Je suis chrétien. Je n'ai pas osé aller à l'église dimanche dernier parce que j'avais trop peur d'une nouvelle attaque. Mais, alors que je me rendais à une station-service, je suis passé près d'une église. Les jeunes paroissiens avaient mis en place des barrages tout autour, et ils contrôlaient chaque véhicule très minutieusement. Maintenant, les chrétiens et la police travaillent ensemble pour protéger les églises. Ça me rassure de voir ça et je me sens suffisamment en sécurité pour retourner à la messe ce dimanche.
De nombreux chrétiens, dont certains de mes voisins, ont quitté Kaduna après les attentats. La plupart sont retournés dans les régions dont ils sont originaires, où la vie est moins dangereuse qu'ici. Ma famille et moi avons décidé de rester, dans l'espoir que les choses s'améliorent.
"Ils font ça pour nous décourager d'aller prier"
Depuis mon arrivée ici il y a quatre ans, il y a eu quatre attentats perpétrés par Boko Haram : ils ont attaqué un bâtiment militaire, un magasin de pièces détachées de voitures et mené un raid sur une grande avenue avant, cette fois-ci, d'attaquer des églises. Ils disaient combattre le gouvernement, mais maintenant ils semblent vouloir l'islamisation de tout le pays et ils font ça pour nous décourager d'aller prier. Je crois que ces attentats ont réellement poussé à bout les chrétiens et c'est pour ça qu'à Kaduna certains d'entre eux ont malheureusement mené des actions de représailles contre les musulmans, aggravant par là même la situation.
Ici, chrétiens et musulmans travaillent parfois ensemble, mais ils ne sont pas voisins. La ville de Kaduna est pratiquement coupée en deux, avec les chrétiens vivant au sud, et les musulmans au nord. Les relations sont cordiales, mais ça peut exploser à la moindre provocation.
"Les attentats de Boko Haram ont provoqué des problèmes économiques importants pour notre région"
Au-delà des questions de sécurité, les attentats de Boko Haram ont provoqué des problèmes économiques importants pour notre État. De nombreuses entreprises partent et aucune ne vient s'installer. Le couvre-feu qui a été imposé - entre 19h et 4h du matin - n'est pas bon pour les affaires. Il est difficile de s'approvisionner en nourriture et les produits sont très chers. Depuis les attentats, le coût de la vie a beaucoup augmenté. J'utilise une cuisinière à gaz. Avant, la recharger me coûtait 3 000 nairas (environ 15 euros) ; maintenant, je dois débourser 3 500 nairas (17 euros). Les sacs de riz sont passés de 1 100 nairas (environ 5,5 euros) à 1220 (6 euros). Et le prix d'un poulet, de 900 nairas (4,5 euros) à 1 400 (7 euros) !
Pour moi, ce serait très compliqué de quitter Kaduna. Mon travail est ici. Si je partais, je devrais tout recommencer.