Colère à New York contre les contrôles de police à répétition : "On est ciblés à cause de notre race"

Capture de vidéo d'un "stop-and-frisk" publiée sur YouTube
 
Le "stop-and-frisk" (fouille au corps), cette pratique de la police new-yorkaise qui permet d’arrêter et de fouiller les individus sur la base du soupçon, excède de plus en plus les New-Yorkais qui accusent la police de cibler particulièrement les Afro-Américains et les Latinos.
 
Selon ses détracteurs, le "stop-and-frisk" (littéralement "arrêter et fouiller") favoriserait le délit de faciès, une pratique interdite par le 4e amendement de la Constitution américaine. D’après une étude de la New York Civil Liberties Union (NYCLU), une association de défense des droits de l’Homme, 88 % des personnes contrôlées en 2011 par la police de New York étaient innocentes et parmi elles 87 % étaient noires ou latinos. La même année, il y a eu plus d’arrestations d’hommes noirs âgés de 14 à 24 ans qu’il n’y a d’homme noirs de cette tranche d’âge dans la population new-yorkaise.
 
Les autorités de la ville affirment quant à elles que 12 % des personnes contrôlées et qui s’avèrent effectivement coupables sont responsables de la plupart des crimes et délits commis à New York. "Si on contrôlait les gens proportionnellement à leur poids démographique, on retrouverait moins de criminels et moins d’armes, ce qui engendrerait beaucoup plus de violences", a récemment déclaré le maire de New York, Michael Bloomberg, affirmant toutefois que cela ne signifiait pas forcément que les policiers pratiquaient le délit de faciès.
 
Dimanche 17 juin, des milliers de New-Yorkais ont défilé en silence sur la 5e Avenue pour protester contre cette pratique policière qu’ils jugent discriminatoire. Ils ont fini leur marche devant le domicile du maire Michael Bloomberg.
 
Marche anti "Stop-and-frisk" à New York, dimanche 17 juin.
 
Le mois dernier, un juge fédéral a affirmé que les rapports de police de la ville prouvaient que nombre d’arrestations n’étaient pas conformes à la Constitution, notamment au moment des fouilles (la loi interdit aux policiers de fouiller les poches de quelqu’un uniquement sur la base de l’intuition). Un recours collectif a finalement été déposé contre le département de la police de New York.
 
La police de New York contrôle un homme avant de le laisser partir. 
Contributeurs

"Les policiers s’approchent de toi et commencent à te palper, le plus souvent sans te dire pourquoi"

Cory Smith est un lycéen de 16 ans résidant dans le Bronx. Il est d’origine portoricaine et afro-américaine.
 
Depuis l’âge de 15 ans, j’ai été contrôlé et fouillé par la police plus d’une dizaine de fois. Pour être honnête, j’ai arrêté de compter. Ça peut arriver quand je rentre du lycée, de chez des amis ou d’un magasin. En général, c’est la nuit, mais je me suis déjà fait contrôler de jour. À aucun moment je n’avais fait quoi que ce soit d’illégal ou même de suspicieux. Être dehors à 21h ou 22h avec deux ou trois amis suffit à se faire contrôler.
 
Les policiers s’approchent de toi et commencent à te palper, le plus souvent sans te dire pourquoi. Ils te fouillent les poches aussi. Si tu es avec une fille, ils demandent à leur collègue femme de la fouiller aussi. Quand tu te fais contrôler, tu as l’impression d’être déjà coupable. Le policier se comporte comme si tu étais la pire horreur de la planète et te traite comme un criminel alors que tu n’as rien fait. Et ça fait peur parce que le moindre de tes mouvements est perçu comme une provocation. Tu dois faire très attention à ton comportement. À moins que tu aies de la chance et que quelqu’un filme la scène, comme c’est arrivé à Rodney King, c’est toujours ta parole contre la leur. [Rodney King est un afro-américain qui avait été brutalement frappé par des policiers blancs devant la caméra d’un vidéaste amateur en 1992. La diffusion de ces images avait déclenché les violentes émeutes de Los Angeles. Devenu un symbole des tensions raciales aux Etats-Unis, il est décédé le 17 juin 2012, ndlr].
 
"C’est très embarrassant parce que tout ça se passe en public”
 
Il faut apprendre à ne rien dire parce que, si tu poses des questions, ils se sentent attaqués et ça leur donne une raison d’être agressif. C’est arrivé à des amis de s’énerver. Résultat : les policiers les ont emmenés au commissariat au motif qu’ils avaient été agressifs. À l’école, on ne nous apprend pas à réagir lors de ces contrôles de police.
 
Ces arrestations sont un vrai problème pour tous mes amis du Bronx. On se sent visés à cause de notre race, à cause de nos habits et parce qu’on est dans un quartier où il y a beaucoup de logements sociaux. Je n’ai jamais été arrêté en me baladant à Manhattan ! C’est comme si la police se disait que dans le Bronx, c’était moins grave de plaquer les jeunes contre un mur. Mais c’est très embarrassant parce que tout ça se passe en public et les gens du quartier te voient par conséquent comme un voyou. Tu te sens comme un moins que rien. Et quand tu sens que les gens n’attendent plus rien de toi, alors tu perds l’estime de toi-même et ça te pousse à faire des bêtises."
 
Colorlines.com a interviewé plusieurs jeunes vivant à Brooklyn sur leurs expériences de contrôles de police. 


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