Khartoum tente de mater la contestation contre la vie chère

Dimanche à l'université de Khartoum.
 
Depuis samedi, l’université de Khartoum, la plus grande du Soudan, est secouée par une vague de manifestations. Les étudiants à la pointe du mouvement manifestent contre la montée en flèche du coût de la vie dans le pays. Ils n’hésitent plus désormais à demander le "renversement du régime" du président Omar Hassan el-Béchir mais les forces de l’ordre comptent bien les faire taire.
 
Parti samedi soir des dortoirs du campus central de l’université de Khartoum, le mouvement de contestation contre la vie chère s’est peu à peu propagé aux autres campus de la capitale, malgré la répression par les forces de l’ordre des premiers rassemblements.
 
Dimanche, à Khartoum, les forces anti émeutes dispersent à coup de gaz lacrymogène les manifestants.

 
Hier, lundi, pour le troisième jour consécutif de protestation, les étudiants se sont retrouvés dans le centre de Khartoum scandant:  "le peuple veut une baisse des prix!". Ils ont été accueillis par les gaz lacrymogènes et les matraques des forces anti-émeutes. L’organisation d’opposition Sudan Change Now a par ailleurs évoqué la présence de membres des services de renseignement en civil venus réprimer les protestataires. Dans son communiqué, elle décrit les récentes interventions comme les "pires violences depuis de nombreuses années".
 
La police a de son côté reproché aux manifestants de chercher à porter atteinte à la sécurité, indiquant avoir arrêté un nombre non précisé d'étudiants qui tentaient de semer le trouble et d'attaquer des propriétés privées.
 
Départ de manifestation, lundi, à l'université de Khartoum.
 
Ce mécontentement populaire n’a pas empêché le président el-Béchir, au pouvoir depuis 1993, d’annoncer lundi une nouvelle série de mesures d’austérité destinées à soutenir l’économie exsangue du pays. À court de liquidités, le gouvernement prévoit entre autres l’augmentation des impôts, des coupes drastiques dans les dépenses publiques et la suppression progressive des subventions sur les carburants.
 
Après l’indépendance du Sud Soudan en juillet 2011, Khartoum a perdu les trois quarts de ses revenus pétroliers, les puits de pétrole étant désormais situés dans le nouveau pays du sud. L'inflation a atteint officiellement 28% en avril et 30% en mai, mais certains économistes pensent que le vrai chiffre est en fait supérieur à 40%.
 
Photo prise par notre Observatrice, Mimz, le 17 juin devant l'université de Khartoum.
 
Contributeurs

"J’ai vu des étudiants pro-régime se balader avec des couteaux et des barres en métal. Ils veulent nous empêcher de manifester pacifiquement"

 
Mimz est blogueuse et militante des droits de l’Homme à Khartoum. Elle participe depuis le début du mouvement aux manifestations et poste régulièrement des photos sur son compte Twitter.
 
La première réaction des forces de sécurité samedi soir a été de faire une descente dans le dortoir des filles où a commencé la manifestation. Elles ont été insultées et frappées à coups de matraques. D’après leurs témoignages, les forces de l’ordre étaient assistées par des étudiants membres du NCP, le parti au pouvoir. [Depuis plusieurs années, les étudiants pro-régime sont accusés de faire la loi sur les campus ] Je peux effectivement confirmer que certains de ces étudiants se baladent avec des barres de métal et des couteaux.
 
Intervention des forces de sécurité, dimanche, dans l'université de Khartoum.
 
J’ai personnellement vu passer un de ces groupes dans une rue qui mène à l’université. Leur objectif est d’intimider ceux qui tentent de manifester pacifiquement. Hier [lundi], ça a fonctionné puisqu’ils ont réussi à récupérer par la force les locaux du campus central occupé depuis la veille par les manifestants.
 
"La partition du Soudan n’est pas la véritable raison de ce marasme économique. Le gouvernement a tout simplement été incapable de penser à long terme"
 
Manifester est très risqué. Hier, j’ai vu deux étudiants se faire violemment tabasser par la police sous mes yeux et j’ai croisé beaucoup de blessés. [Des évanouissement et des vomissements dus aux gaz lacrymogènes ont été signalés par les groupes d’activistes].
 
Par ailleurs, j’ai appris que des éléments du NISS (services nationaux de la sureté et du renseignement) ont saccagé les locaux du mouvement d’opposition HAQ dans la soirée d’hier et arrêté une quarantaine de personnes, dont plusieurs de mes amis. Pour nous, il s’agit clairement d’enlèvements. C’est la technique des NISS: ils enlèvent les activistes les plus impliqués dans la mobilisation et les torturent. C’est déjà arrivé à nombre de mes proches.
 
Cette vidéo d'affrontements (1'58 min), postée sur la page Facebook Sudan Motion, aurait été filmée ces derniers jours à proximité de l'université du Soudan, près de Khartoum.
 
La hausse des prix est tellement importante qu’aujourd’hui une majorité de gens ne peut plus se permettre de prendre le bus. [Le prix du repas traditionnel soudanais a plus que doublé en un an.] Et avec les nouvelles suppressions de subventions, les consommateurs vont être plus démunis que jamais.
 
Je ne crois pas que la partition du Soudan soit la véritable raison de ce marasme économique. Le pétrole est à eux maintenant et il ne s’agit pas de le récupérer. Le gouvernement a tout simplement été incapable de penser à long terme. [Selon les spécialistes, le Soudan n’a pas su diversifier son économie et aucune industrie ne peut remplacer rapidement le manque à gagner des revenus pétroliers].
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

Commentaires

soudan

La contagion révolutionnaire dans le monde arabe ne s'arrêtera qu'après la chute de tous les dictateurs...

Le soudan ne fera pas l'exception



Fermer