révolution - constituent la principale source de problème. Une filière de drogue qui provient du Mali et qui transite par l’Égypte est très convoitée depuis la chute de Kadhafi. Les Toubous n'acceptent pas que ces combattants venus de Benghazi cherchent à prendre le contrôle de ces frontières ainsi que des structures comme les centres de rétention des immigrants clandestins.
 
Une chambre d'enfant touchée par un obus. Photo datée du 30 juin 2012.
 
Pour nous, ces violences ont assez duré. C’est pourquoi, il y a une semaine, le Rassemblement national des Toubous a mis en place une commission de réconciliation avec le soutien des autorités libyennes. Cette commission, dont les membres représentent différents quartiers de Koufra, va se rendre dans la région pour engager des discussions avec les Toubous et les convaincre d’accepter des négociations de paix. Leur première revendication est le retrait de la brigade 'Bouclier de la Libye' de Koufra. Nous avons aussi pris contact avec des notables zwai établis à Tripoli qui se disent prêts, eux aussi, à discuter avec les membres de leur communauté et les inciter à négocier.
 


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