Pendant les années 1980, dans la zone minière où je vis, il y avait 15 mines qui faisaient vivre des milliers de familles. Aujourd’hui, il n’en reste plus que deux.
Ici, presque 95 % des employés des entreprises minières sont syndiqués et tous participent en ce moment aux manifestations. À Hunosa, nous sommes en grève pour une durée indéterminée depuis le 29 mai. Tous les jours, on arrive à 7 heures du matin sur notre lieu de travail. Nos délégués syndicaux nous informent alors de ce qu’il s’est passé la veille, mais aussi des assemblées prévues et des actions à mener, qui peuvent être des manifestations ou des blocages de routes.
Barrage de route cette semaine par les mineurs du puit de Santiago. Photo prise par notre Observateur.
“Au début, on manifestait à visage découvert, mais à mesure que les choses se sont envenimées, les manifestants ont commencé à se cacher le visage”
Très rapidement, la police a adopté une attitude particulièrement répressive et violente à l’égard de notre mouvement. Nous sortons pour défendre nos droits, nous ne sommes pas des délinquants et, pourtant, les forces de l’ordre nous traitent comme tel. L’exemple le plus évident est la manifestation pacifique qui s’est tenue à Madrid [le 31 mai, NDLR] pendant laquelle les forces de l’ordre nous ont encerclés d’une manière très provocatrice, ce qui a fait monter la tension avec les manifestants [des policiers ont été blessés par des jets de pierres, de bouteilles et des éclats de pétards,
selon les autorités, et des groupes radicaux ont été accusés de participer aux violences].
Le pozo de Santiago au 17e jour de grève. Photo prise par notre Observateur.
“Tous les jours, les mineurs prennent des risques dans leur métier, on est habitué au danger”
Nous utilisons des techniques pacifiques et s’il arrive que, parfois, ça dérape, c’est de manière involontaire car nous n’avons jamais voulu causer de tort ou blesser qui que ce soit [le passager d’un train a été blessé la semaine dernière lorsque la rame a heurté des bûches posées sur la voie par des manifestants, NDLR]. Pour autant, il faut bien répondre quand nous sommes réprimés de manière abusive par la police. Mais le gouvernement ne nous laisse pas d’autre choix.
Il est en train de détruire tout ce que nous avions mis en place dans la cadre du plan général minier de 2006-2012 [un plan qui envisageait, notamment,
le développement d’activités “hors mine” dans les régions sinistrées pour compenser les pertes d’emploi et dont la réalisation est compromise par les coupes budgétaires, selon les manifestants].
Il y a eu des blessés des deux côtés, mais nous n’avons pas peur. Tous les jours, les mineurs prennent des risques dans leur métier, on est habitué au danger. Au début, on manifestait à visage découvert mais à mesure que les choses se sont envenimées, les manifestants ont commencé à se cacher le visage [avec des cagoules et des foulards], même si nous savons pertinemment que nous sommes tous fichés et surveillés par la police, notamment via nos plaques d’immatriculation et des écoutes téléphoniques.
"Des camarades ont choisi de faire la grève sous terre, c’est très dangereux mais c’est un moyen de mettre la pression sur le gouvernement"
Des camarades ont choisi, quant à eux, de faire la grève sous terre. C’est un autre moyen de pression sur le gouvernement, car c’est effectivement dangereux de rester en sous-sol. Ils sont à 600 mètres de profondeur avec une température de 25°C et 85 % d’humidité, tout ça dans 12m2. C’est très dur pour eux.
Après 19 jours sans travailler, nous sommes plus fatigués et accablés que jamais. Les dépenses de chaque gréviste restent les mêmes alors que l’argent ne rentre plus. Pourtant, il faut bien nourrir nos enfants chaque jour et payer nos maisons. Cette situation contribuera certainement à la radicalisation du mouvement.
Barrage de route, cette semaine, par les mineurs du puit de Santiago. Photo prise par notre Observateur.
Ici, il n’y a que les mines qui nous font vivre. De rares fonds avaient été créés dans le but d’aider à la création d’un nouveau tissu industriel, mais les autorités n’ont pas su les utiliser intelligemment. L’argent a été dépensé sans que cela ne serve en rien à fournir une alternative pour les mineurs.
Le secteur minier avait réussi à obtenir au niveau européen la signature d’accords d’aides mais, à cause de la crise, ces accords ne sont tout simplement plus respectés. Sans toutes ces subventions, on va devoir fermer. Sans mine et sans alternative, la région des Asturies va inévitablement plonger dans la dépression.